‹ L'abbe Louis-Honoré PâquetChapitre 8 sur 49 · Courr. du Can. 6 mars · texte numérisé non relu

Courr. du Can. 6 mars

si religieux intérêt. Nous nous permettrons cependant, pour mieux faire saisir l'impression profonde causée dans le public, de reproduire l'article enthousiaste écrit, à la suite de ce Carême, par l'un des citoyens en vue de Québec, M. L.-G. Desjardins, et publié le 10 avril dans un des journaux de la ville. Voici cette appréciation :

L'auditoire d'élite qui a eu la bonne fortune d'entendre la série de conférences que M. L'abbé Louis Paquet terminait, hier, à la Basilique, se rappellera bien Longtemps les heures, beaucoup trop vite écoulées, pendant lesquelles l'éminent orateur sacré l'a tenu suspendu à ses lèvres. Rarement une exposition aussi supérieure de la vérité chrétienne, dans l'une de ses plus importantes manifestations, des paroles aussi éloquentes, des -accents aussi émus, sont tombés de la chaire de Notre- Dame de Québec, déjà illustrée pourtant par tant d'orateurs distingués.

Il y avait déjà quelques années que M. l'abbé Louis Paquet n'avait gravi les degrés de la chaire où il vient de remporter un si beau triomphe oratoire, ou plutôt de faire une si grande œuvre de bien, ce qui est toujours. pour le ministre de Dieu, une appréciation plus satisfaisante de son dévouement et de ses heureux résultat.-. Tout Québec avait conservé le meilleur souvenir de Bes

premiers et nombreux BUÇCès. Aussi la nouvelle qu'il

allait donner des conférences pendant le carême reçutelle le plus favorable accueil. On se promettait bien

d'être du nombre d<^s privilégiés qui se presseraient autour

de la chaire de Notre-Dame. On se disait que le- an;

que M. l'abbé Paquet avait consacrées à l'étude, à La

méditation, avaient dû donner une nouvelle ampleur à son talent, déjà si fortement développé. L'espérance de tous a été de beaucoup dépassée.

Je ne tenterai pas de résumer la thèse chrétienne que M. l'abbé Paquet a si victorieusement soutenue dans ses conférences. Ce serait, de ma part, une présomption contre laquelle me protègent le sentiment de mon insuffisance, et mon profond désir de ne pas être injuste envers l'orateur, envers le prêtre distingué, qui s'est acquis un nouveau titre à ma vive reconnaissance par les instants de ravissement qu'il m'a fait vivre, par les délicieuses émotions dont il a remué mon cœur, par les chauds rayons de la brillante lumière d'en Haut dont il a voulu éclairer mon intelligence. Je souhaiterais seulement pouvoir être assez heureux pour en faire saisir les grands traits à ceux de nos lecteurs qui n'ont pas eu le bonheur d'entendre M. Paquet. Ils y trouveraient une source féconde d'édification, en même temps que de regret de n'avoir pas été du nombre de ceux qui ont eu le grand avantage de recueillir chacune des paroles tombées de la bouche de l'orateur.

Cependant, un acte de bonne volonté, lorsqu'il est sincère, ne saurait mériter de reproche. Au risque d'en être blâmé, je me hasarderai à dire à vos aimables lecteurs que M. l'abbé Paquet nous a fait le tableau à la fois le plus vrai et le plus éloquent de la condition de l'homme sur la terre. Déchu de son bonheur primitif, et de la perfection relative dans laquelle il avait été créé, il est condamné à faire le fatiguant pèlerinage de la vie humaine par un chemin semé de ronces et d'épines. Au cours de la route, il est constamment en proie au chagrin des illusions détruites, des espérances évanouies, des enchantements dissipés ; de la souffrance physique, de la douleur morale. L'histoire offre deux

types bien complets qui résument tous les côtés malheureux de l'existence d'ici-bas.

C'est Salomon, d'abord roi sage, ensuite monarque fastueux et jouisseur, se désabusant des futiles bonheurs par une satiété hâtive, encore capable cependant de s'élever à certaines hauteurs philosophiques et religieuses, et de là regardant le néant des choses du monde, et faisant retentir jusque dans la postérité la plus reculée, ces paroles foudroyantes pour toutes les aspirations malsaines du cœur humain : Tout n'est que vanité.

C'est Job, vertueux, toujours soumis à la loi de Dieu, frappé dans ses biens, dans ses affections les plus chères, dans ses sens par les souffrances les plus cruelles, payant au Très-Haut le tribut, non pas de ses fautes personnelles, parce qu'il est innocent et juste, mais de la solidarité humaine.

Dans les deux cas, toujours la condition déchue, misérable, de l'homme. Au milieu de tout ce que l'imagination peut inventer pour l'enivrement de ses jours, il est aussi malheureux que dans la misère produite par la pauvreté, par la maladie, par l'abandon, par l'injure et l'atrocité de la calomnie.

Que faire alors ? Ah ! du plus profond de sa misère, l'homme a la grande ressource de tourner son regard vers son Dieu, «l'aspirer au bonheur éternel, de trouver. même dans cette vallée de larmes, la somme de bonheur seule possible en s'ouvrant, par ses mérites, par ses vertus, par BS résignation, les portes du ciel. De toute la puissance de son être, il doit travailler à la restauration finale qui lui a été promise, à la seule condition qu'il s'en rende digne par son courage et bs persévérance

dans les épreuves de la vie.

Le couronnement de cette lutte de tous les jours pour

le bien, sera la résurrection glorieuse qui, en outre des bonheurs nouveaux dont elle inondera le juste, le fera aussi revivre avec toutes les conditions essentielles qui, même ici-bas, lui permettent d'être relativement heureux au sein de sa profonde misère, s'il s'efforce, en s'appuyant sur la vérité chrétienne, d'élever son âme immortelle jusque sur les hauteurs où elle peut avoir une vision, bien pâle si l'on veut, des gloires éternelles, par la conception du vrai, du beau et de l'honnête, à laquelle il lui est donné d'atteindre.

Ces grandes vérités chrétiennes développées avec un merveilleux talent ; l'orateur se tenant toujours sur les sommets, et ajoutant à la grandeur de la conception, à l'élévation des pensées, la beauté de la forme, la pureté du style, le charme de la diction, la sympathie de la voix, l'émotion de l'accent, la délicatesse et l'ampleur du geste : voilà les multiples raisons du triomphe d'éloquence sacrée remporté par M. l'abbé Louis Paquet, à ses conférences du carême, dans la chaire de Notre- Dame de Québec.

Je m'arrête. Ce que je dis est si peu digne des grandes paroles de l'orateur, que je lui demande pardon de l'injustice que j'étais à commettre à son égard. Je n'ai à lui offrir que l'excuse de ma reconnaissance et de mon admiration. Les émotions et la jouissance intellectuelle qu'il m'a fait éprouver sont bien à moi. Tout en le remerciant de tout cœur de les avoir produites, je compte sur sa générosité pour qu'il ne garde pas un souvenir trop désagréable de ma témérité, en me laissant entraîner à donner à ceux qui n'ont pas eu le bonheur de l'entendre, une idée aussi incomplète de son œuvre.

Je ne puis terminer sans exprimer l'espoir — certain que je suis d'être l'écho du désir de ses nombreux auditeurs — que M. Paquet publiera ses conférences.

Ceux qui n'ont pas eu la chance inestimable de les entendre, auront au moins le grand avantage de les lire. Et ceux qui les ont entendues seront aussi heureux de les lire et de les relire. Je me promets d'être du nombre de ceux-là, si M. l'abbé veut bien nous accorder cette nouvelle faveur. Un aussi beau travail doit p i la postérité.

Avant de laisser le Séminaire pour prendre charge des Révérendes Sœurs Franciscaû

Missionnaires de Marie, l'abbé Paquet prononça encore à la Basilique deux sermons, l'un à la fin de 1894, l'autre au commencement de 1895. 1 /auditoire qui pendant vingt-cinq ans avait recueilli aux pieds de cette chaire célèbre les échos de sa parole, allait bientôt le retrouver sur un autre théâtre ; et plusieurs de ceux que l'orateur de nos grandes solennités religieux avait si souvent tenus suspendus à ses lèvi devaient encore^ pendant longtemps lui porter, dans l'église des Franciscaines de la Grande Allée, le tribut de leur estime admirative et le témoignage de leur attentive fidélité.

I < art au cours de l'année 1895 que M. l'abbé

I oiiis-Honoré Paquet fut nommé aumônier de

la communauté, récemment arrivée à Québec, des

Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie.

la première fois qu'il adressa la parole, dans

la chapelle provisoire des Sœurs, aux fidèles qui commençaient à la fréquenter, il prit pour thème de son entretien un sujet bien significatif, et contenant en germe l'œuvre admirable qu'il était appelé à créer : V amour de Notre- Seigneur Jêsiis-Christ. Des notes, qui ont été conservées, nous détachons ce passage :

C'est cet amour de Jésus-Christ, mes Frères, nous ne pouvons en clouter, qui a jeté les bases de l'établissement religieux, humble encore, mais plein d'espérance et d'avenir, qui ouvre ses portes à votre piété, à votre religion, à votre zèle pour l'adoration du Saint Sacrement exposé. Quelles grâces incalculables sont déjà le fruit de l'exposition de Xotre-Seigneur dans cette modeste et pauvre chapelle ! Et combien il est à souhaiter qu'avant peu de temps l'on voie s'élever sur ces hauteurs, pleines des plus grands souvenirs de notre histoire, et qui dominent notre vieille et bonne ville, un temple digne du Roi du ciel et de la terre ! En attendant que votre concours et celui de la Providence élèvent ici cette église qui serait la joie et la bénédiction de vos familles, comme l'honneur et la bénédiction de la ville entière, réchauffez, mes Frères, au foyer divin des mystères eucharistiques, votre amour de Xotre-Seigneur.

Tout en se vouant à peu près exclusivement à l'œuvre nouvelle qu'on venait de lui confier, l'abbé Paquet ne put se soustraire à toutes les invitations qui continuèrent, pendant quelque temps du moins, de solliciter sa parole. Le 21 avril de cette année 1895, il avait prêché sur

la pauvreté devant les Sœurs et tout le personnel de l'Hôpital-Général, à l'occasion de l'inauguration d'une statue de saint Antoine de Padoue. Au mois de juillet. Mgr l'Archevêque le délégua aux funérailles d'un religieux renommé de l'Ordre du Très-Saint-Rédempteur, qui venait de mourir à Sainte-Anne de Beaupré, le Rév. Père Fiévez ; et, quoique pris à l'improviste, l'abbé Paquet prononça en termes très simples, mais avec une remarquable justesse d'appréciation, l'éloge funèbre du regretté défunt. Le 17 novembre de la môme année, l'aumônier des Franciscaines fut l'orateur de circonstance dans une fête organisée à Sillery pour célébrer la restauration toute fraîche de l'église. Il y fit, en ces termes, allusion à l'un des anciens curés de la paroisse, son ami, Mgr Persico :

Pour rappeler ici, mes Frères, un des plus beaux et des plus exceptionnels souvenirs qui puissent s'attacher à une paroisse, il y a près de vingt ans. par un concoure merveilleux de circonstances, à la suite de la mort

si soudaine du vénérable et regretté fondateur de votre église, la Providence vous donna pour curé un illustre Bvéque qui esl maintenant revêtu de la pourpre cardinalice. Ce curé d'alors, aujourd'hui r£minenti>sime cardinal Persico, trouva votre église solide sur ses bai niais pauvre d'ornementation. Il fit appel à votre gêné-

ité. Les tempe étaient moins durs qu'aujourd'hui, ctivité et l'aisance régnaient partout. Vous sûtes

donner largement de votre abondance. Je me rappelle encore le chiffre énorme qu'atteignit la recette du grand bazar de Sillery. Ce chiffre à peine croyable témoignait à la fois et de votre générosité et de l'immense popularité de Mgr Persico. Votre église reçut alors une première et très belle restauration.

C'est, croyons-nous, pendant les vacances de cette époque passées chez son très digne et très fidèle ami, l'honorable Sir A.-B. Routhier, à la Pointe au Pic, qu'il faut placer les conférences apologétiques faites par l'abbé Paquet dans la chapelle du lieu et qui eurent un si grand succès, non pas de simple virtuosité oratoire, mais de véritable apostolat catholique. De ces conférences ou, si le mot est trop prétentieux, de ces instructions, il ne reste que quelques pensées éparses sur de rares feuillets. L'honorable juge Routhier, dans l'éloge si beau et si juste publié en tête de ce volume, nous a dit comment l'orateur improvisait. Les sermons improvisés ne sont plus ; mais le bien qu'ils ont produit demeure.

L'aumônier des Franciscaines fut invité à parler à la Basilique devant les Dames de la Sainte-Famille, et, chez les Sœurs de la Charité, devant les Dames de l'Ouvroir, et il profita de ces occasions pour montrer l'importance de l'œuvre de l'adoration du Très-Saint-Sacrement qu'on venait d'implanter à Québec et qui allait

faire désormais l'objet de son zèle. Le 29 août 1896, sa nièce, Mlle Ludivine Paquet, fille de son frère Adolphe, en religion Sœur Marie de la Visitation, prononçait ses vœux perpétuels dans la chapelle des Sœurs de la Charité ; c'est l'oncle vénéré de la nouvelle professe, l'abbé Louis- Honoré, qui donna, avec une éloquence émue, le sermon de circonstance. Le 17 septembre de la même année, l'aumônier des Franciscaines présida une réception du Cordon Séraphique au couvent de Saint-Anne de Beaupré, et il y prononça une suave allocution.

Tout entier à son nouveau ministère, l'abbé Paquet ne fait plus, en dehors de la chapelle de ses Sœurs, que de rares sermons. Il prêche toutefois en quelques paroisses sur l'œuvre du Très-Saint-Sacrement pour y intéresser la charité des fidèles. Il accepte de parler aux Ursulines sur saint Joseph. Puis le Bon Pasteur de Québec voulant célébrer le 25e anniversaire de la profession religieuse de la Rév. Mère Supérieure et de son assistante, l'abbé Paquet, qui avait été, vingt-cinq ans auparavant, à cette profession même, le prédicateur du jour, es1 invité à prendre de nouveau la parole pour féliciter les heureuses jubilaires.

Le 26 juillet 1897, on le trouve à Sainte- Anne de Beaupré faisant le sermon français de la fête annuelle de la grande thaumaturge du Ca-

nada. L'orateur s'était posé ces deux questions : Qu'est-ce qu'un pèlerinage ? qu'est-ce en particulier que le pèlerinage de la bonne Sainte- Anne ? Inutile d'ajouter qu'il y répondit avec éloquence. On nous permettra de citer cette page retrouvée parmi les notes du défunt :

Le pèlerin souvent, c'est ce malade que je viens de vous faire voir allant respirer un air plus libre et plus fort. Atteint de quelque affection de l'âme rebelle aux remèdes ordinaires, ou bien, encore, se sentant lâche, affaibli dans ses forces morales, il va demander la santé spirituelle dans l'un de ces lieux de dévotion tout imprégnés de vertu et de sainteté. Là, il respire un air nouveau, un air que la piété des générations a embaumé de ses parfums vivifiants ; là, il recueille la bonne odeur du Christ qui s'échappe de la vie et de la personne des saints ; là, il sent son cœur se dilater au souffle de la grâce ; là, s'ouvre devant lui la piscine sainte où il lave ses souillures ; là, son esprit se repose dans le calme de la retraite et dans le silence de la solitude ; là, tout son être moral se retrempe aux sources pures et vives de la foi. C'est comme un traitement spirituel qu'il subit dans ces lieux de pèlerinage qu'on pourrait appeler les stations thermales de Ja piété, les bains surnaturels où les âmes viennent se régénérer en y puisant une énergie nouvelle.

Et l'orateur exprimait cette belle pensée :

Nul doute que les pèlerins qui se sont succédé dans ce sanctuaire n'y aient' laissé quelque chose d'eux-mêmes, de leurs prières, de leurs larmes, de leur pénitence, de leurs supplications.

Et le surplus de toutes ces œuvres de foi, de confiance

en la bonne sainte Anne et en son pouvoir auprès de Dieu, y a formé à la longue un capital inestimable, un vaste réservoir de mérites s'ajoutant aux mérites de Jésus-Christ et des Saints, réservoir où nous sommes heureux de venir puiser et qui se déverse sur le pays tout entier.

Le 22 septembre 1897, à l'occasion d'une bénédiction d'église et d'une bénédiction de cloches, l'abbé Paquet se transporte à Saint- Malachie pour y faire le sermon de circonstance.

Aux Ursulines, le 2 février 1900, il prononce le sermon de profession de la Révérende Mère Saint-Georges. Le 4 octobre 1901," ses relationcordiales avec les communautés franciscaines le contraignent à accepter la tache d'ailleurs très agréable d'aller faire, à Montréal, dans l'église des Pères Franciscains, l'éloge du fondateur de l'Ordre des Frères-Mineurs, saint François d'Assise.1 Enfin, en 1908, sa qualité d'ancien professeur et d'ami de l'abbé Georges Côté, curé de Sainte-Croix, le fait désigner par l'autorité diocésaine pour rendre à la mémoire de ce prêtre distingué les derniers

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