‹ L'abbé Joseph Aubry [microforme]Chapitre 3 sur 6 · LS · texte numérisé non relu

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déjà eté accueillie avec faveur, et, encouragée libéralement dans un grand nombre de paroisses de la campagne, et surtout dans la ville de Québec. Ne dois-je pas compter plus sûrement encore sur la libéralité des citoyens de Montréal, lorsqu'il est question d’une œuvre propre à ce diocèse ? C'est ce qui m'engage aujourd'hui à m'adresser avec confiance aux personnes les plus notables et les plus charitables de cette ville.

‘€ Dans ce but, je me propose, malgré mon âge fort avancé, de faire une visite à domicile, dans quelques jours, pour recueillir les offrandes que l’on jugera à propos de me confier. Il va sans dire que l’humble collecteur recevra les moindres dons comme les plus considérables. Ce que l’on cherche, c’est

la bonne volonté, et le don fait avec joie, afin

que chacun ait le mérite de son œuvre devant Celui qui connaît les cœurs.

‘ IL est vrai qu’un vaste cahier, qu’on appelle ‘ Cahier d'Honneur, ” conservé dans

les arcaives du Séminaire de Sainte-Thérèse,

contiendra tous les noms des membres et des bienfaiteurs-de la Société des Douze Apôtres ; cependant, malgré cela, chaque donateur

“voudra bien, en inscrivant son nom sur le ‘“cahier de la souscription, obliger le très- ‘ humble soussigné.

‘« Jos. AuBry, Ptre.”

Le jour même où ilétait occupé à adresser cette circulaire aux citoyens de Montréal, il fit à un jeune prêtre qui l’aidait une réponse admirable.

Ce jeune prêtre lui faisait observer qu'il ne réussirait pas probablement; que l'argent était rare, et les collectes nombreuses,—£t Oh ! mon ‘ cher, je ne suis pas obligé de réussir, répon- ‘ dit-il vivement, mais je suis obligé de tra- ‘ vailler. Dieu fera le reste. ”

Or, on sait ce qu'il en coûte à'tout homme, à une âme comme la sienne en particulier, pour aller ainsi tendre la main à la charité publique. Il est bien facile d'admirer un tel dévouement ; mais l’imiter, mais s’exposer aux plaintes, aux froideurs, aux réponses de ceux qui ne savent ni donner ni refuser, comme on en rencontre toujours dès que l'on s’adresse au public, voilà qui est plus difficile, et qui restera impossible même à plus d’un homme auquel le dévouement n’est pas cependant inconnu ou étranger. Mais rien ne rebutait le bon vieillard. Son zèle, bie

loin de se ralentir avec l’âge, s’enflammait de jour en jour. Ses forces paraissaient redoubler, ou du moins, il ne s’imaginait pas qu’elles dussent enfin céder à l'effort, et l’abandonner sur le chemin de l’honneur et du dévouement.

Il revenait de temps en temps à son humble cellule, au milieu des confrères qu'il aimait. Là il se remettait promptement de ses fatigues. Il s’informait de ses jeunes protégés. Il les voyait avec bonheur. Réussissaient-ils bien ? Etaient-ils bons surtout? Seraient-ils prêtres ? On le voyait quelquefois s'asseoir au milieu d’eux, comme le père de famille au milieu de ses enfants.

Mais iln’oubliait pas nca plusles bienfaiteurs de sonœuvre. Infirme et malade, fatigué d’une cruelle insomnie, le matin de bonne heure, quandil y avait messe pour eux—ce qui a lieu souvent— il s’y faisait conduire invariablement. Il y restait jusqu’à la fin, souvent malgré le froid, et il priait encore pieusement aux pieds des saints autels, longtemps après que les assistants eussent quitté la chapelle. Sans doute, il y repassait alors dans sa mémoire les noms de ceux qui l'avaient si bien accueilli, et il recommandait au Dieu du sanctuaire les bienfaiteurs de son œuvre, et les fils de sa charité.

L'on pourra se faire une idée “des efforts de l'humble collecteur, comme il s'appelait luimême, en apprenant qu'il a pu recueillir ainsi, en 45 ans, généralement par petites offrandes, la somme de $#10,000,00. à

Il a laissé une autre preuve de son zèle en léguant au profit de l’œuvre—moins sa bibliothèque, qu’il donna au Séminaire de Sainte- Thérèse—tous les biens, meubles, argents, etc., qu’il possédait à sa mort.

Aujourd'hui, de douze à vingt élèves, venus de divers diocèses, jouissent chaque année du fruit

de ses sueurs et de sa vie.

L'automne dernier, au moment où le vénérable fondateur de l'ŒÆuvre des Douze Apôtres venait de la prècher pour la dernière fois, et se dirigeait, malade, vers l’Hôtel-Dieu, M. l’abbé H. Verreau, qui en avait fait la demande à Rome, lui annonça que le Saint Père accordait à tous les associés une indulgence plénière, au jour de leur admission, aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Toussaint, et à l'heure de leur mort.

Cette nouvelle faveur fit surabonder la joie

dans le cœur du bon vieillard, et appela sur ses

lèvres le Munc dimittis.

… Nous ne dirons que la vérité en ajoutant qu'il contracta au service de cette grande œuvre la maladie dont il mourut.

L'automne dernier, tard, lorsque le froid et les pluies avaient déjà commencé à sévir, il revint au Séminaire fatigué, malade, brisé. Il y avait en lui, dans ses mouvements, sur son visage, dans toute sa personne, quelque chose qui annonçait la mort. Lui-mêm® ne semblait déjà plus se dissimuler la triste réalité. Mais il ne perdait pas cependant courage. La pensée de la mort le frappait, comme saint Jérôme, et tant d'autres grands serviteurs de Dieu. Il en parlait souvent avec une espèce de terreur. Après être resté quelque temps au Séminaire, il se décida à se retirer à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Il y demeura jusque vers la fin du carême, sans éprouver de mieux sensible.

C’est pendant son séjour à l’Hôtel-Dieu, qu’un jour, se sentant plus fort, et capable de sortir, il alla faire une visite à Mgr de Montréal ; et qu’en revenant, la voiture s’étant renversée, il se démit une épaule. Il souffrit ce contretemps avec sa patience ordinaire.

Mais son séjour de prédilection était le Séminaire. Chaque fois qu’un confrère allait le voir,

il manifestait la pensée de revenir bientôt à sa. chère cellule. Aussi, dès qu’il fut remis suffsamment, à ce qu'il croyait, il dit adieu à l’hôpital—c’était vers la fin du carême—alla passer quelques jours chez monsieur l’abbé Verreau, son ami de prédilection; puis il revint à Sainte- Thérèse, le mardi de la semaine sainte. Il se vit chez lui enfin, une fois encore.

Il était satisfait, content de tout. Rien ne valait, à ses yeux, l’assiduité des serviteurs, et les soins que savaient lui donner les élèves, comme A. Brunet et H. Cousineau.

Le bruit de la Communauté le distrayait heureusement. ;

L’air pur et frais de nos collines le ranimait.

: On eût dit quelque temps qu'il allait revivre.

Mais Dieu en avait décidé autrement.

Il était temps de récompenser le bon et fidèle serviteur.

Il était usé, suivant l’expression du médecin,. le Docteur Leclerc, qui lui prodigua les soins les jes plus empressés. et les plus constants.

Cependant, le courageux vieillard luttait encore contre la faiblesse et l'épuisement. Il lui. fallait toujours sa petite promenade, son exercice d'autrefois.

Il sortait souvent seul ; car sa délicatesse ne le faisait consentir qu'avec peine à accepter du secours.

IL aimait aussi à prier tranquillement au fond de sa cellule. C’est là, dans la prière, qu’il se réconcilia et se familiarisa enfin avec la mort,

Il était encore ponctuel.

Jusqu'à la fin, il se rendit au réfectoire. Et s’il arrivait qu’il y fût quelque peu après les autres, et qu’il y eût un étranger, il s’excusait.— “t Mais, monsieur Aubry, dut-on lui dire souvent, vous n’avez pas besoin de vous excuser : tout le monde sait bien que vous êtes malade.”

Jusqu'à la fin, il assista à la lecture spirituelle. Il s’y rendait même d'avance, l’écoutait avec attention ; et si une fois il ne pouvait tout comprendre, il demandait le lendemain, et avec mille ménagements, au lecieur, de vouloir bien se tourner de son côté, et hausser un peu la voix.

Jusqu’à la fin, il parut à la salle de récréation, aussi longtemps que ses forces et ses infirmités pouvaient le permettre.

Jusqu'à la fin, il se fit un devoir d'assister aux séances, quelquefois assez prolongées, du Conseil du Séminaire. ;

” Jusqu'à la fin, il fit acte de présence aux Con-

férences théologiques, qui ont lieu chaque semaine au Séminaire ; et il y prit part à la discussion, avec sa science d autrefois, et son aimable modestie.

Jusqu'à la fin, il accorda aux plus humbles le secours de son ministère. A quelque heure du jour ou de la soirée, que l’on demandât à se confesser à lui, il était prêt. Il suffisait qu’on lui aidât à mettre et à ôter son surplis.

Jusqu'à la fin, il voulut être ce qu'il avait toujours été : l’homme de zèle, de règle, d'exemple, d’édification : le prêtre modèle.

Ce souvenir restera.

Enfin, le vendredi, 21 mai, il fallut songer à l’administrer.

Le lendemain matin, il reçut avec dévotion le saint viatique.

Le 26 mai au soir, il tomba en agonie. Cette agonie fut rude. Elle dura trente-six heures.

Le vendredi, 28, à six heures et treize minutes du mattn, il rendait le dernier soupir, ayant à ses côtés plusieurs élèves affectionnés, les prétres et le supérieur du Séminaire, et ses deux dignes neveux, MM. S$S. et M. Tassé, curés de Sainte-Scholastiqne et de St-Benoit.

On rapporte qu'un sourire errait sur les lèvres

de saint François de Sales, à ses derniers moments. On eût dit qu’il voyait les âmes sauvées par son zèle

Celui dont nous venons d’esquisser si faiblement les traits, n’a pas eu la même faveur. Dieu voulut que sa fin fût, comme sa vie, laborieuse. Cependant, au souvenir du long et généreux apostolat de ce vénérable prêtre, qui expirait sous nos yeux, il nous était bien permis de croire qu’en effet ces âmes entouraient sa couche funèbre, et préparaient son triomphe.

Le corps du vénéré défunt fut déposé dans la chapelle ardente.

On y offrit le sacrifice de propitiation.

On se succéda, autour de cette tombe vénérée, dans la prière.

Les funérailles eurent lieu le mardi, premier jour de juin.

La levée du corps fut faite par l. obé S. Tassé.

Son digne et vénérable frère, M. Luc Aubry, curé de St-Léon, diocèse de Trois-Rivières, chanta le service, assisté des abbés M: et A! Tassé: !

A l’évangile, M. A. Nantel, Supérieur du Séminaire, monta en chaire; et d’une voix émue, il prononça ce court maistouchant panégyrique :

Celui dont nous déplorons la perte n’a pas

besoin de nos discours pour glorifier sa mémoire; car il parle de lui-même assez haut, par les œuvres qu'il laisse après lui. Mais puisqu'il convient de laisser tomber une parole sur sa tombe, comme l'expression ue nos regrets, comme l'hommage de notre vénération, de notre amour, de notre reconnaissance, souffrez, mes Frères, que je rende encore ce dernier devoir à notre cher et vénéré défunt, à celui que j'ai préparé, par l’onction des mourants et le saint viatique, au grand voyage de l'éternité; à cette âme chrétienne que j'ai invitée à partir de ce monde pour passer à une vie meilleure : Proficiscere, anima christiana.

‘ Agenouillés alors autour de cette couche funèbre, où nous voyions s'achever le travail de la mort, au milieu des convulsions et du râle de l’agonie, nous recommandions cette âme à Dieu, qui l’a créée, qui l’a rachetée, qui l’a sanctifiée. Nous conjurions ce Dieu bon et miséricordieux d'oublier les fautes de la fragilité humaine; nous disions dans le langage de l'Eglise : Réjouissez, Seigneur, l’âme de votre serviteur; car à a cru en vous, il a espéré en vous, il vous a adoré, il'vous a aimé, il a eu le zèle de votre gloire : zelum Dei

habuit.

‘* Aujourd'hui, cette parole de l'Eglise se place encore d'elle-même sur mes lèvres, pour exprimer le caractère de notre vénéré défunt, et le trait de sa carrière sacerdotale, 11 2 eu le zèle de Dieu, zelum Dei habuit: c’est l'unique éloge que je déposerai sur sa tombe.

Il‘a eu le zèle de Dieu, vous le savez, habitants de cette paroisse, vous qui avez trouvé en lui ce père de famille de l'Evangile, tirant du bon trésor de son cœur des choses nouvelles et anciennes, pour vous instruire, vous exhorter, vous toucher.

I] a eu le zèle de Dieu, vous le savez aussi, élèves de ce Séminaire, qu’il appelait les Benjamins de sa famille, et qui l’avez toujours trouvé prêt à vous aider de ses conseils, à compatir à vos faiblesses, à entendre l’aveu de vos fautes,

même jusqu’en ces derniers temps d’infirmité, où une main étrangère devait le revêtir du surplis.

‘11 a eu le zèle de Dieu, vousle savez, surtout, vénérables confrères dans le sacerdoce, qui avez fait l’expérience de sa douce et forte direction, et qui avez joui, plus que tous les autres, des trésors de science et de vertu que Dieu avait placés dans cette âme de prêtre,

1al

‘< Au début de sa carrière sacerdotale, il avait entendu les paroles du divin Maître: Messis quidem multa, operarii autem pauci. 11 pria donc, et il travailla à donner à Dieu de bons et fidèles ministres. Il trouva beau de se dévouer à la direction de la jeunesse dans les séminaires. C’est là que nous le trouvons, pendant cinquante ans, occupé à cette humble mais laborieuse fonction, et tout ce qu’il y mit de soin, de vigilance, de tendre et ingénieuse charité, de sollicitude éclairée et prudente, ceux-là seuls le savent, qui en ont fait l'expérience. Il me suffira de dire qu'il se fit tout a tous, soit pour cultiver et nourrir dans l’enfance les germes de la vocalion ecclésiastique, soit pour former les élèves à la vertu et à la science de leur état. Il les formait par ses avis, ses conseils, ses vives et pressantes exhortations. Mais la plus belle leçon pour ces jeunes séminaristes, c'était la vie ellemême de leur directeur; c'était cette vie qui se déroulait à leurs yeux comme les pages d’un beau livre, où ils apprenaient à vivre dans le recueillement, la prière, l’amour de l'étude ; où ils apprenaient surtout le zèle de la maison de Dieu, le zèle du salut des âmes.

‘ Pour ceux qui l’entouraient, il était un foyer

de lumière et de chaleur, lucerna ardens et lucens, pour éclairer les âmes, et les embraser de ce feu que J. C. est venu apporter au monde, et qu'il désire allumer dans les cœurs, surtout les cœurs de ses prêtres.

‘€ Lucerna ardens et lucens, il le fut dès le commencèment ; il le demeura jusqu’à la fin de sa longue carrière. La cinquantième année de son sacerdoce le trouva fidèle a la mission qu'il avait reçue et embrassée avec amour. Son zèle avait changé de théâtre, mais non d'objet. Et même quand les infirmités de l’âge l’obligèrent de renoncer aux fonctions de professeur et de directeur, il sut trouver dans les industries de sa charité le moyen de continuer jusqu'à son dernier jour, et jusqu’au-delà de la tombe, l'œuvre de toute sa vie.

‘Il avait toujours déploré le sort de ces jeunes gens, richement doués de la nature, mais pauvres des biens de la fortune, qui, ne pouvant se procurer la haute éducation, sont empêchés d'arriver à l’état ecclésiastique, objet de leurs désirs. Pour leur venir en aide, il résolut de créer un fonds qui pût leur fournir les ressources nécessaires. Il pensait qu’il ne pouvait mieux employer les loisirs et la liberté de ses dernières

années. Cette œuvre devint l'unique objet de ses pensées, de ses discours, de ses travaux ; et pour la conduire à bonne fin, il sembla recouvrer l’ardeur de sa jeunesse. C’est alors que nous l'avons vu s'imposer, de longs et pénibles voyages, au milieu des froids les plus rigoureux de l'hiver comme des chaleurs de l'été.

‘€ I] allait partout, le noble vieiilard, qui s'était fait mendiant pour l’amour de Dieu et de son Eglise ; possédé de cette sublime folie de la charité, il allait parcourant les villes et les campagnes, prêchant son œuvre du haut de la chaire, au milieu des salons, et jusque sur les routes publiques, tendant la main aux pauvres comme aux riches, heureux de recevoir la moindre obole qui pût grossir son trésor.

‘€ C’est au milieu de l'exercice de son zèle qu’il reçut l’avertissement de sa fin prochaine, dans la maladie qui acheva d’épuiser ses forces. Il revint de cette dernière campagne comme un vainqueur chargé des dépouilles opimes, mais portant au fond de son âme une réponse de mort. L'heure du repos avait sonné pour lui.

Il pouvait en effet s'endormir de son dernier sommeil, lui qui avait rempli la parole de son divin Maître: Posui vog ut ealis, et fructum affer-

atis, et fructus vester maneat. Il était venu, docile à la voix de celui qui l'avait appelé; il avait passé parmi les hommes en faisant le bien ; il avait porté des fruits, et ces fruits devaient demeurer.

‘Ils demeurent dans cette génération de vertueux laïques, qui n'ont pas reçu dans une terre ingrate la bonne semence déposée par leur vieux maître. Ils demeurent dans cette famille de prêtres zélés qu’il a donnés à l'Eglise, et qui ne cessera de se perpétuer, grâce à ce dévouement, à cette charité héroïque, qui s'étend jusqu’au-delà du tombeau.

‘Il avait bien mérité de s'endormir dans la aix, le bon soldat de Jésus-Christ, qui pouvait se dire comme l’Apôtre: ‘J'ai combattu le bon combat; j'ai consommé ma course; j'ai gardé la foi; il me reste maintenant la couronne de gloire.......

‘Je ne sais si, dans ces heures de silence et de calme profond où il a passé ses derniers jours, : comme pour se recueillir en face de l'éternité, je ne sais s’il lui fut donné d’entrevoir cett” couronne immortelle réservée au bon serviteur; mais j'aime à croire qu’il la possède maïntenan dans le ciel. Après cinquante-ciny ans d’une

vie saccrdotale, remplie par les œuvres de la piété et du zèle, il ne s'est pas présenté les mains vides devant le juge qui lui a demandé compte des talents confiés à ses soin$ ; etil a mérité sans doute d'entendre ces douces et con: solantes paroles : ‘‘ Bon et fidèle serviteur, entrez dans la joie de votre Maître.”

‘Du moins, s’il achève dese purifier, dans les flammes expiatoires, des derniers restes de la fragilité humaine, espérons que nos prières hâteront l’heure de sa délivrance, et lui ouvriront pour toujours le lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. C’est là que nous le reverrons un jour, non' plus sous cette enveloppe terrestre et grossière, qui n’a pu échapper à la dissolution, et que nous allons cacher dans la tombe, mais sous les traits d’une éternelle jeunesse, et couronné de cette gloire promise à ceux qui ont dirigé beaucoup d’âmes dans les voies de la vérité et de la justice: Qui erudierint multos ad Justitiam, etc.

‘€ Qu'il repose donc en paix, notre cher et vénéré défunt. Qu'il repvse en paix au pied de cet autel, où il est monté tant de fois, pour offrir la victime sainte ; au pied de cette chaire, qui a retenti si souvent de sa parole. Qu'il repose en

paix au milieu de cette paroisse, qu’il a instruite par ses exemples comme par ses discours ; auprès de ce Séminaire, à qui il a donné les fruits de sa vieillesse ; ‘auprès de ces élèves, les derniers objets de son amour; auprès de ces jeunes prétres, qu'il appelait ses confrères et ses amis, mais qui le vénéraient comme un père, eux qu’il avait soutenus et fortifiés de ses conseils, eux qu’il avait réjouis par la bonne odeur de sa vie, et qu’il continue d’édifier encore, au-delà de la tombe, par le. souvenir toujours vivant de ses vertus !—ÆRequiescat in pace !

M. le grand-vicaire Moreau, qui représentait aux funérailles Mgr de Montréal, fit l'absoute.

Les restes vénérés de l'abbé Joseph Aubry reposent dans le sanctuaire de l’église paroissiale de Ste-Thérèse, du côté de l'Evangile, à l’entrée de la chapelle St-Joseph.

Qu'ils y reposent en paix, en attendant le réveil; car pour le chrétien la mort n’est qu’un sommeil: /n christianis mors non est mors, sed dormitio et somnus appellatur. (Hier., Ep. 29.)

L’Abbé Tuos, A. CHANDONNET.

Nous reproduisons ici les lettres que Nos Seigneurs les évêques ont bien voulu adresser à M. le Supérieur du Séminaire, pendant la maladie ou à la mort de l'abbé Aubry.

Elles forment la plus belle couronne que :

nous puissions déposer sur la tombe du vénéré défunt.

LETTRE DE MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET, Évèque DE MONTRÉAL.

Montréa!, le 24 Mai 1875,

Monsieur le Supérieur,

Je reçus hier la vôtre du 22 courant, qui m'apprenait que notre vénérable doyen avait reçu la veille les derniers secours de l'Eglise» pour se préparer an grand voyage de l'éternité.

Je vous remercie de cette information, qui nous rappelle un devoir à remplir envers ce prêtre mourant, celui de la prière.

Dans un meilleur état de santé, je me serais empressé

‘aller visiter ce frère mourant. Mais ne pouvant le faire de corps, je le ferai en esprit, pour l’assister dé mes humbles supplications auprès de Jésus, Marie; Joseph, qu’on ne prie pas en vain à cette heure suprême.

Je demeure, de vous, et de votre cher confrère mourrant, le tout dévoué serviteur,

+ 1G., Ev. DE MonTRéAL.

M. Nantel, Supérieur.

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