‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 91 sur 138 · Voir la lettre reproduite ci-après, p · texte numérisé non relu

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2. On trouvera des renseignements sur ce point dans la Correspondance inédite de Mahillun et de Montfaucon avec l'Italie, édition Valéry. Lyon, 184G. Voir, en particulier, t. I, p. 197 ; t. II, p. 151, 1G9; t. III, p. 'l38,'l93.

3. Voir Correspondance inédite des Bénédictins. Lettre de Laparre à Mabillon. 9 août 1701 (Bibl. Nat., f. fr. 19666. f. 75).

4. Vanel, le Nécroloç/e des religieux de Saint-Germain, p. 199.

ô. Cf., par exemple, lettre de Renaudot à Mabillon, 24 décembre 1694. Con-espondance des Bénédictins (Bibl. Nat., 1965G, f . 236).

6. Registre de la Diète et Assemblée des supérieurs majeurs de la Congrégation de Saint-Maur, tenue à Saint-Germain-des-Prés, le quatrième

J^a vie de son ami Mabiilon, écrite par Dom Huinart, ne put paraître que grâce à ses instances qui surmontèrent l'opposition du supérieur général Dom Boistard ^

On le pria aussi de donner quelques leçons de langues orientales à plusieurs des jeunes religieux. Dans les dernières années de sa vie, on lui réserva une chambre à Tinfirmerie ; il y venait coucher les dimanches et fêtes, et avait une clé qui lui permettait d'assister aux offices du jour et de la nuit, d'une tribune située « au-dessus de la porte, par laquelle on va de la chapelle de Saint- Casimir au dortoir 2 ».

L'abbé Renaudot, sentant le poids des années s'aggraver, se détachait des embarras et des affaires de ce monde. En 1716, il avait obtenu du Régent que le privilège des Gazettes fût transmis, à titre de survivance, à son neveu M. de Verneuil, secrétaire du Cabinet du roi. Malgré la suppression, par le chancelier Voisin, de la pension sur le sceau qu'on lui avait longtemps servie à cause de ses services politiques, il faisait distribuer chez lui des aumônes considérables ; « et personnellement, ajoute Gros de Boze, il ne refusait jamais un pauvre, ni le laissait aller sans lui avoir donné ces instructions et ces avis que les malheureux reçoivent communément si mal

dimanche après Pâques, 23 mai 1715 [Archives Nationales, LL, 992, f. 149). La même année, la Congrégation acceptait la bibliothèque de Baluze, « pour laquelle on lui paiera annuellement 1.000 écus pendant sa vie et 10.000 écus à ses héritiers après sa mort » {Ibid., f. 141 v).

1. Nous empruntons ce détail au Nécrologe des Religieux de la Congrégation de Saint-Maiir (Paris, 189(3, in-4», p. 89), édité par M. Vanel à qui nous sommes redevable de plusieurs autres renseignements sur les relations de l'abbé Renaudot avec Saint-Germain-des-Prés.

2. Cette chapelle, dédiée aujourd'hui encore à Saint Casimir de Pologne et à Saint François-Xavier, est sur le côté gauche de l'église près du maître-autel.

MORT DE REiNAUDOT 155

de tout autre que de celui qui soulage leur misère ^ ». Au commencement de Tannée 1720, il éprouva une plus grande faiblesse. Il fit son testament, le 8 février. Il y demandait, s'il mourait à Paris ou fort près, d'être inhumé dans Téglise Saint-Germain-des-Prés; il désirait un service très simple, pour lequel il affectait une somme de mille livres ; il léguait aux Bénédictins de Fabbaye tous ses livres tant imprimés que manuscrits, « pour être mis dans leur bibliothèque et qu'ils puissent servir à leurs ouvrages si utiles à l'Eglise »; exception était faite pour les manuscrits des Négociations, légués au chancelier d'Aguesseau ^.

Quelques mois après, le 1" septembre, vers les quatre heures du matin, l'abbé Renaudot mourait dans sa

1. Notice sur Renaudot dans V Histoire de V Académie des Inscriptions, t. V, p. 393-394.

2. Le testament de Renaudot a été publié par M. l'abbé Vanel dans le Nécrolof/e des Religieux delà Congrér/ation de Saint-Maur (p. 318-319). Voici quelques-uns des renseignements qu'il contient. La bibliothèque du testatour se décomposait ainsi : volumes in-folio, 1.422; volumes in-4» : 1.938, in-8», in-12, in 18, in-24: 3.904; manuscrits orientaux: 316. Total 7.640 volumes. Un certain nombre de ces ouvrages, 300 gros volumes et 200 petits, dit le Livre des choses mémorables, furent laissés à la disposition et au choix lie M. de Verneuil. Les ouvrages composés par l'abbé et ses extraits sur diflérentes matières d'érudition devaient être remis aux Bénédictins, ainsi que les papiers conservés sous clef. Ses œuvres manuscrites, à peu près achevées et prêtes ])Our l'impression, ne pouvaient être publiées, que sur lavis du chancelier d'Aguesseau. Dans ce cas, Dom Montfaucon et le P. Le Quien prendraient la responsabilité de l'édition (d'après les Nouvelles ecclésiastiques, année 1720, p. 38).

maison de la rue de Richelieu. La nouvelle en fut aussitôt apportée à Tabbaye, où il avait choisi le lieu de sa sépulture. L'inhumation se fit le soir môme. Vers les neuf heures, le corps fut amené à Tabbaye sur un carrosse accompagné de vingt-quatre laquais tenant chacun un flambeau; plusieurs prêtres delà paroisse Saint-Eustache conduisaient le cortège. Les vêpres des morts furent chantées à deux chœurs par les cinquante ou soixante religieux qui formaient la communauté. Après Tabsoute, on rinhuma non pas « près de la porte deTéglise ou dans la chapelle prochaine de Saint-Symphorien », comme il l'avait demandé, mais en un lieu plus honorable, dans la chapelle de Saint-Casimir, près de la grille qui séparait cette chapelle de la nef, au-dessous de la tribune dans laquelle il avait si souvent assisté aux offices ^

Quelques semaines plus tard, le monastère célébrait pour son bienfaiteur un service solennel qui fut renouvelé depuis, tous les ans, le l"^"" septembre ^.

Le 7 janvier de Tannée suivante, l'exécuteur testamentaire, M. de Verneuil, faisait au monastère délivrance de la bibliothèque de son oncle. Elle y demeura jusqu'en 1794. Elle fut alors consumée dans l'incendie qui éclata dans la nuit du 2 au 3 fructidor (19-20 août), occasionné par la fabrique de salpêtre, qu'on s'était imaginé d'installer dans le couvent^. Bien des volumes rares ont dû

1. Nous n'avons pu, dans l'église actuelle, -retrouver aucune inscription affirmant que le corps de Kenaudot demeure encore dans la sépulture qu'on lui avait donnée.

2. Necrologium Monasterii S. Gennani a Pratis. Liber Fundalionum, p. 44 (Bibl. Nat., mss. latins, 12835).

3. Dictionnaire Cliamlon et Delarulinc, Lyon, 1804, t. X, article liencaidot.

périr dans cet incendie. La perte des manuscrits orientaux est particulièrement regrettable*.

En France et à l'étranger, la mort de Tabbé Renaudot fut signalée par d'élogieux articles et causa des regrets profonds. Le 7 septembre, dans le premier numéro qui parut après la mort de celui qui Lavait rédigée pendant plus de quarante ans, la Gazette de France insérait, parmi les nouvelles de la semaine, la note suivante : « Maître Eusèbe Renaudot, prieur de Frossay, Fun des quarante de LAcadémie française, et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres, mourut le l"de ce mois, dans la soixante et treizième année de son âge ^. »

Peu de temps après, le 13 octobre de la même année, le correspondant parisien des Nouvelles ecclésiastiques leur adressait une note qui commençait en ces termes : « Mort de M. Labbé Renaudot, un des plus savants hommes de l'Europe dans les langues et la théologie orientales '^ .»

Mais ce fut aux Académies que Ton exprima le plus longuement les sentiments de regret causés parla perte du savant. Renaudot avait assisté pour la dernière fois aux séances de l'Académie française le jeudi 18 juillet 1720. Le 2 septembre suivant, lendemain de sa mort, le secrétaire perpétuel inscrivait sur ses registres ces courtes lignes : « Aujourd'hui, LAcadémie a appris avec beaucoup de douleur la mort de M. Labbé Renau-

1. Les papiers que possède maintenant la Bibliothèque Nationale viennent de la succession de M. de Yerneuil. « En 1770, dit M. Omont, il fut un instant question pour la Bibliothèque de les obtenir en échange dune encyclopédie; leur acquisition neut lieu que vers 1798 de la famille Menou ». [Inventaire sommaire des manuscrits de la collection Renaudot, p. 4.)

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