‹ L'abbé OlivierChapitre 16 sur 32 · LE FLOT SUIT SON COURS · texte numérisé non relu

LE FLOT SUIT SON COURS

vienne l'ëdairer, et m'en faire voir à moimême-les profondes cavités.

Le lendemain de Tévénement funèbre , je m'abstins tonte la journée de voir Marie-Rose. Ses engagemeiîs avec Ramure, étaient assez connus pour qu'elle dût, en cette circonstance, garder la retraite, qu'après l'union consacrée, eussent imposé les convenances. Mais le jour suivant, vers neuf heures du soir , j'étais si agité , si malade, le remord me bourreiait si cruellement dans cet instant où j'avais sous les yeux toute l'image du crime, sans avoir pu jouir encore du bien pour lequel je Ta vais commis , et dont la vue devait peut-être me faire comprendre que j'avais pu l'acheter si chèrement, que je me laissai entraîner à revoir mademoiselle de Bellefond.

Je montai à son appartement : toutes les portes étaient ouvertes. Ne trouvant personne au salon, j'entrai dans la chambre à coucher. Tout paraissait disposé pour la nuit : les fenêtres étaient voilées de leurs longs rideaux, une

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veilleuse , placée [)rès d'iiiic alcôve, éclairait seule la clianibre silencieuse. Ce fui à la lueur de celle lampe noclurnc, que je vis Marie-Rose dans son lit. Un frisson de crainte passa dans mon sein.

Je m'a[)prochai d'elle vivement,

A ma vue, elle exhala un léger cri de bonheur et d'attente satisfaite. Puis elle ne dit rien, et me tendit les bras.... mais, s'apercevant qu'elle n'était pas vêtue, elle se replia dans son lit, en disant avec trouble, et un peu de reproche :

— Olivier... Monsieur î...

— Pardon, mademoiselle , pardon ; les portes de votre chambre étaient ouvertes; je suis entré jusqu'ici, vous croyant levée.

— Jeannette est allée me commander une potion ; elle devait rentrer dans l'instant; c'est elle qui aura laissé tout ouvert.

— Marie-Rose!.,, mon Dieu ! vous êtes donc malade! par grâce, par pitié, dites-moi ce que vous avez.

— Je ne sais, la nouvelle que nous avons

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apprise hier, le changement si subit démon sort) tout cela m'a bouleversée. En vain je me dis que le ciel a pris pitié de moi> et m'a délivrée d'un engagement pénible, j'ai l'âme pleine de douleur; cette liberté que la mort m'a faite, est effrayante à envisager. Il me semble follement que je suis la cause de ce combat ; ma poitrine s'oppresse, mes nerfs sont ébranlés. On m'a dit que j'avais la fièvre ; qu'il fallait me reposer, et prendre des gouttes de laudanum.

En effet , elle avait les yeux brillans , et penché vers elle , je sentais , en l'effleurant , la chaleur de ses joues enflammées.

Elle m'expliqua encore qu'elle s'était mise au lit volontiers pour se soustraire aux visites de condoléances, et surtout de curiosité, qui seraient venue regarder de près la fiancée veuve. En effet , dès qu'un grand événement est tombé sur une tête, la foule avide de l'étonnant , de l'extraordinaire , vient examiner la place où il a passé, croyant encore voir la trace de la foudre.

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— Marie-Kose , lui dis-je, j'aurais laiil lit'soin do vous voir , de vous parler quelques instans , ne [)uis-je doue rester ?

— Oh non! je suis seule et couchée; Jeannette trouverait votre présence éliange... Et si mon père venait... je ne sais, lui qui ne m'a jamais sou[)çonnée , il me semble qu'il me cioirait coupable.... ah! c'est que je ne suis peut* être pas tout-à-fait innoceiite, en elFet.

En disant cela , elle se tendit à moi dans uu mouvement si tendre et si naïf, elle était si belle et si pure , je l'aimais tant à cette heure! je pris la résolution subite de lui révéler toute la vérité, de lui avouer les obstacles qui nous séparaient, de me rendre digne d'elle par un aveu qui allait rompre tous nos liens , par le plus déchirant sacrifi ce.

— Il faut que je reste un instant , lui dis-je , il faut que nous parlions de l'avenir.

— Mon avenir est fixé Uiaintenant , réiiondit-elle; tout est fini ; j'ai pris le voile de rel!» gieusc et je suis entrée dans un numastère.

LK FLOT SLIÏ SON COUUS.

— De quel rêve parlez-A^ous?

— C'est la véiilé. Hier, quand j'appris que le ciel m'avait délivrée des nœuds malheureusement contractés, bien résolue a ne jamais échanger ainsi ma liberté contre de misérables convenances , jurant de ne plus me livrer à une union que le cœur ne ratifierait pas, et sachant bien qu'une autre ne me serait jamais permise ( elle me regardait tristement en disant cela ) , j'ai prononcé mes vœux , je suis allée me joindre aux servantes du seigneur.

— Marie ! vous me faites souiïrir , que voulez-vous dire, par-là ?

— Oui, je me suis mise à genoux, et, recueillie devant Dieu, je l'ai prié de m'éclairer sur ma destinée. En regardant au fond de ma position et de mon cœur , j'ai vu que l'heureuse union du devoir et de l'amour, que j'aurais si bien goûtée, n'était pas faite pour moi; j'ai compris que vouée à une existence pleine de privation , il fallait au moins la rendre utile

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aux auti'es autant (ju'il m'est donné uel(3 faire. Je me suis atlacliëe [)ar serment à l'un de nos couvens d hospitalières ; je resterai près de mon père tant qu'il vivra; je porterai le voile en secret ; mes vœux demeui-eront cachés au fond de mon cœur; mais quand j'auiai perdu , celui pour qui je dois vivre encore , j'irai trouver mes sœurs dans le cloilre qui m'attend.

Je frémis en entendant Marie-Rose parler de ce vœu. Elle aussi, attachée aux autels; elle aussi gémissante sous cette auréole factice du sacrifice obligé. Elle aussi , n'obtenant de la vie où elle est éclose qu'un regret et une robe noire.

— Marie-Rose, ma fille chérie , vous passerez donc toute votre existence dans cette ombre de glace, dans celte morne journée, sans le soleil de l'amour à son milieu.

— Puisque le sort le veut ainsi... Elle s'interrompit eîlVayée : Mon Dieu, dit die, voici Jeannette.

Elle n'avait pas acha vé , que rapide et iiî-

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sensé , je m'étais jeté derrière la draperie qui tombait du ceintre de Talcove , entre le chevet du lit et la muraille. A peine étais-je là , que je compris toute ma faute ; ma présence avouée dans la chambre de mademoiselle de Bellefond , était tout au plus inconvenante , et le moindre prétexte suffisait pour la motiver ; mais si j'étais aperçu , dérobé sous ce rideau , et m'entourant de mystère, je compromettais horriblement rinnocen te Marie-Rose ; je frissonnais à la voix de Jeannette; j'étais glacé chaque lois qu'entre la frange de la draperie et le lam-^ bris de l'alcôve, paraissait le tablier blanc de la jeune bonne... Mais au milieu de cela , l'atmosphère où je me trouvais alors m'enivrait...

O le lit de la jeune vierge ! avec ces flots de soie et de mousseline , riche comme les trésors de sa luxuriante jeunesse , diaphane, comm3 l'enveloppe transparente de son âme, avec cette flamme de la veilleuse, qui jette dans l'ombre des lames argentées , et cette chaleur qui se révèle en tons plus vifs sur le teint. 0 le lit de la

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