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un autre esprit. Lorsqu'on voulait embaucher un québecquuis pour ce nouveau collége, on lui disait : « À Nicolet, c'est Saint-Juachim toute l’année. »
A Sainle- Anne, maison de fondation plus récente encore, les innovations du généreux M. Painchaud n'avaient pas donné dans les commencements tous les résultals désirables, surtout sous le rapport de la discipline. J'ai donc souvent entendu dire, en parlant de M. Holmes : «Si on le laissait faire, ce serait bientôt comme à Sainte-Anne. » (4).
Enfin, il fallut bien le laisser faire un peu ; il avait pour auxiliaire l'opinion publique au dehors. C'était dans la ville un enthousiasme qui s'était rarement vu et que les élèves partageaient ou plutôt inspiraient, car ils raffolaient du nouveau préfet des études, M. Holmes fut bientôt secondé par un prêtre plus jeune que lui, et qui devait jouer un très-gand rôle dans cette institution, M. Louis-Jacques Casault, dont le caractère et l'esprit étaient cependant, à certains égards, tout l'opposé du sien. Tous deux avaient compris la nécessité de‘ donner une direction plus pratique et plus scientifique aux études. Les sciences physiques obtinrent plus d'attention ;.l'étude du grec fut introduite, celle de l'anglais poussée un peu | plus vigoureusement ; les mathématiques, réservées | autrefois pour les deux dernières années du cours, furent commencées un peu plus à bonne heure ; l'hisioire, la géogtaphie, la musique, le dessin, l'art ora- Loire eurent une plus large part, Les récréalions, les petites fêtes, les soirées scientifiques ou dramatiques vinrent égayer les élèves el rompre la monotonie du pensionnat, dans les aus soirées des longs hivers, québecquois. :
Dévoué aux éludes scien liliques, qui étaient pour lui
(1) Cette. maison & Seaucoup prospéré depuis ; et formé … graud nombre d’excellents sujets pour le clergé et la soci
Vis
comme pour M. Holmes une véritable passion, M. Casault avait une grande antipathie pour tout ce qui était dehors et apparences, pour tout ce qi semblait vouloir flatter l'opinion, pour tout ce qui avait un soupçon de réclame. M. Holmes était d'avis qu'il faut étre et paraître ; que les meilleures choses, lorsqu'elles se concentrent et se renferment en elles-mêmes, per dent beaucoup de leur efficacité ; qu'enfin, la science, comme la vertu, en se rendant aimable n’en devient que plus utile. ,
M. Jérôme Demers, depuis de longnes années supérieur du séminaire, quand ce n’était point M: Parent (mais de fait c'était toujours M. Demers), sympathisait avec les deux jeunes savants, et tout en mo“ dérant parfois leur ardeur, il leur aidait à: vaincre les résistances. Esprit large autant que sobre et judidicieux, bon et ferme à la fois, il devait être, j'imagise, l'arbitre de ces deux esprits si différents dans leur manière, mais tendant tous deux au même but; il devait, comme dans le système de Newton qu'il expliquait si bien, trouver la résultante voulue par le concours de ces deux forces.
Jämais peut-être homme aux dehors aussi modestes, à la vie aussi humble, n’a exercé une plus souveraine ipflience. Dans la ville comme au séminaire, dans lout le diocèse et on peut dire dans tout le pays, quand M. Demers avait prononcé, il n'y avait plus rien à dire. . Et cela ne s appliquait pas seule- . ment aux questions de science ou d'éducation; c'était la même chose s'il s'agissait de ÉLOGIE, ” beauxarts, ou même de politique.
Sousla direction de ces trois hommes, avec laide
de leurs confrères, tousremplis de talents, descience,
de zèle el.de vertus, se préparail.le grand: développerires dont s'rerale Laval nous rend PAS hui
ns... LAN Al ue RE ae € RE Fa gs mn M Éroe
M. Holmes avait ténu à changer le caractère des exercices littéraires de la fin de l’année. Ces. examens publics avaient été jusque-là de véritables examens, on y récitail quelques faties, un où deux discours, et cela se terminait par ce que l’on appellait un plaidoyer. C'était d'ordinaire une discussion sur quelque question oiseuse, par exemple, sur la préférence à accorder aux diverses professions, sur le mérite de telle ou telle époque de l'histoire, et lé jugement était rendu par des juges en grand costume et qui étaient encore plus graves et plus solénnels que des juges véritables. M. Holmes conserva les examens ét le plaidoyer de rigueur ; mais il y ajouta un grand nombre d'expériences de physique, de petites pièces dramatiques, des discussions géographiques ou économiques où figuraient les costumes des différents peuples, etc.
Tout cela était nouveau, inouï à cette époque ; d’une journée on en arriva à en faire trois, qui étaient trois véritables jours de fête pour la ville et les campagnes environnantes. On y venait en foule, ét l’ons’ yamusait et l’on y riait comme il me sémble qu’on n’a ja- . mais ri depuis.
En parcourant un vieux volume du Canadien, celui de l’année 1835, je suis tombé, il y a quelques jours, sur le numéro qui donnail le compte-rendu des exercices liltéraires de cette année-là, et Fextrail qui suit . fera voir la haute opinion qüe M. Etienné Parent s’en était formée :
« Les exercices brillants dont a été couronnée déjà la fin de plusieurs années scolaires, ont placé cette institution si haut dans l'opinion publiqne, que c'est maintenant un lieu comraun d’en faire l'éloge. A présent, l'amile plus chaleureux de l'instruction sait qu’en se rendant à ces exercices, il n'aura que de l'adtiralion à coucevoir, que: des aprlaudissements à don-
ner, et, le dirons-nous ? … un regret … oui, un regret à exprimer, celui d’être né trep tôt. Nous l’avons entendu exprimer, ceregret, par plusieurs personnes, et l’avouerons-nons, l’étonnement nous en a arraché à nous-même l'expression plus d'une fois pendant les séances auxquelles nos occupations nous ont permis d'assister. Pourtant, nous avons manqué plusieurs parlies non des moins intéressantes. Nous n'avons pas entendu, par exemple, le petit dialogue composé el prononcé par MM. A. Plamondon et C. Taché, étudiants de la sixième, lequel était charmant, nous dit-on, et a, dès le commencement de leur carrière scolastique, appelé sur ces deux jeunes messieurs. l’attenfion particulière du public. » (1)
Puis M. Parent signale l’agréable innovation de l'étude de la géographie dramatisée, et aussi le grand mérite des compositions littéraires des. élèves, les progrès dans l’art oraloire, elc, el comme le pays était alors presque à la veille des crisesqui ont mis fin à la première constitution, et que la luite politique était de.plus en plus ardente, le patriotique écrivain se liyrait aux réflexions suivantes :
«Nous ne pouvons, à cause des bornes qu’il faut donuer à cet article, examiner en détail les productions originales ; nous nous hornerons à dire un -mot des discours et essais originaux des étudiants de Ja classe de philosophie, et des agréables réflexions qui ont succédé à l’étonnement excité par leurs compositions. Sur Je point d’entrer dans la société, ou, comme
(1) M. Charles Taché, député-ministre de l’agriculture, et l’hon. juge Plamondon. Dans la liste de la distribution des prix, publiée dans le même numéro, nous trouvons les noms d’un archevêque, de trois évêques, d’un bon nombre d'hommes ublics dont quatre ont été ministres, de deux juges, d'un bâtonnier du barreau, d’une soixanteine de prêtres, d'hommes de rofession, nrtutarr et de négociants. Une chose remarble, et qu , des 05 Jaurcais dé cette année, 65, après plus 46 40 ans, sont énoûre vivants.
ils diraient dans leur langue classique, de revêtir la toge du citoyen qu'ils promettent de faire monter avec honneur à la tribune el au sénat, c’est sur eux surtout que se sont portés nos regards ; nous avons | voulu voir ce que la patrie pouvait attendre d'eux, et nous sommes resté convaincu qu’elle aura de nombreux et puissants défenseurs dans la génération adolescente, du moins si les Jumières continuent d’être une puissance. Il mérite d’être remarqué (sic) que les deux hommes qui ont présidé aux destinées du peuple dans les deux grandes tourmentes politiques qui signalent notre histoire, l’une desquelles n'est pas encore apaisée, sont sortis de cette maison. Nous n'avons pas besoin de nommer Bédard et Papineau. Il en sortira d'autres. »
Du reste, les pensées patriotiques abondaient dans tous les discours et les essais dont il est question. M. Holmes, et c'est un des points que M. DeCelles fait le mieux ressortir dans sa notice, quoique Américain de naissance el Anglais d'orgine, s'était sincère ment dévoué à la nationalité franco canadienne. Un de: premiers, il vit avec terreur ce mouvement d'émigration qui se faisait de nos paroisses vers les Etats- Unis ; un des premiers, 1} s'intéressa vivement à la colonisation des cantons de l'Est, et sa correspondance avec ses amis et les notes qu il avait laissées et qui malheureusement, ont été détruites dans l'incendie de 1866, faisaient preuve de sa très-grande re À tude à cet égard..(1)
. M. Holmes est né à Windsor, dans l’état de. Vers mont; en 179y:(2). Sa famille était attachée aux traditions des puritains, et M. DeCelles ne pouvait, dè- À (t) Les papiers dé M. Demers et quantité ds livres “précieux [ rurent dans cet incendie.
Le 7 février selon la notice publiée. dans l'Abeille, le 7 mai
aie l'abbé Tanguay (Répert. du Clergé). M. esp ne, Lab Fons à aucune dats. :
su RE mure
le début, rendre son héros plus intéressant qu'en nous le représentant entrant par hasard dans une église catholique et maudissant ce:papisme qu’il devait si prochainement embrasser. Ce fut en 1815 et à l'âge de 16 ans qu'il vint en Cauada., M. DeCelles nous décrit aussi les circonstances qui le déterminèrent à s'éloigner de sa famille. Elles ont quelque chose de poélique, plus que cela, de providentiel.
« Le jeune Holmes s'était senli poussé de bonne heure vers la vocation religieuse. Ce penchant se. développa au collége de Darmouth et s’accentua au point qu’il parla à ses parents d'étudier la théologie. Son père n’abonda pas dans son sens. Il le retira du col-
lége et, vendant tout ce qu’il possédait dans le sud du New-Hampshire, il émigra à (olebrook, au nord du mème Etat, où il acheta une grande propriété. Il voulut que son fils l’aidât dans une vaste exploitation agricole qu’il venait d'entreprendre. Son fils dut plier, mais il ne se résigna pas. Lui-même racontait plus * tard que lorsqu'il parcourait les champs ses pensées élaient loin des travaux qui devaient loccuper. La forte aature qui l'entourait développait en lui son penchant vers les idées roligieuses et: s'harmonisait avec l'état de son âme. De loutes parts des montagnes encaissent Colebrook et s'étagent l’une au-dessus de l’autre en gradins. C'est nn pays triste d'aspect el portant à la rêverie, à la mélancolie. Le spectac!4continu @s cette nature.tourmentée, offrant partout l’em-
a secret
ms. ET six
« Un jour, se sentant plus accablé que de coutume, : il se jette à genoux, demandant à Dieu de l'éclairer, Il se relève et, de suite, la pensée de se rendre au Canada pour continuer ses études se présente à son | esprit. C'était pour lui une inspiration d’en haut. Sans balancer davantage, sans prendre congé de ses parents, il s'en fuit au pays destiné à devenir sa patrie adoptive. »
On assure que M. Holmes venait au Canada avec | le projet d’évangéliser les Canadiens et de les désabuser des erreurs du papisme. Si c’est le cas, M. De- Celles a été parfaitement inspiré en prenant pour épigraphe : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? »
Les débuts, cependant, ne répondirent ni aux aspiralions du jeune homme ni à la carrière qu'il suivit plus tard. Sans aucune ressource, il entra d'abord comme garçon de peine chez un tanneur, à Sherbrooke. Il fut remarqué par M. Burroughs, alors instituteur aux Trois-Rivières, qui l’'emmena chez lui. Il n’y eut jamais de figures et d’extérieurs mieux faits pour intéresser ; ce qui était arrivé à Sherbrooke se répéta aux Trois-Rivières, M. Ecuyer, curé de Yamachiche, se chargea de lui, continua son éducation, le convertit, lui fit faire abjuration et le baplisa. Cela se passait en 1817,
Il entra au séminaire de Nicolet, y professa la . losophie, et fut ordonné prêtre le 5 août 1823 ; fut successivement vicaire de Berthier, diocèse de Montréal, et missionnaire des townships de l'Est. . En 1827, il entra au séminaire de Québec; après une année e d'épreuve, il fut agrégé. I! était alors profesui de mathématiques et de dr 1840 + et fut chargé
| hi 0, il devint direc-
À , la direction SF :
ss À 2
mes, qui fut préfet des études jusqu’à son voyage d'Europe en 1836. En 1839, il redevint directeur et préfet des études.
Dans son voyage d'Europe, entrepris à la demande ide commissaires nommés en vertu d’une loi, M. Holes fit l'acquisition de tous les instruments et des collections nécessaires pour les écoles normales de garçons et de filles que la législature désirait étair ; il fit aussile choix de deux directeurs pour l’école es garçons, l'un Français et catholique, M. Regnaud, et l’autre Ecossais et protestant, M. Findlater. Ces écoles, à peine ouvertes, durent être fermées par suite des événements de 1837. M. Findlater s’en retourna en Ecosse ; mais M. Regnaud resta en Canada, où il exerça la professior d'arpenteur. jusqu'à ce qu’en 1857 il fut nommé professeur dé pédagogie et de mathématiques, à l'école normale Jacques-Cartier, charge qu'il retint jusqu’à sa mort, en 1872.
M. Holmes avait pris le plus grand intérêt à cette question des écoles normales, ainsi qu’à tout ce qui concernait linstruction publique. « Il revint, dit la notice publiée dans l’Abeille, avec la plus belle collec tion de minéraux que possède 16 Canada, avec des livres el des instruments de physique, non-seulement pour le séminaire de Québec, mais aussi pour les colléges de Saitie” Anne, de Nicolet et de Saint-Hy:cinthe. »
M. Holmes avait emmené avec lui trois élèves Ge la classe de philosophie : MM. Taschereau, Edouard Parent, frère dé M. Et. Parent, ct M. Jos. Fortier. Tous les trois embrassèrent l’état ecclésiastique ; M. Fortier mourut très-jeune, M. Parent est encore curé
[tre que le digne none dun Québec. ds : Aimant LE eunesse d' “à Éd aussi Loret er
à la Poïinte-aux-Trembles et M. Taschéreau n'est au
ses leçons comme à tous ses rapports avec ses élèves, il dut rendre. ce voyage bien agréable et bien profita ble aux jeunes geus qui lui avaient été confiés par leurs parents, Ils visitérent l'Angleterre, lIrlande, l'Ecosse, la France, la Belgique et l'Italie, et comme à cette époque le nombre de Canadiens qui traversaient les mers élait assez rare, on peut s’imaginer si leurs confrères du séminaire de Québec cnvièrent le sort de ces trois êtres privilégiés ! Ce voyage dura dix-huit mois.
À son retour, M. Hôlmes n’en eut que plus d’ardenr pour toutes ses entreprises littéraires et scientifiques, et jusqu'à ce que la maladie vint diminuer ses forces, il se livra à un travail constant et auquel sa santé ne pul si longtemps résister qu’à raison de la variété qu'il savait y meltre.
Histoire :aneienne et moderne, langues latine, grecque et hébraïque, philosophie intellectuelle et morale, physique et chimie, mathématiques, astronomie, histoire naturelle, géographie, art oratoire, il enseigna successivement toutes ces branches ; mais la géographie éfait son. étude favorite. Le livre qu'il rédigea, et qu'il iolitula modestement « Nouvel abrégé de
géographie moderne», est un modèle.du genre. L'hisfoire, | histoire naturelle, ! ethnologie, la statistique y complètent la géographie. physique d'une manière à la fois lucide, concise et agréable. M. Holmes. a montré par. là: quelles grâces :on peut donner aux sujets les plus arides ; ce trailéde géographie peut se lire d'un bout à l'autre comme un livre d'his- : toire Kia récit de, voyage... La: première édition fut publiée. n.1832 ; depuis çe temps, il y enaeu six autres, dont (rois duvivant de l’auteur. Ce livre. #4 inu à: Étranga el a a sé ul n anglaisiet e
DE
tés, un grand nombre de petites pièces, de dissertations deslinées aux exercic:s publics, dont quelquesuns renfermaient des renseignements précieux et lui coûtaient beaucoup de recherches. Il aimait à faire travailler les élèves avec lui en dehors des devoirs de routine ; il initiait à ses propres études quelquesuns d’entre eux, et développait ainsi d'une mañière très-efficace leur goût pour les sciences ou pour les lettres. Il n’était pas rare de le voir partir avec quelques-uns de ses jeunes amis pour une petite excursion de botanique ou de minéralogie, dans le voisinage de la ville, et même sur les quais, d'où l'on rapportait quelquefois des échantillons précieux ou utiles, trouvés dans le lest des vaisseaux. Sa bonté el sa condescendance pour ses élèves brillaient surtout dans les petites représentations dramatiques, qu'il aimait tant el pour lesquelles il les exerçait avec une rare patience. Si quelque chose manquait, une phrase, ou une expérience de physique, il y suppléait avec une présence d'esprit qui lirait tout le monde d'affaire. | | Qu'on me pardonne un souvenir que l'on pourra peut-être trouver puéril, mais qui peint bien l’homme et surtout quile rappellera à tous ceux qui l’ont connu, Une expérience, et la plus belle de celles que l’on avait annoncée, avait manqué à deux reprises ; les élèves, qui avaient mal pris leurs inesures, étaient fort peuauds, etle public, après avoir ,applaudi ironique ment la première fois, commençait à s’impatienter. M, Holmes ne fait ni un ni deux, il prend une grande lame de bois, la plonge dans l’alcohol, y met le feu et l'agitant lui-même sur lestrade qui servait de théâtre : « Messieurs, s’écrie-t-il de soa ton le plus : solennel, voici une épée flamboyante ! » On rit, on applaudit à l'épée flamboyante, qui n’était point dans
un ANS
le programme, el l’on oublie la mésaventure de messieurs les philosophrs.
Jusqu'ici uous n'avons point considéré M. Holmes comme prêtre et comme prédicateur, mais seulement comme savant el comme ami el instructeur de la jeunesse. |
Les conférences que l’on vient de rééditer, quoiqu'elles forment un admirable portique à l'édificequ’il se proposait d'élever plus tard, ne donnent point l'exacte mesure de son talent ni de ses succès oraloires. S'il avait gagné beaucoup sous le rapport de la méthode et de la science, il n'avait pas, à l’époque où il les fit, tout Je feu et toute la vigueur qu'il conserva longtemps après ses brillants débuts. L'originalité un. peu risquée de ses commencements s'était transformée bien vite en une personnalité sincèreet séduisante, et tandis qu'il plaisait toujours, il électrisait souvent par des mouvements imprévus. Brillant de grâce, de jeunesse et d'enthousiasme, il n'avait pour bien dire. qu à paraître dans la chaire, ou du moins qu’à laisser tomber sur son auditoire, d’une voix sympathique..et vibrante, un texte toujours bien choisi, pour avoir d'avance gagné sa cause el enchaîné tous les esprits. Ses périodes, riches et sonores comme celles des grands orateurs de la chaire française, tantôt se développaient lentement avec une gracieuse ponchalance, tantôt se précipifaient avec une énergie : presque tragique. . Comme le dit très-bien son biographe, lorsque l’on savait que M. Holmes allait prêcher, l'église était remplie d'une foule compacte plusieurs heures avant l'office. Si, par hasard, il paraissail sans avoir été annoncé, dès les premiers pus - qu’il faisait dans le chœur, on pouvait remarquer un mouvement d’agréable surprise. dans {oute la nef. M. DeCelles a consigné quelques-uns des traits sin- guliers de ses débuts, entre autre ce fameux exorde
ss
qu'il fit à Sorel et dérs lequel il défilait une bonne partie des jurons familiers à nos voyageurs des pays d’en haut : « Quoi, mes frères, ajouta- -(:il, vous vous étonnez, vous vous indignéz, mais n'est-ce point là le iangage dont vous vous servéz lous les j jours ? »
Beaucoup dé personnes, à Québec, se rappellent des mouvements oratoires d’un autre genre, les uns produisant une vive impression de terreur, d'autres, äu contraire, provoquant presque l'hilarité.
Tel fut le trait final d'un sermon sur la Curiosité : l'histoire de la femme de Loth avait été réservée pour le morceau de la fin : « Elle fut changée en statue de sel, dit-il : élle est encore là, j'in'ite les curieux et les curieuses à aller la voir ! » el sans autre pérorai- $on'il descendit de la chaire.
Un autre jour, après avoir tonné contre les cabarétiers et les gens qui exercent un métier encore plus infâme, il lança, comme dans un moment d’exaspération, cétte malédiction : « Mes frères, si ces marchands de poisons, si ccs trafiquants de chair humaine, où plutôt d'âmes humaines, vont au ciel, alors moi, je choisis l'enfer pour mon partage ! ! » Il va sans dire qu'après l'effet produit par ces redoutables paroles, qui n'étaient que comminatoires, il eti trouva d’autres pour le repentir et la pénitence
Une autre fois, préchant sur l’éndurcissement du cœur, il termina em disant : « Exhortations, exemples lès plus terribles, efforts de la grâce, terreurs sécrèêles, secours intérieurs, pour vous tout est rs vous lé voulez.….adiei! » L'air et lc ion dont ces roles furent prononcées laissèretit l'auditoire dan 18 éonsternation et l'effroi.
À mesuré qu'il se formait aux grandes sources, il afiprenait à tempérer la hardiesse et la fougue de son
BR rs toute en ha te une forme Re : pe
Le Re
sissante à ces antiques vérités, toujours nouvelles dans une bouche éloquente.
Ses sermons de Pâques, de Noël, de la neuvaine à Saint-François-Xavier, sont encore présents à la mémoire de ceux qui les ont entendus. Les deux premiers étaient de véritables chefs-d'œuvre, et il est difficile de rendre l'impression qu'ils produisaient. Il les répéta plusieurs fois, mais on ne se lassait jamais de les entendre. C’élait dans ces jours d’allégresse que l’on aimait à voir monter dans la chaire de Notre- Dame, ce prédicateur « au geste noble, au regard inspire. à la voix sonore et harmonieuse, » comme l’a si
ien dit un de ses continuateurs. Lorsqu'il prononçait ces textes joyeux : Surrexit Domirus veré, ou bien : Gloria in excelsis Deo, on eût dit une harmonie céleste descendant de la voûte du temple. Quoiqu’ils n'aient jamais été imprimés, nous savions tous par cœur de longs passages de ces deux discours,
La nef de la cathédrale était occupée par tout le grand monde de Québec, qui était alors une capitale très-gaie et fastueuse, et lorsque, rapprochant des plaisirs et des divertissements du carnaval, les souffrances des pauvres et celles de leur divin patron, l'Enfant de la crèche, 11 ajoutait avec une douce et fine ironie : « Sur le chemin du bal, passez à Bethléem, » plus d’une belle mondaine ressentait une émotion salutaire et dont les indigenis étaient sûrs de profiter.
Les Conférences de Notre. Dame avaient pour but, comme celles du. célèbre Frayssinous, de combattre l'incrédulité et d'établir clairement, aux yeux des hommes instruits ci de la jrunesse sludieuse, les bases de la foi chrétienne. Cette lâche, accomplie tant de Le mous Voltaire, est malheureusement toujours à recomn Fi hu tant les vieilles erreurs.savent se ra-. En nafques nouveaux. | Elle La prie ncor AU dernièrement, d une. manière.
RIT pe
aussi, persuasive que brillante, dans un ouvrage qui n'aura pas moins de cinq volumes : Le christianisme et les temps présents. Même après avoir lu les deux premiers volumes de l'abbé Bougaud, on peut lire encore avec plaisir les conférences de M. Holmes. Elles ont déjà près de trente ans d'existence ; on les dirait écrites d'hier, tant elles répondent admirablement aux aspirations de notre société. Du reste, elles auront toujours cet air de jeunesse qui n’abandonna jamais leur auteur, si bien qu'on n'aurait jamais pu se le figurer vieux, fût il parvenu à l’âge le plus avancé.
Déjà il souffrait beaucoup et il dut mettre un certain intervalle entre ses sermons. La première des six conférences qui ont été publiées, fut prêchée, le 3 décembre 1848 ; la dernière, le 18 mars 1849. Les trois premières traitent surtout de la création, et établissent scientifiquement la vérité du récit de Moïse. La quatrième parle de l’homme et de ses destinées. La cinquième et la sixième sont de circonstance et sortent du plan primitif qui devait êtré repris ensuite, Les: événements qui se passaient à Rome en furent le sujet: c’est une petite histoire de l'Eglise et de la Papaulé, aussi succincte que savante, et racontée avec toute l'émotion que les dangers de l'heure présente faisaient naître. : : | |
Voici comment M. Holmes annonce à ses auditeurs le changement qu'il apporte daus l’ordre de ses conférences : sk | € Au’milieu de l’effrayante série de catastrophes et. de crimes qui se sont succédés si rapidement en Europé depuis que nous nous sommes séparés, auriezvous par hasard entendu raisonner ainsi : Mais où en. sera votre conférendaire avec son Eglise immortelle. dont le chef s’en va ? La Papauté est en ruine ; la Ville. Eternelle est au'pouvoir de maîtres qui.ne sont,
pou ai Aeigo es passé, veut un
PATES Haies are ds ie
f rétiens.
autre avenir ; le vieillard du Vatican n'est plus qu’un fantôme qui voltige sur les bords de la Méditerranée ; plus de Pape, donc plus d’Eglise !
« Cette parole-là : « plus de Pape, donc plus d’Eglise, » s'est répétée bien des fois depuis dix-huit siècles, et sur bien des tons différents.
« Elle fut dite d’abord, du moins quant au sens réel, sur la fosse d'un géant, qui venait de soutenir contre : l'antique serpent que vous connaissez, au sommet d’une montagne qui avait nom calvaire, une lutte qui fit trembler la terre et pâlir le soleil : Seductor tle.. signantes lapidem cum custodibus. Pendant trois cents ans, elle retentissait chaque matin sous ces voû- (es silencieuses qu'on appelle les catacombes, alors dernier asile de la liberté. Pendant cent autres années des princes et des peuples séduits par le traître Arius, la chantèrent jusque dans les plus beaux temples du christianisme. Cette parole fut le refrain du soldat de la Mecque, du Byzantin, de l’Albigeois, de l’incendiaire Wicklef et surtout de Luther...
..& En 1799, tout ce qu'il y avait alors en Europe de poumons robusles se réunit, à la veille du jubilé séculaire, pour crier .sur la tombe de Pie VI : « Plus de Pape. donc plus d’Eglise ! » |
« Nous vivons en 1849 ; au bout de cinquante ans, nous voici: à la veille d'un autre jubilé ; Pie EX, l'immortel Pie IX n'est pas encore enterré : il n’est pas même mort. Ne serail-ce pas sage, après tant de mécomptes, d'y meltre au moins une réticence avant
d'annoifcer la vieille nouvelle? » | "+ Depuis le jour -où M. Holmes prononça ces belles pet un autre quart de siècle s’est éconlé ; le ju-
ilé qu'il annonçait et un autre jubilé ont été célébrés,
Pie:IX, l'immortel Pie IX, comme ile disait alors, est encore plein: de force; et de courage, et aurait-il reçu la couronne glorieuse qui lui est destinée, que la
vieille nouvelle : « Plus de Pape, donc plus d’Eglise, » toujours racontée brutalement et sans réticences, n'en serail pas plus vraie |
Le lecteur eura remarqué la tournure piquante de cel exorde qui entre de suite dans le vif de la question. Mais il est grandement surpassé par la solennité de celui de la première conférence. Ce début est presque digne de Bossuel, et c'est tout naturellement qu’à la tin du premier alinéa, se trouve un mot du grand oraleur, il semble appelé per ce qui précède, et n’est nullement déparé par ce qui suit :
« Dieu est éternel ; en Dieu, rien ne finit, rien ne commence ; en Dieu point de passé, point d’avenir : ILest, voilà son attribut suprême, son adorable nom Ego sum gui sum. Nulle de ses œuvres extérieures ne possède celte immuable existence, la créature serait égale au Créateur ; et, cependant, tous les êtres visibles ou invisibles, que sa toute-puissante volonté a fait éclore, ont pour caractère une durée à laquelle nous n’entrevoyons ni termes, ni limites. Les astres continuent de suivre la route assignée à chacun d'eux au moment de sa formation. La terre, affermie. sur ses bases, comme parle l’Ecriture, offre une constante succession de jours et de nuits, de saisons et d’années. À sa surface, il est vrai, tout se renouvelle : animaux et plantes, races humaines avec leurs individus, leurs familles, leurs peuples, leurs générations, disparaissent et s'en vont avec une effrayante rapidité ; mais au milieu de ces vicissitudes, rien de matériel ne se perd, rien, pas un brin d'herbe, pas un cheveu de notre téte, pas un seul atôme, vérité qui a déjà donné de profonds soucis à plus d’un incrédule;
«L'impie, dit Bossuet, aspire au néant, et ce miséras.
ble partage: (illle voit) ne lui est pas assuré. » : de regrelle de ne pouvoir citer tout cet exorde ; il
eslà lire. ; mieux, à apprendre par cœur. L'existence
…— 20 de
de Dieu, l'immortalité de l’âme ne s’y discutent pas comme en d’autres discours sacrés, elles s’y imposent de vive furce.
Voici maintenant de quelle manière engageante M. Holmes exposait le plan de ce beau travail, que la maladie est venue interrompre et que sa mort a laissé inachevé :
« Maintenant, mes frères, si vous me demandez quel sera le p'an de ces conférences, je vous répondrai qu'il se trouve lout entier dans le texte dont j'ai fait choix : Jesus Christus heri et hodie et in sœcula, el dans le rapide commentaire que vous ‘venez d’en-
tendre. Le grand fait de la création sera notre point de départ : des milliers de siècles ne ‘suffiraient pas pour contempler en détail ce qu’un Verbe, une parole toute puissante y fil éelore de merveilles Nous nous y arrêterons seulement pour reconnaître la place que nous occupons, nous, dans l'immense échelle des êlres visibles et invisibles : nous, si petits, si voisins du néant ; nous, si grands toutefois, si voisins de la divinité. Nous: entrerons dans ce mémorable jardin, berceau. de l'humanité ; nous n’en sorlirons qu'après avoir entrevu la porte d’un autre jardin, théâtre d’une autre création, où l'homme renaitra du song, du sang d'un Dieu ! Instruits déjà de bien des mystères, nous errerons assez longtemps autour de ces Jieux où retentit hélas! la sentence d'un ‘irrévocable exil, Puis nous nous embarquerons sur le fleuve des temps, nous parcourerons les six âges du monde; aidés dans notre course. par la révélation, éclairés de distance en distance par des phares de plus en plus brilla ne, ; jusqu'à celui qui s’élèvera devant nous avec tie auré FOR: :. Je suis la lumière du monde. Nous voalors au: Mis Ledi+on nee le: nor
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frages. Parvenus enfin aux rives contemporaines, nous jellerons l'ancre, pour fixer nos regards sur l'avenir : bien endurcis, bien aveugles seronsnous si un pareil voyage et de pareïlles scènes n'ont pas leur effet, comme ils auront pour but, le renouvellement de notre foi et la réforme de nos mœurs.»
Toute la partie de ce plan magnifique qu'il a pu exécuter, a été développée de la manière la plus habile, Il n’y avait guère rien de neuf à dire, sur de pareils sujets ; mais il s’agissait de condenser sous une forme attachante et convaincante ce qui avait été dit; et cela M. Holmes l'a fait sans sécheresse, sans banalité, prodiguant les aperçus fins et lucides, les rap prochements ingénieux, trouvant toujours, comme on l’a dit si heureusement de Pie IX dans ses alloculions, trouvant toujours « le mot qui illumine, le trait qui porte le coup ».
La métaphysique, l’histoire, l'astronomie, toutes les branches de l’histoire naturelle sont mises à contribution, et l’on dirait qu'après avoir étudié avee amour ces sciences diverses, le prédicateur veuille en réunir toutes les fleurs comme en un seul bouquet, pour l'offrir à la religion, qui l’a guidé dans ses tra- “Vaux. | Re de
La science a fait de nouveaux progrès depuis, de nouvelles pièces ont été apportées de part el d'autre
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de mettre ce hvre au niveau d’ la science actuelle : quatre:ou cinq notes au bas du texte et une couple de pages ajoutées à l’appendice auraient suffi pour remplir cette tâche.
Les démonstrations scientifiques ou historiques qui occupent les trois premières conférences sont, comme tous ses ouvrages,exemptles.de toute pédanterie ; elles ont l'allure aimable et spirituelle de son enseignement; elles sont remplies-de traits heureux dans lesquels il ‘e retrouve tel que ses élèves l'ont connu. J'en citerai quelques-uns.
.. Après avoir répondu à la sotte critique de Voltaire et de ses adeptes, qui trouvaient si ridicule que- la création de la lumière dans le récit de Moïse, précédât celle des astres, il ajoute : «Il y a plus, Île terme dont se sert Moïse signifie lumière-feu, d'accord avec les savants qui se persuadent de jour en jour plus fortément que la lumière, la chaleur, l'électricité et le magnétisme ont une même nature et qu'ils ont dû exister avant la formation des corps terrestres. Les plus hardis frondeurs se demandent comment, au sein de la nuit des temps, l’auteur de la Genèse a pu savoir si bien cé qu'était la lumière. L’humble Chrétien, sans étalage de science, répond : « C'est qu'il-avait:un bon maitre LE»
transmise ; histoire, qui de bouche en bouche, de colonne en colonne, est parvenue à toutes les nations anciennes el modernes ; histoire, hélas, que ñoôus n'avons nul besoin d’aller lire dans les collections de l’antiquaire, sur les pyramides de l’Egÿpté,-lès pagodes de l'Inde ou les tombeaux du Mexiqué : elle est au-dedans de nous ; elle se répète à chaque ‘cri'ide notre conscierfce, à chaque pulsation de'’notre cœur malheureux et coupable ! » | GR
Et ailleurs, après avoir démontré que la’ femme, reconnaissante de sa réhabilitation dans la pérédine de la seconde « Eve, » avait contribué sous le christianisme à relever l'homme dont elle avait causé la première chute, après avoir déploré les efforts que fait l’incrédulité pour chasser l'esprit de. religion. du dernier sanctuaire où il sc réfugie, il termine par ces paroles pleines de sarcasme et d'énergie :
« Voulez-vous; mes frères, en trois mots une preuve ? L'incrédule a honte et horreur de son ou-
Adrien IV, et une foule d'autres génies prodigieux, revenant par une transilion aussi brusque qu'heu-
reuse à son thème principal, il terminait ainsi : «Un pape français aurait inventé nos horloges, .le . mouvement par la vapeur ?—Il serait bien juste qu’une dizaine de steamers français, montés de quelques milliers de braves allassent briser la junte misérable qui tient Rome dans la terreur, et faire vi- brer encore à l'oreille de Pie IX le timbre majestueux de l'horloge du Vaticen ! »
Et puis comme si la chose devait se passer dans le cours de la semaine, il ajoutait :
« À dimanche ! »
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oint du fameux passage de Macauley, nouveau à ette époque, mais tant de fois cité depuis; mais il mprunte la substance de plusieurs pages à cet écriain, et la fait précéder de plusieurs autres citations armi lesquelles s’en trouve une de son compatriote e chancelier Kent, qu'il signale avec üne complaisance bien naturelle : | «Déjà, » dit-il, «il faut précipiter notre course si nous oulons garder une place pour deux ou trois magnifiques citations qui résument presque en entier ce que mille témoignages passés et présents auraient pu nous dire. '
«Je me bornerai, pour le moment, à une courte remarque du chancelier Kent, surnommé le Blackstone de notre Amérique. Ce qui me le fait choisir, c'est que, nourri dans tous les préjugés puritains de la Nouvelle- Angleterre, il n’a pu rendre quelque hommage à la vérité dont il s’agit qu’à l’aide des plus fortes convictions: |
« L'histoire de l’Europe, durant la première partie des temps modernes, abonde en preuves intéressan: tes et fortes de l'autorité qu'’exerçait l'Eglise sur des princes turbulen(s et de féroces guerriers ; en preuves, dis-je, qui démontrent l'effet de cette autorité
aimer la paix, la modération et la justice. »
comme introduction aux passages plus éloquents de Macauley. On voit que l’habile conférencier savait choisir des autorités peu suspectes au point de vue des adversaires qui pouvaient se (roi ‘son auditoire. Et il s'en trouvait : beaucoy protestants d’abord, cru certain nombré de
pour adoucir les mœurs, réprimer la violence, faire.
Puis viennent Voigt, Hurler, Ranke, Roscoe, tous: à
ouvaient se trouver dans .
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abordait les côtés difficiles avec une franchise ét une largeur de vues qui faisaient disparaître toutes les préventions, trouvant toujours le mot juste, le trait qui détruisait l’objection en faisant sourire celui qui
tait tenté de la faire. Parlant de ce pouvoir d'arbitrage que les souverains eux-mêmes avaient décerné aux pontifes, etaprès avoir distingué cette médiation temporelle des questions de dogme et de morale, il dit :
« Mais nous sommes bien peu en état d'apprécier les événements qui soulèvent tant d’indignation amère. Spectateurs dans le lointain, nous voyons le combat des flots, la fureur des vents, les périls de cet Arche de l'Eglise qu’environnait le déluge des erreurs et des passions humaines ; nous croyons follement que si nous eussions été là, tout eût été à merveille !
« Ceux qui ont approfondi l'histoire savent que durant plusieurs siècles, ainsi que nous le remarquions tout à l'heure, les papes avaient à démêler les affaires les plus compliquées, les plus difficiles. De tous les points de la chrétienté, on s’adressail à eux, 6n les prenait pour arbitres surtout dans les querelles de prince à prince, de pays à pays ; on ne connaissait point dans l'univers de juges aussi équitables, aussi désintéressés. Ordinairement on souscrivait de bon cœur à leurs décisions. C’eût été beau d'y voir un
dans la chaire de Notre-Dame qu’une fois, au printemps de 1852, nous.dit son biographe.
On aurait dit, pendant tout 1- sowfs de ces instructions, que son auditoire avait un pressentiment qu'il en serait ainsi : il n’y eut jamais autant de foule dans la vaste église : nef, chapelle, galeries étaient remplies. Et c'était l'élite de Québec, tout ce qu'il y avait d'hommes instruits et de femmes distinguées ; le peuple, le vrai peuple, lui aussi, quittait tout pour aller entendre ces savants discours ; il s’y portait avec une ardeur et une constance, qui prouvent combien l'or a tort de croire de semblables sujets au-dessus de sé portée. Tout dépend de la manière dont vous les traitez. Soyez simple, clair, naturel, sympathique; adressez-vous aux sentiments, au cœur en mè-
élevé et aussi savant que vous le voudrez : le peuple
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vie lui avaient cachée ; encore une fois, il vous en tiendra compte.
Mais si le prédicateur est déjà, comme M. Holmes, * chéri de son public, identifié pour bien dire avec lui, les difficultés d’une pareille entreprise seront encore diminuées de beaucoup. Plusieurs orateurs ont depuis attiré la foule autour de la chaire de Notre-Dame ; aucun ne semblait plus que lui posséder cette mistérieuse influence que donne une sympathie muluélle, qui fait qu'orateur et auditoire se comprennent d’avance. On aimait pour lui-même cet Américain devenu Canadien, qui parlait notre langue avec tant de pureté et d'élégance, mais avec un accent et surtout une intonation qui ne laissaient pos oublier son origine ; on admirait ce protestant converti, qui réfulait avec ‘tant de conviction et en même temps de modération et ‘de charité, les erreurs qu'il avait abjurées ; on savait gré à ce savant, à ce laborieux instructeur de la j jeu nesse, d'ajouter cette lâche à toutes celles qu'il s’était. Lg 1e imposées.
M. Holmès conduisait de front bien des travaux di- -wers ; esprit souple et flexible, il semblait se jouer de tous ‘les obstacles et passait d'une occupation à une mL avec une merveilleuse facilité. Mais on ne sur-
le pas ainsi toutes ses faculiés impunément, on ne, fa! pas. ainsi double et triple part de labeur sans que la nature se D ladi e dis-je !— sans qu'elle se venge. Une cruelle maladie, suite d’un rhumatisme contracté dans les missions Les cantons de l'Est, sé développa «progressivement à la faveur de ce travail consiant'et : me qu'il recherchait peut-être comme une diversion. .« Ce lon . et as martyre, dit la notice pu. 8 l'Aberlle arlait rarement et {oujours s ter nes. BE e la plus complète résigr volonté de Dieu et ’espoir d'en
Il essaya de réparer ses forces en se retirant successivement à la Malbaie, à l’Ile-aux-Coudres, et à Lorette ; mais dans toutes ces résidences, l’amourardent du travail le suivit et ce fut dans une de ces retraites qu’il prépara ses belles conférences. Il. mourut à l'Ancienne-Lorette, le 18 juin 1852, à l’âge peu avancé de 53 ans.
Depuis quelque temps, il paraissait se prete
il parlait, dit la notice, avec la plus grande sérénité. Il fut
avait conservé
à À juré
dique, et elle l'estimait tellement, que sa conversion élait: à ses yeux une preuve de la fausseté des abominations que ls protestants débitent contre notre religion. Lorsque, dans le cercle de leurs relations sociales, ses sœurs entendaient des personnes se répandre en calomnies contre les catholiques, elles répondaient : « Cela ne peut être, car notre frère est trop bon pour embrasser un culte qui serait si abominable. » Il était, par la seule puissance de sa vertu, un apologiste du catholicisme. »
Voici en quels termes discrets et en même temps plein de grâce et de. mérite, il a parlé lui-même de sa conversion dans sa première conférence :
« Je n'aime point ce qu’on appelle proprement la controverse religieuse. Ne au sein de l'erreur, nourri dans tous les préjugés imaginables contre celte Eglise dont je viens aujourd’hui vous exposer les éternelles grandeurs et l’infaillible doctrine, je. n'ai mis bas les armes qu'après un examen opiniâtre de ses dogmes, et de sa morale. Je sais ce qu’il en coûte pour s’arracher à l'esclavage intellectuel, le pire des esclavages. Par là, j'ai appris à plaindre le malheur des autres ; je n’y puis insulter, et dans tout ce que je dirai à mes frères, je veux fuir de mon mieux la guerre offensive—ce que je dois aimer et préférer, * C’est:.la médilalisn calme et paisible d’un chrétien cr rend, à lui-même et devant Dieu, raison de sa O1. »' ‘ ; 4 x LAS | hs « À cette heureuse conversion le Canada a dû de posséder un des hommes qui lui ont rendu les plus. | grands services. : : ins AE NE L'amour qu'il avait pour sa patrie adoptive, amour - éclairé autant que profond, aurait reçu une bien … douce en. 5 il En pu vivre seulement quel Ée . g A L us... La C don ani
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développer plus sérieusement, et l'Université Laval reçut sa charte, le 8 décembre qui suivit sa mort, Hoc erat in votis, aurait-il pu dire ; mais il eut du moins la consolation de voir l'aurore du succès de ces deux grandes causes auxquelles il s’intéressait si vivement.
Il avait compris quel rôle important notre race.était destinée à remplir en Amérique. Il ne songeait peutêtre point à celui que commence déjà à lui faire, parmi ses anciens compatriotes, cette émigralion qu'il déplorait et redoutait si fort ; dans tous les cas, il avait raison de la trouver prématurée et dangereuse. Il voyait ici un réservoir de forces religieuses et sociales qu’il fallait conserver, —il y travailla Conslamment. Son dévouement avait sa source dans les plus nobles sentiments de l'âme ; d’abord dans la reconnaissance envers le pays où il avait trouvé ce bien suprême, la foi, et ensuite däns la conviction qu'en travaillant pour nous, il travaillait à accomplir les desseins de la Providence sur ce continent, comme l'a si bien dit son biographe : « Pro patria quia pro Deo!» Figure roble et sympathique à laquelle ne manqua point l’auréole de l'épreuve et de la souffränce, il restera dans la mémoire des Canadiens-français comme un de ceux qui contribuèrent à sauver leur nationalité à l'un des moments les plus critiques de leur histoire. Iln’exerça d'autre autorité que celle . de son génie et de ses mérites ; sa réputation s'élève incontestée à l'abri des jalousies et des haïines, et projette une douce lumière sur une époque que l'on peut considérer comme le berceau des lettres et dés :