‹ L'abbé OlivierChapitre 15 sur 32 · S(5 UNE OMBHE A VOS €OTÉ · texte numérisé non relu

S(5 UNE OMBHE A VOS €OTÉ

Je sens que Ramure expire en ce moment , et je souîïre comme s'il était mon frère. Je le connaissais k peine , et il me semble qu'une partie se délache de moi-même, il me semble que je devrais prendre le deuil et pleurer... 0 si mes larmes pouvaient le ranimer !

Je n'aurais pas cru qu'elles fassent si affreuses les suites d'un duel; je pensais qu'après avoir tué un adversaire , on allait tranquillement à SCS afiaires et à son dîner. Mais cette odeur de mort me poursuit. —Peut-être ce Ramure, ce jeune écrivain était il appelé à quelque chose de bien ; peut-être fournissait-il une sainte journée , marchait-il à un but utile, quand je l'ai arrêté dans sa route. Cet homme avait des idées, si ce n'est des vertus : mon ame est pleine du regret de ce bien qu'il aurait pu faire; il me semble que je prive quelque in-? fortune humaine du secours qui lui élait envoyé... Ohîvsi j'avais pensé à cela avant le combat!., fatalité! nepouvais-je avoir un îrenibicmcnt dans la main, cette balle ne pouvait-

CM DMBBE A T(>5 COlÉi. t'il

e[\e entrer dans l'épaule, eifleuier la chaii- , sa perdre dans le feuillage! mais non, là, là où elle donne la mort. Cette vie, ce bel organisme, cet ouvrage de Dieu dans toute sa vigueur, défait en un instant par la main d'un homme. Oh! que c'est affreux d'être l'instrument du pouvoir le plus hideux, de la mort... Mon Dieu comme je me leproche de vivre; il me semble queje respire trop d'air , que j'élargis ma place de la place d'un autre , quil y aurait de 1 insolence à jouir ; il me semLle que je n'oserai plus embrasser ma mère , plus travailler, réussir, presser la main d'un ami, goûter la vie à des lèvres aimées , sans penser que je lui ai ôté tout cela, que j'ai jeté cet homme, immobile, dans une fosse... Oh! une lueur d'amour ou de joie me ferait frémir! il me semblerait que j'insulte par ce luxe de vie, au silence, au néant du tombeau... Oui,cetteodeur demortme poursuivra toujours.

.le ne pouvais plus y tenir, je sortis en pressant ma lèle de mes mains , et je disais sur ce seuil dés(^lé :

20§ MKÏÏ. OMBHï A VO» COTES.

Ainsi jaî perdu deux existences : la mort an sein de Tun , le remords au sein de Taulre»

Au lever du jour*

Je n'étais pas rïé méchant , et j'ai fait le mal : c'est la faute de cette parole sacramentelle , de cette corde de lin qui m'a lié à Téglise. Là, l'air me manquait. Cette verdeur de jeunesse , cette pousse vivace qui n'a point trouvé de voie pour se développer dans un espace azuré , dans un air du ciel , s'est étendue en bas , s'est jetée dans les antres ca« verneux et déroulée auprès des vipères» — Tout l'esprit que j'ai dépensé pour déprécier et ridiculiser Dubeaupré , toute l'astuce dont j'ai usé pour tuer Ramure , toutes ces forces que j'ai mises en œuvres, portées a une bonne cause, se fussent appelées, dans leur accomplissement , triomphe , vertu, bienfaisance, — Comme le torrent qui ravage la campa^^ne ,

15K OMBKI A VOS COlîl. î^îj

ilii'igo sur le moulin du paysan , aurait pu moudre le hou graiu qui nourrit le hameau. Maintenant je reste dans cette même situation , où j'ai mis de phis un remords un

remords ! la plaie la plus cuisante qui puisse faire saigner notre cœur. Je ne puis garder tout ce fardeau dans mon sein. La solitude et le mystère me tuent , o Julien ! Julien ! que n'es-tu près de moi !... Mais dans les courses immenses, je ne puis môme mesurer réloignement où tu te trouves ; mes lettres ne peuvent aller t'y rejoindre. Eh hien! je verrai ce digne prêtre de l'ahhaye Saint-Germain-des- Prcs; jelui confesserai toute ma triste histoire. C'est Ramure qui , un soir de la semaine-sainte, m'a appris l'existence de ce vertueux ecclésiastique; et je ne puis m'abîmer assez devant cette loi qui a permis que riiommepour qui j'allais me rendre criminel, m'indiquât lui-même, d'avance, celui qui pouvait m'absoudre de mon rrime.

ZTII

Ce Siùi suit sou cours.

l.'amour et la mort, ces deux noms sont pareil», on dirait qu'ils sont frères, etqueU quefoiâ , en ciTet, ils se touchent de si près, qu'ils semblent ne faire qu'tin.

Mo^TAicnS.

OivRE-Moi encore une fois Ion sein, mon ami, mon père; reçois encore un aveu, le plus pénible de lOiis.

J'appelle ton regard dans ma vie ; qu'il

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