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Ment mimons aussi l'ail qu'il prononça le .'> janvier

1907| <l:ms L'église <l<- Saint-Nicolas, à L'occasion des noces <l'<>r de Monsieur et Madame Adolphe Paquet, allocution charmant marquée au ci. m de cet lise <léli dont l'abbé Paquet

avait le secret.

devoirs. Malgré son âge et malgré les rigueurs de janvier, l'abbé Paquet n'hésite pas à aller porter aux paroissiens de Sainte-Croix l'hommage de son estime pour leur pasteur décédé et les consolations touchantes de sa parole apostolique. L'abbé Côté a laissé le souvenir d'un esprit merveilleusement délié et d'une de ces âmes d'élite dont l'exquise sensibilité vibre des plus nobles ardeurs de la foi, de la piété, de la charité, de l'amitié franche et de l'hospitalité cordiale. Son panégyriste s'appliqua à faire ressortir tous ces traits, et il sut trouver dans sa mémoire et dans son cœur des accents d'une vérité sincère et d'une émotion profonde qui impressionnèrent vivement l'assistance.

Pour faire voir au lecteur comment à 70 ans savait encore parler l'abbé Paquet, nous mettrons sous ses yeux cette page rédigée sans souci littéraire et plutôt sous forme d'ébauche :

Ecolier, dans ce vénérable Séminaire de Québec, pépinière inépuisable de saints prêtres et de citoyens distingués, le jeune Côté se fit remarquer par ses brillantes qualités intellectuelles, par son application au travail, par la précoce maturité de son jugement, mais aussi, ce qui vaut mieux encore et ce qui est la marque indispensable du futur lévite, par une conduite irréprochable, par une piété sérieuse, par la plus inflexible régularité dans l'accomplissement de tous ses devoirs, en sorte que maîtres et camarades le proclamaient à l'envi un modèle et un exemple. Je me rappelle qu'à ce moment

là car j'étais de son temps au Petit Séminaire) on disait même de lui. tant il paraissait grave, tant il aimait s'isoler et à se faire une petite solitude au milieu des autres, qu'il était plus vieux que son âge. Et ceux qui ne l'ont connu que plus tard, prêtre si vif d'allure, si gai de caractère, à l'esprit alerte et prime-sautier. n'auraient jamais soupçonné la transformation qui s'était opérée en lui. A le voir, à l'entendre lancer aimablement les jets spontanés de l'intarissable verve dont il était si prodigue, on aurait pu croire que. inconsciemment, il voulait offrir une sorte de compensation pour les années trop sérieuses peut-être de sa jeunesse. Son cours d'études terminé, et lorsque vint pour lui le moment d'embrasser une carrière, de se décider soit pour le monde où il aurait pu briller, soit pour l'état eccl- ;ue auque'

il a fait honneur, le choix ne fut pas difficile. La surprise eût été générale, parmi ses maîtres et ses eondiscip si le jeune Côté sortant du Petit Séminaire, le front ceint de l'auréole de la vertu et du succès, ne fût pas entré sans hésitation et comme de plein pied, dans ce sanctuaire de science et de piété qu'est un Grand Séminaire. ( 'était à L'heure où la Faculté de Théologie de l'Université Laval complétait ses cadres, grâce à l'arrivée de nouveaux professeurs formés à Rome, dans les écoles les plus autorisées, par les maîtres les plus célèbres de la science sacrée, sous les yeux mêmes du Pape. Le jeune Séminariste, l'âme remplie de nobles enthousiasmes et de saintes ambitions, fut heureux de profiter de la nouvelle organisation, .l'étais moi-même attaché à la Faculté de Théologie, et il fut pendant quelque temps mon élève, .le n'ai pas oublié avec quelle ardeur et quel succès l'abbé Côté,

tout en remplissant ses fonctions de professeur au Petit

Séminaire, suivait cependant les cours de Bcieneei eedé-

Biastiquefl donnée par des maîtres dont je ne veux nommer

que deux, le savant et illustre prêtre qui devint plus tard l'Eminentissime cardinal Tasehereau, et celui qui est aujourd'hui le premier Pasteur, le Père vénéré de ce diocèse, Sa Grandeur Mgr Bégin. La faculté de Théologie de l'Université Laval, fière à bon droit des nombreuses phalanges de prêtres instruits formés par ses soins, ne saurait assurément oublier que parmi ses élèves des premiers jours, nul ne fut plus brillant ni ne lui fit plus d'honneur que l'abbé Georges Côté. Devenu prêtre, l'abbé Côté donna à son Aima Mater les prémices de ses travaux. Et ce qui fait bien voir la variété comme la souplesse de ses aptitudes, c'est que le Séminaire, qui le connaissait, n'hésita pas à lui confier la classe la plus importante de la partie littéraire du cours d'études, la Rhétorique. Inutile d'ajouter qu'il justifia pleinement cette confiance. Il n'eût tenu qu'à lui sans doute de rester l'une des têtes dirigeantes des deux plus grandes institutions enseignantes de notre pays, le Séminaire de Québec et l'Université Laval. Mais là n'était pas sa véritable vocation. S'il y avait en lui la flamme d'une intelligence supérieure, la vivacité d'un esprit pétillant et délié, il y avait surtout, dans son cœur de prêtre, un zèle ardent pour les âmes. De là son attrait spécial pour le ministère pastoral. Et en vérité, c'était bien là le champ d'action qui convenait à son tempéramment de feu, à sa dévorante activité, au besoin qu'il éprouvait de se dévouer tout entier. Vicaire à la Basilique pendant plusieurs années, il a laissé dans la ville de Québec, comme prédicateur, comme directeur de conscience, comme homme de devoir et d'action, un souvenir que le temps n'a pas effacé. Il avait quitté depuis longtemps déjà ce poste d'honneur qu'on l'y voyait reparaître avec un vif plaisir, chaque fois que certaines circonstances rappelaient à ses supérieurs que la parole de l'ancien vicaire de la

Haute-Ville pouvait honorer les plus belles fêtes patriotiques et religieuses. Ce prêtre si bien doué, qui semblait fait pour les milieux les plus cultivés, n'avait cependant au cœur qu'une seule véritable ambition. A l'exemple de Notre-Seigneur. s'il ne repoussa pas les grands et les riches, s'il sut même leur prodiguer les délicatesses d'un dévouement éclairé, il rechercha les petits et les huml qui sont en général les âmes les plus sincères et — l'Evangile nous le dit — les meilleurs amis de Dieu.

Mais revenons aux Sœurs Franciscaines, et aux fonctions de leur aumônier. Nous avons vu que celui-ci, dès son entrée en charge, s'était tracé le programme qu'il allait accomplir si magnifiquement : créer, pour le Très Saint Sacrement, au cœur même de Québec, un foyer d'adoration ; former à Jésus-Hostie des Sœurs adoratrices ; et grouper autour de ce centre des concours précieux et des sympathies généreuses.

Ce dernier point était important. Et la parole si bien connue et si hautement appréciée de l'éloquent aumônier, allait assumer la tâche de le réaliser. Il s'agissait surtout d'attirer et de retenir l'attention du public sur les merveilles et les bienfaits incomparables de la Trè< Sainte Eucharistie. Dès septembre 1895, l'abbé Paquet inaugura sur ce sujet inépuisable une série d'entretiens qu'il devait poursuivre

pendant plusieurs années, tout en les entremêlant, selon les besoins du temps et les sugges-

tions de la liturgie, de prônes, d'homélies et de sermons de circonstance.

J'ose, disait-il dans sa première instruction, j'ose entreprendre, non sans beaucoup d'hésitation, une série de courts entretiens sur l'Eucharistie. Je dis : non sans beaucoup d'hésitation ; quelle voix humaine ne tremblerait pas devant un sujet si grand, si écrasant ? Pourtant, il n'en est pas qui soit mieux approprié à cette chapelle, puisque sa destination principale, son œuvre journalière, est l'adoration de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le sacrement de son amour. Je ne puis dire, je ne sais vraiment de combien d'entretiens se composera la série que je commence ce soir. Elle peut être longuer très longue : d'autant plus que nous aurons à l'interrompre de temps en temps pour traiter différents sujets de circonstances qui se présenteront au cours de l'année ecclésiastique. Dieu veuille que ces instructions eucharistiques, commencées dans cette chapelle provisoire, puissent se continuer et se terminer dans une autre chapelle, plus vaste, plus convenable, plus digne de l'hôte divin qui fait ses délices de demeurer avec nous, dans l'état sacramentel sans doute, mais aussi réellement que si nous voyions de nos propres yeux sa personne adorable !

Le lecteur sait de quelle façon heureuse et par quelle construction artistique et, nous pourrions dire, monumentale, ce vœu a été exaucé.

Nous ne pouvons songer à analyser ici, pas même sommairement, les instructions faites sur l'Eucharistie par l'abbé Paquet et dont les seuls canevas remplissent plusieurs cahiers. En

parcourant rapidement ces simples ébauches, nous y avons noté un souci constant de l'exactitude théologique, une merveilleuse précision de la pensée et de l'expression, des tableaux d'idées très nourris et pleins de doctrine. Cette doctrine s'inspire de la pensée profonde de l'Eglise. Dès 1895, et bien avant les enseignements de Pie X, nous lisons un passage comme celui-ci :

Après ce que nous venons de dire, faut -il nous étonner que l'Eglise conseille si fortement à ses enfants la communion fréquente, même la communion quotidienne ? N'est-ce pas plutôt un myBtère difficile à comprendre que tant de chrétiens instruits de leur religion, honnêtes. réguliers, vertueux, se contentent du minimum exigé par la loi ecclésiastique et ne reçoivent qu'au tempe de Pâques le sacrement royal de l'Amour divin ?. . . Il y aurait inintelligence et erreur à en tenir éloignées des âmes pour lesquelles ce pain quotidien serait une force nécessaire à leurs grandes épreuves, un aliment réclamé par une responsabilité qui les écrase, ou même simplement la nourriture exigée par leur avancement ou leur persévérance dans la voie de la sainteté.

Çà et là, les notes arides du prédicateur s'animent et nous livrent quelques pages bien

vivantes ; tel ce passage sur le viatique :

A l'heure suprême de l'agonie, deux pensées, deux

préoccupations remplissent l'âme du mourant : le pas l'avenir. Quelque chrétienne et vertueuse qu'ait pu être la vie d'un homme, il est dans la nature des choses qu'à

ce moment critique, le passé se dresse devant lui avec ses égarements et ses fautes, l'avenir avec ses incertitudes et ses craintes. Qui viendra alors au secours de l'agonisant ? qui lui donnera la grâce d'expier de nouveau le passé, de le purifier dans un dernier acte de repentir et d'amour ? qui pourra faire produire à cette vie qui s'éteint un germe de vie immortelle ? qui changera le dernier soupir en une flamme d'amour ? qui transformera la triste chambre mortuaire en un portique des cieux ? Qui ? le saint viatique : Jésus, breuvage de vie, pain des anges, froment d'immortalité. Il vient, par ce viatique dans lequel il a condensé tous les mérites de ses souffrances et de sa mort, affirmer sa victoire sur Satan, achever l'œuvre de sa rédemption, nous agréger pour jamais comme des membres dignes de lui à son corps immortel et glorieux.

Citons encore une autre belle page, sur l'influence sociale de l'Eucharistie :

L'Eucharistie, c'est, en vérité, la force de l'Eglise. Humainement, l'Eglise catholique manque de tout. Elle n'a ni les séductions sensuelles du Coran, ni la puissance armée du Czar, ni les forces gouvernementales des hérésies devenues religions nationales, comme c'est le cas aux deux grands foyers de la Réforme, l'Angleterre et l'Allemagne. Elle n'a rien de cela, rien de ces moyens humains ou diaboliques. Cependant comparez-la, je ne dis pas avec l'Islamisme qui rampe dans la fange et la honte, mais avec les Eglises séparées. Le schisme possède l'Eucharistie ; mais il la détient en captivité ; il l'enferme ; il l'étouffé ; il la réduit à une espèce d'inutilité méprisable. Aussi, ces Eglises schismatiques sont-elles frappées d'immobilité et de stérilité. Le Protestantisme a fait pis. Il a rejeté de son sein le Christ eucharistique,

le principe de toute unité, de toute vie, de toute fécondité. Aussi, s'émiette-t-il en autant de sectes qu'il compte d'adeptes ; et sa dernière planche de salut, l'espérance au moins que ses ordres étaient valides et que le pouvoir sacrificateur lui était resté, cette dernière planche vient de glisser sous ses pieds et de lui échapper sans retour. Seule l'Eglise catholique fait sa vie, son aliment quotidien de l'Eucharistie ; seule, elle l'honore, y recourt constamment, presse ses enfants de l'invoquer et de s'en nourrir ; seule elle lui dresse des autels et des trônes ; seule elle l'arbore publiquement comme une bannière d'espérance et un signe de ralliement. Seule aussi, faisant envie à ses rivales qui ne peuvent cacher ni leur étonnement ni leur admiration, elle présente le plus sublime spectacle de la vraie force : non pas de cette force qui est orgueil, domination ou fureur ; mais de la force calme, majestueuse, perpétuellement active et féconde, vivante image de la toute puissance même de Dieu.

Le 22 juillet 1900 avait lieu au sanctuaire eucharistique de la Grande Allée un pèlerinage des Tertiaires franciscains de Montréal. La nouvelle église, non encore parachevée, se dressait déjà dans sa très élégante structure. L'aumônier y reçut les pèlerins de saint François par une allocution vibrante d'émotion et d'un réel intérêt historique. On en trouvera plus loin le texte reconstitué le mieux possible, à l'aide de notes malheureusement incomplètes.

Lorsque les fêtes et les circonstances suggestionnaient sa parole, l'abbé Paquet, quoique vieillissant, savait retrouver son éloquence des

anciens jours. Le Jeudi-Saint au soir surtout, pour commémorer le drame sanglant de la Passion, l'orateur empruntait au mystère même de la Croix et à sa tragique vertu des accents tour à tour graves, onctueux et pénétrants. Les archives des Dames Franciscaines ont conservé, de Tune de ces allocutions, quelques pages qui n'en sont sans doute qu'un pâle résumé, mais que Ton a cru quand même devoir mettre sous les yeux du lecteur.

Tout en donnant, les dimanches et fêtes, au public réuni dans la chapelle du Saint-Sacrement, les instructions dont nous venons de parler, l'abbé Paquet ne négligeait pas, il s'en faut bien, celles dont l'Archevêque de Québec lui avait confié la direction. Dès son entrée en charge, il commença pour les Sœurs elles-mêmes, avec des catéchismes aussi clairs que solides, une série de conférences spirituelles embrassant tous les devoirs et toutes les vertus de l'état religieux, et qui constituent un véritable cours de théologie ascétique. Il ne reste de ce cours que des cadres généraux, et des plans remplis d'idées sans doute, mais dépouillés des développements dont le conférencier savait si bien les revêtir. Telles qu'elles sont néanmoins, ces ébauches sont précieuses, et nous comprenons le soin touchant et religieux avec lequel les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Que-

bec les conservent. Elles ont là non seulement la pensée du théologien qui fut leur mentor spirituel, mais l'âme sacerdotale tout entière de celui qui mit tant de zèle et éprouva tant de bonheur à leur tracer les voies de la perfection.

( "est à l'occasion d'une prise d'habit (30 août 1906), que le dévoué aumônier parlait ainsi aux jeunes novices de la perfection religieuse :

Vous l'avez déjà commencée, cette œuvre si belle, si noble. Vous allez la poursuivre, je l'espère, je le demande à Dieu pour vous, avec une ardeur généreuse. Représentez-vous cette sainteté et cette perfection comme une montagne. Vous faites aujourd'hui les premiers pas vers ces sommets bénis. Tous les jours de votre noviciat, vous avancerez dans cette voie sacrée. Vous gravirez parfois, je tiens à vous en avertir, des sentiers pénibles, des pentes escarpées. Ne vous laissez jamais aller au découragement. Le bras de Dieu sera toujours là pour vous soutenir, et sa voix si douce pour vous consoler. Vous l'entendrez, cette voix, dans le calme de la prière, et dans les colloques qui, aux heures d'adoration, s'établiront entre vous et le futur époux de vos âmes. Elle vous dira : "Ma fille, soyez fidèle, soyez généreuse, soyez vaillante." Si vous prêtez alors une oreille docile, et si voue suivez les conseils que Jésus versera dans vos cœurs,

VOUa atteindrez, je m'en porte garant, les plus liants

sommets de la perfection évangélique.

Combien de fois l'abbé Pâqeut, soit aux cérémonies de la vêture, soit à celles de la profes-

sion religieuse, fit dans son église de touchantes allocutions appropriées au caractère de ces fêtes si hautes et si pures ! L'orateur ne se répétait jamais. Nous avons eu sous les }reux la substance de plusieurs de ces discours. Une même suprême pensée les inspire ; mais le thème immédiat varie avec chacun d'eux. On en trouvera plus loin deux modèles, qui nous ont paru propres à intéresser spécialement les âmes pieuses.

Cette revue sommaire est déjà longue ; et pourtant nous sentons combien elle est incomplète. Que de sermons et d'allocutions prononcés par l'abbé Paquet au cours de ses cinquante années de parole publique, dont il ne reste absolument aucune trace écrite ! L'orateur parlait pour ses auditeurs, et non pour la postérité. Ce que nous avons pu recueillir et mentionner suffira néanmoins pour faire comprendre quelle large place l'ancien professeur de Laval et le regretté aumônier des Franciscaines de la Grande Allée tient dans l'histoire de l'éloquence canadienne.

Nous n'ajouterons que quelques mots.

L'œuvre oratoire de l'abbé Paquet, dans les manifestations multiples et parfois très diverses où elle s'est produite, a donc été très consi-

dérable. Et pour l'accomplir avec l'admirable succès qui a marqué toute la carrière de l'orateur, il a fallu des dons insignes et des qualités maîtresses.

Chose très importante pour un prédicateur, l'abbé Paquet possédait un riche fonds de savoir théologique. Ses connaissances acquises à Rome, — et on sait qu'elles le placèrent au premier rang des étudiants du Séminaire français,— avaient fait de lui un théologien à la fois érudit et pénétrant .

Ni ses occupations, ni l'état presque toujours chancelant de sa santé ne lui permirent d'exploiter ce fonds comme il l'eût voulu, par des études habituelles spéciale- : toutefois, de nombreuses années d'enseignement, jointes à sa grande facilité naturelle et à la remarquable puissance de son esprit, jointe- aussi au contact et à la collaboration d'hommes éminents comme son collègue l'abbé Bégin, lavaient familiarisa avec les principales difficultés qu'offre la science sacrée ; et. lorsqu'il parlait, il ('tait sur de sa pensée et maître de son sujet. Il jouissait de toute la confiance de son archevêque Mgr Elz.-Alex. Taschereau ; et ce dernier lui en donna souvent dos preuves manifeste.-.1 lai 1878, l'Archevêque de Québec lui

1. Voir notamment une lettre <!«> Sa Grandeur publiée dans /.■ lu 1 avril 1S77.

fit l'honneur de le choisir comme l'un de ses théologiens au vie Concile Provincial.

Cette confiance était méritée. Les conférences doctrinales de 1870, alors que l'abbé Paquet n'était encore qu'au début de sa carrière, dénotent chez l'orateur une intelligence remarquable par l'élévation du regard et l'ampleur des conceptions. L'esprit n'y a pas encore atteint toute sa maturité ; il s'y déploie cependant dans un noble élan et avec une belle vigueur. Les conférences faites par l'abbé Paquet, quelques années plus tard, sur le droit public de l'Eglise et sur le droit naturel, révèlent un effort plus libre, et une plus parfaite maîtrise. Aucune question subtile ne l'effraie ; et aucun problème épineux n'est posé sans recevoir de lui une solution claire et précise.

La clarté était en effet, soit dans sa conversation, soit dans ses sermons, soit dans ses conférences, une des grandes qualités de l'abbé Paquet. Sa pensée lucide se reflétait, comme en un miroir, dans la pure et ferme limpidité de son langage. C'est ce qui a fait, à l'Université, le succès de son enseignement ; c'est ce qui, pour une bonne part, faisait partout la beauté de ses allocutions et assurait partout l'influence de ses exhortations. Lisez-le bien : sa langue ne s'embarrasse d'aucun faux ornement, de même que son idée ne s'enveloppe

d'aucun nuage. La phrase parfois se déroule en d'assez longues périodes, mais sans que rien n'en suspende l'effet, ni n'en mêle le jeu varié, ni n'en fasse dévier le mouvement. Chaque mot se pose bien à sa place, comme le pied sur une terre solide. Et le discours, comme la pensée, s'avance, non sur un gazon semé de fleurs, ni à travers une forêt d'images, mais sur la route calme et libre de l'éternelle vérité.1

Ces qualités oratoires étaient rehaussées, chez l'abbé Paquet, par un débit d'une singulière puissance. Son attitude même, toujours si distinguée, et sur laquelle rayonnaient des yeux d'une clarté profonde, imposait à l'auditoire. Il était de taille moyenne. Mais lorsque sa tête si noble, et blanchie de bonne heure par la souffrance, apparaissait au-desssus de la chaire, l'orateur grandissait de tout ce que la majesté du port et le prestige de la renommée ajoutent, dans l'esprit des hommes, aux premières impressions du regard. Son geste était digne, sobre, naturel, élégant. Il se détachait de sa personne, sans heurt et sans violence. Il n'avait rien de brusque, rien de saccadé, et dans les

1. Ceux en particulier qui ont lu Us trois discours publias à la fin du volume : Souvenir des noces d'or sacerdotale* dt M . Vabbé L -II . l'âquet (Québec, 1912 . auront, nous en sommes sur, éprouvé comme DOUI n.

plus grands mouvements oratoires, dans les plus larges et les plus puissantes envolées, puissant et vigoureux lui-même, il demeurait ce qu'il doit être, l'instrument soumis de celui qui parle et le serviteur docile de sa pensée.

Que dire de la voix de l'abbé Paquet ? Ceux qui l'ont entendue jadis, fraîche encore et toute pure, n'ont pu en perdre l'inoubliable souvenir. C'était une voix magique. Admirable dans le chant d'une mélodie canadienne ou dans celui d'une prière d'Eglise, elle l'était davantage peut-être dans l'exercice de la parole publique. Elle avait une force, un éclat, une sonorité incomparables. Elle retentissait comme une trompette ; elle vibrait comme un timbre d'argent ; elle pénétrait comme une lame aiguë dans l'âme de l'auditeur. Et cet organe si souple et si riche, et si approprié à tous les besoins de l'orateur, servait merveilleusement le jeu d'une diction où l'articulation la plus nette et les inflexions les plus justement nuancées donnaient à tout le discours tout son lustre et toute sa valeur.

Tel a été celui qui pendant cinquante ans, d'abord sur les théâtres de la grande prédication et de l'éloquence académique, puis dans l'ombre discrète d'une humble chapelle franciscaine, a manié avec tant de succès l'art de la parole.

La maladie lui a interdit le chemin des honneurs auxquels du reste il n'aspira jamais, mais vers lesquels courent tant d'hommes superficiels et vains. En mourant, il a laissé sur sa tombe mieux que des honneurs : une mémoire vénérée de milliers d'âmes pieuses et reconnaissantes, l'estime et l'admiration profonde de tous ceux qui l'ont intimement connu, la réputation méritée d'un théologien très averti, d'un prêtre très zélé, d'un administrateur très habile et très clairvoyant, et surtout le renom d'un des plus remarquables orateurs sacrés qui aient honoré notre race.

C'est le jugement porté sur lui par des lettrés de la plus haute compétence, et nous croyons que ce sera aussi le jugement de l'histoire.

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