ARRETE ETES
HAL RTO
inde shit
[GosSELIN] L’INSTRUCTION PUBLIQUE 163
Et cependant il est encore à Londres le 11 mai, tout occupé à expédier au Canada les livres et les nombreux et man MERS ntrae mente de SIFactS de Chimie ot d'astronomie qu’il a achetés pour nos différents collèges. Ecrivant encore à M. Cazeau: “ Il va vous arriver, c’est-à-dire aux séminaires, quantité de beaux ïivres et de magnifiques et très fragiles outils de phyStqte, de chimie, etc.; et, en qualité de bienfaiteur général de cette partie de l'humanité,' vous êtes instamment prié de faire ce qui dépendra de vous pour que chaque chose aille exactement à sa destination par mains sûres.... Maintenant, il n’y a pas à dire, il faut “ filer dru,” courir à Paris et à Rome, et de là, en dédoublant le plus vite possible, à Québec en Canada. Priez pour un pauvre voyageur, qui en a par-dessus la tête d’affaires de toutes les sortes et des plus difficiles, Adieu, au revoir... .”
Puis, lui écrivant de nouveau le 24 mai, cette fois-ci, de Paris: “ C’est demain la Fête-Dieu, qui n'est plus chômée en France....? Je pars le 27 au matin pour Dijon, d’où j'ai dessein d’aller à la fine course à Rome, par Lyon, Avignon, Gènes, Livourne et Civita Vecchia....”
Et en effet il écrivait à M. Demers, supérieur du séminaire, le dimanche ?8 mai, datant sa lettre de “ Sens (Yonne), sur la route de Dijon, Châlons-sur-Saône, Lyon, Avignon, Marseilles, Gênes, Livourne, Civita Vecchia, Rome;” il lui parlait des envois qu'il avait faits au Canada, et spécialement d’un certain nombre de livres qu’il avait expédiés à plusieurs particuliers, entre autres à “ M. Gingras le sa:at;” ® puis il ajoutait: “J’ai laissé Paris hier matin par le bateau à vapeur qui remonte la Seine jusqu’à Montereau, distance de vingt-huit lieues par terre, et de trente-huit en suivant le cours de cette rivière. : Quel contraste entre les bords de la Seine, ses embarcations étroites et plates, et tout ce qu’on aperçoit du milieu du majestueux Saint-Laurent! Mais quelle ressemblance frappante entre les paysans d'ici et nos gens de campagne! même caractère, même gaieté, même genre de vie et de vêtements, même état de fortune, même contentement. Il ne leur manque que le même esprit religieux, qui revient pourtant en France, mais plus, beaucoup plus, chez les hommes instruits que chez le peuple.
1 M. Cazeau, avec sa grande bienveillance, se montrait toujours prêt à rendre service à ses confrères, mais surtout à nos collèges et aux institutions religieuses, en général.
? Depuis quelques années, elle ne l’est plus, également, en Canada.
M. Léon Gingras, directeur du grand séminaire, auteur d'un ouvrage en deux volumes, intitulé: L'Oricnt, ou voyage en Egypte, en Arabie, etc. Québec, 1847.—$es confrères l’appelaient le saint, à cause de son extérieux pieux.
“Je suis arrivé ici (à Sens)! à minuit. Je serais déjà en route, si ce n’eût été le dimanche, et encore le dimanche de la Procession. Ii fallait au moins “ entendre ” une messe. La procession a défilé un peu après sept heures, ce matin. Les rues ont été tendues de nappes, de draps, de toiles blanches, sur uue partie desquelles on a attaché quelques fleurs. Les reposoirs étaient simples, mais d’un bon goût. La procession s'est füite sans trop de façons, M. l'archevêque portait le saint Sacrement.... Pauvre clergé de France! I] a fait sa procession sans être trop foulé. Force femmes. et filles, et enfants d’écoles; très peu d'hommes, et encore moins à la messe. Les petites filles portaient des roses sur la tête. J'ouze ecclésiastiques thuriféraires tenaient chacun d’un main l’encensoir, et de l’autre un petit garçon couronné de roses et muni d'une corbeille de fleurs. C’étaient des enfants de huit à dix ans au plus. Des rues étroites ne leur laissaient guère le moyen d’étaler les belles “ figures ” de M. Bailiargé. Le chant, assez monotone, mais “daccord,” est la seule chose peut-être que la cathédrale de Québec ait besoin d'envier à cette antique église de Sens, excepté pourtant ses croisées peintes sur verre,
“J'ai souvent eu la tentation de demander au curé de Québec, à qui je désire présenter mes meilleurs respects, d’être autorisé à lui acheter deux ophicléides, espèce de serpents perfectionnés, qui contribuent beaucoup à la majesté et surtout à l'harmonie du plain-chant.
“J'aurais encore mille choses à dire, s’il ne fallait pas songer à continuer ma pénible course. Je m'accommode assez peu d’être une journée entière en diligence, moins encore d'y prendre gîte pour toute la nuit. Combien, hélas! il me faudra encore en passer de cette mahiére!...,.”
M. Holmes arrivait à Rome le 11 juin: il avait mis quinze jours à faire en diligence le voyage de Paris à Rome, arrêtant probablement une journée ou deux aux principales villes qui se trouvaient sur sa route. Ecrivant à M. Demers le 17 juin: Me voici donc à Rome, où je suis arrivé de Civita Vecchia dimanche matin, 11 juin, jour de l’anniversaire du sacre de Mgr Turgeon.® J'y suis entré vers la pointe du jour par la porte Saint-Pierre, après une nuit passée dans d’assez vives inquiétudes, à cause des voleurs qui se montrent quelquefois sur cette route pour saluer à leur manière les voyageurs, Dès le même jour, j'ai Æ en en ? On sait que c'est le “ Catéchisme de Sens ” qui a été très longtemps en usage au Canada, * Mgr Pierre-Flavien Turgeon, ancien confrère de M. Holmes au séminaire, coadjuteur de Mgr Signay, et plus tard archevêque de Québec. avait été consacré le 11 juin 1834.
[GossELIN] L'INSTRUCTION PUBLIQUE 188
couru embrasser le cher Père Thavenet,! qui m'a fait une réception cordiale, Je l'ai trouvé vieux, bien vieux, fatigué de l'interminable embarras de ses comptes, rongé de chagrins.... Malgré les préventions favorables que je lui avais inspirées, il n’est pas aisé de traiter avec lui, Cependant nous nous sommes aussitôt mis en besogne, et nous travail. lons sans relâche.”
Ainsi, même à Rome, les affaires le poursuivent et l'absorbent : ce qui nécessairement assombrit un peu son séjour de trois semaines dans la Ville Eternelle. Il gut du moins la consolation de s'entendre parfaitement avec l'abbé Thavenet, qui s’occupait depuis longtemps de la question des indemnités que le séminaire de Québec réclamait pour ses prieurés confisqués, et d'obtenir de lui un règlement de comptes. Du reste, il est si peu question de Rome et de ses monuments dans ce que nous avons de la correspondance de M. Holmes, que nous sommes convaincu qu'il y à plusicurs de ses lettres qui n'ont pas été conservécs. Nous n'y trouvons même aucune allusion à l'audience qu'il obtint du pape Grégoire XVI, lequel avait fait un si bon accueil à nos jeunes Canadiens, Parent, Taschereau et Fortier.
M. Holmes, écrivant à M. Demers le 1? juin, lui disait: “Je ne ferai pas un long séjour dans la Ville Eternelle.” En effet, il écrivait de nouveau le 3 juillet au séminaire de Québec: “Je pars pour Lorette, Bologne, Milan, la Suisse et Paris. Nos jeunes gens se portent bien et vous saluent affectueusement. Priez pour moi, chers confrères: ce voyage est trop long pour mes forces.” M. Holmes retournait à Paris, accompagné cette fois de ses trois jeunes compagnons de voyage.
Le pape Grégoire AVI, de la famille Capellari, qui gouvernait alors l'Eglise de Dieu, était monté sur le trône pontifical en 1831. Voici le portrait que donnait de ce pontife un voyageur français qui le vit quelques années plus tard: “Grégoire XVI avait alors (1842) soixante-seize ans. Sa taille élevée annonçait encore une grande vigueur, sa physionomie respirait une simplicité enjouée, contrastant avec les rides profondes qui sillonnaient ses traits, traces de ses graves préoccupations. Son chapeau de velours pourpre, entouré d’une torsade terminée par de gros glands en or, placé sur le devant et un peu de côté sur sa vaste tête, le son de sa voix forte et un peu saccadée, donnaient, oserais-je dire, un aspect militaire au caractère sacré empreint sur toute sa personne”? (est ce pape énergique qui venait de coudamner certaines doctrines professées par le fameux journal L’Avenir, et qui avait eu la douleur de voir le principal rédacteur de cette feuille,
1 L'agent du séminaire de Québee, dans l'affaire de l'indemnité.
? Trente-deux ans à travers l'Islam. par Léon Roches, t. IT, p. 217.
La Mennais, se séparer, à cette occasion, de l'Eglise, et commettre,
suivant la parole de M. Nettement, “le suicide d’âme le plus éclatant
peut-être qu’on rencontre dans l’histoire.” Que nous aurions été heu-
reux de trouver, dans la correspondance de M. Holmes, ses impressions
personnelles sur Grégoire XVI, et les paroles encourageantes que dut
lui adresser le pieux pontife sur les différents objets de sa mission! “re
M. ilolmes, avec ses jeunes compagnons de voyage, rentrait à Paris dans la première semaine d’août, et écrivait le 12 de ce mois au supérieur du séminaire de Québec: “ Aussitôt de retour du long et pénible voyage d'Italie, j'ai couru chez M. l’aumônier des Gobelins, dépositaire de mes lettres, et j'ai eu le plaisir d’y trouver la vôtre datée du 23 mai dernier. Depuis lors, vous en avez reçu plusieurs de moi, écrites pendant le court séjour que j'ai fait à Rome.' Celle-ci vous sera remise par mes chers compagnons de voyage, qui ont le bonheur de regagner leur patrie et leurs amis, aussi sages, aussi fervents qu’ils étaient partis, tous ecclésiastiques, bien décidés et bien prêts à se remettre à l'étude.
“ Moi, je vais donc rester seul, à lutter avec mes infirmités, et «vec des affaires qui semblent ne vouloir jamais finir. Pourtant, j'espère les terminer de façon ou d'autre.... Je ne sais ce qui aura été fait à Londres depuis que j'en suis parti. Je viens d’en écrire à M. Tulloch et M. de la Porte.
“ Dans l'intervalle, je me suis mis entre les mains du fameux médecin Civiale, qui m’assure que ma maladie n’aura pas de suites graves, et qu'elle est susceptible d'une prompte guérison. Dieu le veuille, ou mieux que la volonté de Dieu s’accomplisse !
“ Malgré que j’eusse employé tous les fonds qui m’avaient été confiés pour achats de livres et d'instruments, je n’ai pu refuser à M. Casault * quelques appareils qu’il m’a demandés à plusieurs reprises. Vous en aurez déjà reçu la plupart, les autres vont v ous arriver avec vos ancien, et chers élèves, qui s’en chargent, ainsi que de quelques livres de classe que M. Aubry * dit être nécessaires... .”?
MM. Parent, Taschereau et Fortier ayant pris la soutane à Rome, avaient hâte de retourner à Québec pour s’y reposer un peu des fatigues du voyage, avant de commencer leurs études théologiques ; ils s’embarquèrent vers la mi-août pour le Canada. M. Holmes resta donc seul à Paris, qu’il quitta définitivement lui-même le ? septembre.
1 Ceci confirme ce que nous avons dit plus haut, que beaucoup de lettres de M. Holmes ont été perdues.
? Louis-Jacques Casault, le futur premier recteur de l’Université Laval. Il était À cette époque professeur de physique et de chimie.
3 Joseph Aubry, l'un des directeurs du séminaire, à cette époque.
(aosseLin] L'INSTRUCT'ON PUBLIQUE 167
Nous avons de lui une longue lettre à M. Demers, datée de ce jour “sur la Seine,” et qu'il termine à Londres le 14 septembre. Voici les lignes du commencement: “ En route! crie le maladroit conducteur du bateau à vapeur de la Compagnie royale. Nous laissons le quai d'Orsay, : le Pont-Royal, les Tuileries et le Louvres, le Palais d'Orsay, édifice admirable..., Paris, enfin! Adieu, Paris, adieu pour longtemps!”
Hélas! il ne prévoyait pas les péripéties du voyage accidenté qu’ entreprenait. Je bateau touchait à tout instant au ford de fa rivière... On se rendit à grand'peine à Saint-Denis, que M. Holmes salua en passaut: ‘“ Voilà, dit-il, les beaux clochers de Saint-Denis...,. Làdessous dormaient paisiblement une belle suite de rois, saint Louis entre autres. Des révolutionnaires que les nôtres menacent d’imiter les ont troublés, secoués, chassés de leur dernier asile... .”
Le bateau continue péniblament sa marche, mais n'avance qu'à pas de tortue: “Il paraît que vous allez plus vite que ça au Canada, ajoute M. Holmes, si l’on en croit les gazettes. Vous marchez en avant, vous faites des assemblées, vous passez des résolutions, vous battez du tambour, vous criez à l'indépendance... .” 1
Mais bientôt quelque chose se brise dans la machine, et le bateau est obligé de reprendre le chemin de Paris, à grand'peine: “Et mes adieux ! s’écrie joyeusement M. Holmes. Bah! nous en ferons d’autres. Quoi de plus aise que de faire des adieux, en Europe? ”
Ce ne fut que le lendemain soir qu’il put quitter Paris pour la deuxième fois, et il mit “ vingt-quatre heures juste à se rendre à Boulogne-sur-Mer.” ?
Là un nouveau contretemps l’attendait. Ecrivant à M. Demers le 9 septembre: “ Point de bateau à vapeur pour Londres, dit-il, que le lundi 11, à sept heures du sratin. Ainsi force sera de passer le samedi après dîner et le dimanche ici. J’aurai la sainte messe, un bon bain de mer, et du loisir pour vous écr're encore... .”
Il le fit en effet, et ce ne fut qu'à Tondres qu’il acheva sa lettre, le 14 septembre: “Je suis arrivé ici dit-il, le 11 au soir, et déjà je
* Allusion aux troubles de 1837, que M. Holmes avait appris par les journaux.
24 A l'embouchure de la Liane dans la Manche, au pied et sur la pente de coteaux pittoresques.” (Joanne) Boulogne-sur-Mer était déjà à cette époque une place de bains très achalandée.
# Depuis la dernière visite de M. Iolmes à Londres, le roi Guillaume IV était mort, et sa nièce, la reine Victoria, était montée sur le trône, le 20 juin 1837. On ne peut lire sans une douce émotion les quelques lignes que notre gouverneur Gosford écrivait À cette occasion à lord Glenelg: ‘“ Voilà Ia jeune reine lancée tout à coup sur un océan agité. Elle a été bien élevée, et sa mère qui, je crois, est une femme très intelligente, d’un esprit droit, d’un bon jugement, sera sans doute pour elle un grand soutien. Dans mon humble opinion, le succès
me suis bien remué pour l'affaire des réclamations. Je viens de passer la journée avec M. Tulloch, occupé à chercher les moyens de presser notre affaire.... Mon troisième mémoire est prêt. Je vais le présenter, puis je tâcherai d'obtenir l'appui de lord Glenelg, qui paraît bien disposé, et de quelques autres...”
Ce ne fut que le 29 septembre qu’il put annoncer au supérieur du séminaire son départ pour le Canada: “ A/eg jacta est, écrit-il; je pars. Cette lettre se rendra à Liverpool par le paquebot du 1er octobre, ct moi,.le même jour, je m'embarquerai à Portsmouth. Nous courrons, à qi: plus vite, la lettre et moi, pour vous annoncer que nos réclama-
tions prennent une couleur beaucoup plus encourageante.”
M. Holmes laissait une procuration à M. Tulloch, à Londres, pour continuer à faire valoir les droits du séminaire à l'indemnité qu’il sollicitait; et il écrivait: “M. Tulloch, qui ne s'amuse pas à flatter de vaïnes espérances, croit indubitablement que si le bureau colonial nous appuie sérieusement, nous £agnerons. Cette lueur de confiance me reposera de mes fatigues et me fera traverser gaiement le large Atlantique... .”
Il 6e faisait illusion. Une affaire ma! commencée et compromise d’avance se répare difficilement. Sur de fausses données, les commissaires anglais chargés de distribuer l’indemnité accordée par le gouvernement français aux sujets britanniques dont les propriétés en France avaient été confisquées durant la Révolution, s'étaient prononcés quelques années auparavant contre les réclamations du séminaire de Québec. On n’aime jamais à se déjuger, les corps judiciaires ou autres peut-être encore moins que les individus. M. Holmes, avee un talent admirable et une rare persévérance, avait entrepris de prouver aux commissaires qu’ils s'étaient prononcés sur des données incorrectes: il avait écrit mémoires sur mémoires et n'avait épargné aucune démarche ; il se croyait sûr de gagner sa cause. M. Tulloch revint à Ja charge, en 1839, après son départ; le docteur Ralph, en 1840: mais tout fut inutile. Ce dernier reçut un jour cette réponse du secrétaire de la commission: elle lui était donnée comme définitive: “ Mes seigneurs ont pris connaissance de vos représentations, et ils regrettent de ne trouver aucune raison pour changer leur Première décision touchant les réclamations du séminaire et des Ursulines de Québec.” 1
EE et j'espère de tout mon cœur ‘affection et la confiance de son
de son règne dépendra beaucoup des premiers pas, qu'ils seront dirigés de manière à lui assurer ] peuple.”
? Lettre de R.-J. Routh, C.G., à M. Par
ant, supérieur du séminaire de Québec, Dublin Castle, 21 janvier 1848.
[aossELiN] L'INSTRUCTION PUBLIQUE 169
Et l'affaire des écoles normales, l'objet principal du voyage de M. Holmes? Il n’en dit que quelques mots, çà et là, dans la correspondance que nous avons sous les yeux. Il en dit assez cependant pour faire voir qu’elle fut l’objet constant de sa sollicitude.
C’est en vue d'obtenir tous les renseignements possibles sur le fonctionnement des écoles normales, qu'il se rendit à Edimbourg, à Glasvow Dublin, et nous avons vu qu’il engagen CTI PT en engagen un autre en France, probablement à la recommandation de M. Rendu! Il acheta quantité de livres de cartes, ainsi que des instruments de physique, de chimie, et autres, pour les écoles normales qu’ était chargé d'organiser au Canada.
$"!1 u’y a que peu de chose sur les écoles normales dans les lettres de M. Holmes conservées au séminaire de Québec, c’est qu’il correspon dait avec les comités de régie de Québe et de Montréal pour tout ce qui regardait ces institutions? Nos recherches pour retrouver cette correspondanca et les rapports de M. Holmes ont été infructucuses ; celles de M. Doughty, l’archiviste distingué d'Ottawa, l'ont été également.’
= Il est regrettable que nous n'avons pas ces documents. Outre le compte-rendu que M. Holmes y donnait sans doute de ses visites aux principales institutions des différents pays d'Europe, on y trouverait les réflexions de cet homme distingué en matière d'éducation, on y verrait ce qu’il se proposait de faire pour les écoles normales, sur quel pied il entendait les fonder, les diriger, les conduire. Espérons que ces documents n’ont pas été détruits ct qu'ils se retrouveront un jour.
Quoi qu’il en soit, on n'avait pas attendu le retour d'Europe de M. Holmes pour inaugurer les écoles normales créées par la loi de 183€. Sur ses indications, sans doute, une école normale pour les garçons 8’onvrit à Montréal dans l'été de 18374 et lorsqu'il a. -iva le 3 novembre, il la trouva en pleine opération, ainsi que les écoles normales de filles que nous avons mentionnées.
! Voir plus haut, p. 158.
?Le registre du comité de régie de Montréal fait mention d'au moins sept lettres de M. Ilolmes, adressées soit à M. Papineau, soit à M. Viger, soit aux secrétaires des comités : elles étaient Ines séance tenante,
"Lettre de M. Doughty à l'auteur, Ottawa, 17 août 1907.
‘Le 8 juillet, d'après un avis publié duns la Gazette de Québee, le Vindicator, la Minerve et l'Ami du peuple. MM, Regnaud et Andrew Findlater étaient arrivés le 15 juin dans la barque Morning Star de Londres. partie de Londres ie 16 avril. Ils étaient munis de lettres de créance de M. Holmes en date du 15 avril.
Sec. I., 1907. 12,
Le lendcnain, 4 novembre, il assistait à une sé régie de Montréal, convoquée spécialement des sommes qui lui avaient été
ance du comité de pour lui! rendait compte confiées Pour achat de livres, etc., et recevait des remerciements bica mérités Pour les services qu'il avait rendus aux écoles normales durant son voyage,
L'école normale de Montréal se tenait dans une maison située au coin des rucs Saint-Antoine cet Cimetière, dans le faubourg Saint. Antoine? Le principal, M, Regnaud, y avait son logement, avec les élèves de l'école. Son assistant,
M. Findlater, logeait en ville. Tous deux recevaient un Salaire convenable.
Bien souvent, nous avons entendu faire Je plus bel 6 &naud par un de ses anciens élèves, C'était un habile professeur, un homme très distingué, surtout en mathématiques, C'était aussi un Parfait chrétien, I] ne lui manquait qu’une chose, Paraît-il, le talent de faire observer la discipline, dont il avait d'ailleurs établi lui-même les règles à l’école,
M. Findlater, Jui aussi, était un professeur trè lorsqu'il retourna en Ecosse en 1842 Enages très flatteurs de Préciés au Canada.
On a dit ce nos Premières écoles normales avaient cessé d'exister à cause des trouules de 1838. (Ce n'est vrai qu'indirectement, Les troubles de 1838 mirent fin à Ja législature qui avait voté les fonds des écoles normales, et ces fonds, qui n'avaient été votés que pour cinq ans, n'ayant pas été renouvelés par le parlement-uni Qu Haut et du Basfermer leurs portes.
es de 1838 que nous trouvons attaché » C’est qu’elle fut obligée, cette année-là,
à la demande du Bouvernement, de loger quelque temps un piquet de soldats.®
loge de M. Re.
$ remarquable, et
» il emporta avec Jui des témoi-
la manière dont ses Services avaient té ap-
À Québec, l’école normale des fi
Iles, comme nous l’avons Vu, avait été confiée aux dames Ursulines :
le comité de régie leur allouait la
C'était sa dix-septième séance,
Il y en ent en tout 28, dont nous avons les procès-verbaux.
La première eut lieu le 15 juillet 1842, Dans cette séanc ses Comptes : et comme, toutes ait en nfains une somme assrz
ronde, on Jui alloua £60 de gratification pour ses services. diplômes à quatre élèves-maîtres
avril 1836: Ja dernière, Je Pe de clôture, Je trésorier, M. Jacques Viger, rendit
dépenses payées, ji] av
On accorda des , Puis on vota des remerciements M. Regnaud, qui se disposait à passer en France, * En 1840, il fallut changer de local, la rue Craig, où elle resta jusqu'en 1842.
* Registre du comité de régie de
au principal,
et l’école fut installée quelque part sur
l'école normale de Montréal.
[ao8sELIN] L'INSTRUCTION PUBLIQUE 171
somme votée par le gouvernement, I] n'y avait pas de professeurs laïques; c’étaient les religieuses elles-mêmes qui donnaient l'enseigne. ment.
Citons ici un extrait de l'avis que le secrétaire du comité, M. Hu )t, Publiait dans le Canadien à l’occasion de l'inauguration de cette évnie : il nous donnera une idée des conditions requises pour y être adinis .
“Avis est par le présent donné que le comité de régie de l’école normale du district de Québec Pourvoira à la pension e: à l’ensvignement dans le couvent des dumes Ursulines de Québe», perdant l’espace de trois années, à commencer le 1er septembre prochain, de cinq filles Où plus, résidant dans le district de Québec, qui voudront se destiner à l’enseignement et perfectionner leurs études, et qui n'uut pas le moyen de se maintenir pendant le dit temps; et que le dit comité recevra d'ici au premier août prochain, les applications de la part des parents, tuteurs où gardiens des dites filles, résidant dans le district de Québec, pour les faire admettre dans le dit couvent et les y faire qualifier comme institutrices.
“Nulle fille ne pourra être admise, À moins qu’elle n'ait atteint l’âge de quatorze ans, et qu'elle ne puisse justifier de ses bonnes mœurs Par un certificat signé de son curé ou du ministre de sa religion, d’un magistrat et d’un officier de milice du lieu de sa résidence, et à moins qu’elle ne puisse faire Preuve qu’elle connaît dans l’une ou l’autre langne la lecture, l'écriture et les éléments de l'arithmétique. Et il sera de plus requis que les dites élèves ou leurs gardiens donnent au dit comité de régie bonne et suffisante caution qu'après le terme de leur cours d’études elles donneront leurs services au public en qualité d’institutrices durant l’espace d’au moins cinq années, ou qu’elles rembourseront au dit comité de régie le montant des dépenses encourues pour le cours d’études des dites élèves... .”1
Voici, d’après les annales des Ursulines, les noms des cinq premières élèves qui entrèrent au monastère, dans l’automne de 1836:
Melles Joséphine Malherbe, âgée de 23 ans ; Milburge Casault, âgée de 20 ans; Sophie Croteau, âgée de 18 ans; Adéline Piché, et Flavie Sénéchal, âgées de 16 ans.
Une sixième élève, Agnès Colyer, entra à l’école normale: elle y fut reçue le 5 novembre 1838.
Ces élèves de la première école normale de Québec terminèrent leur ‘cours d’études. Le comité de régie payait leur pension, de six mois en six mois.?
1Le Canad
ien du 25 mai 1836.
2Notes de lFarchiviste du monastère, à l’auteur.
Ce nombre de cinq ou six élèves, dans chacune des quatre écoles normales, ne fut jamais, Croÿons-nous, dépassé, Il était proportionné, naturellement, aux fonds votés par la législature,
C'était encore peu de chose, sans doute; mais l'empressement avec lequel on sollicitait de toutes parts l’admission aux écoles normales permettait d’augurer favorablement pour l'avenir de ces institutions.'
Lorsqu'elles cessèrent d'exister en 1S42,5 M, Holmes dut en éprouver un sincère regret. Ce grand éducateur de la jeunesse portait un si vif intérêt à la cause de l’éducation! Il est de tradition, au monastère des Ursulines, qu’il se rendait souvent à leur parloir pour encourager dans leurs travaux les religicuses vouées à l'œuvre de l'enseigne ment. Il leur donnait d'excellents conseils, il les éclairait, il les dirigeait, il Jeur disait un généreux sursüm corda, il était pour elles un véritable professeur d'école normale, Souvent, il déplorait Ja pénurie de nos maisons d'éducation, à cette époque, en fait d'appareils scientifiques; et l’on assure, au monastère des Ursulines, qu'il lui arriva de leur en fabriquer quelques-uns de sa propre main.*
Que ne pouvait-on attendre d'un hamme si distingué et si dévoué, pour l’organisation et la direction de nos écoles normales? M, Iolmes n'eut pas le bonheur «l’assisor à leur résurrection en 1857; mais on peut être sûr qu’il n'y fut pas tout à fait étranger. N'est-ce pas lui qui avait formé au séminaire M. Chauveau, l'inspirateur principal de la loi de 1856? M. Chauveau était un de ses élèves de prédilection * il l'avait imbu de ses idées et de sus Connaissances en matière d'éducation. Ne peut-on pas dire, par conséquent, que M. Holmes revit dans les écoles normales telles qu’elles existent aujourd'hui? Defunctus adhùe loquitur.
! Nous voyons, par le procès-verbal de la séance du 12 août 1837 du comité
de régie de Montréal, qu'à cette date sept Jersonnes avaient fait application pour être admises à l'école : James Dawson e: Michael Leahy, de Montréal, William Parker, des Tanneries, Joseph Mousseau dit Desormenux et Joseph Charlebois, de Saint-Benoit, Thomas Gerard, maître d'école de l'église Saint-Jacques, et Jacques-Edouard Hubert, maître d'école de la campagne —Nous voyons également, par le procès-verbal de la séance du 10 octobre de la mâme année, qu'il Y avait À cette date six élèves à l'école normale de la Congrégation, que M. Phelan, de Saint-Sulpice, avait fait la visite de cette école et en avait été satisfait.
* Les livres cartes géographiques et autres objets qui avaient servi aux écoles normales, retournèrent au gouvernement.
‘Entretien de l'auteur avec la Révérende Mère Sainte-Croix, sœur de M. Holmes, aujourd'hui nonagénaire.
“Outre M. Chauveau, on cite encore parmi les élèves de prédilection de M. Holmes, Son Eminence le cardinal Taschereau, Mgr Antoine Racine et Mgr Hamel, MM. Cauchon et Joseph-Charles Taché.