LE COMTE DE POITIERS
Le couvent des Hospitalières de Mâcon est le plus bel édifice de la Bourgogne méridionale. Il s'élève, large et imposant , sur une place de la
ville et le sommet de la riante colline de Bel-Air, qui régne derrière lui, montant au-dessus de ses combles , semble former une couronne de verdure sur son vaste front de pierre. A droite, est la maison de la noble famille oii naquit Lamartine ; à gauche , une belle allée de maronniers descendant à la Saône ; en face , Téglise de Saint-Pierre , qui termine richement la place de ce quatrième côté.
C'est dans cette église que le jeune Alphonse, conduit par sa mère , venait puiser les impressions du culte qui, plus tard, répandues dans le monde en arc-en-ciel de poésie , ont fait des chrétiens de plus , et l'ont fait Lamartine,
Une large et belle grille de fer , un quinconce de tilleuls, précèdent Thôpital, desservi par des religieuses.
C'est un monriiîient destiné au soulagement de l'humanité, où la philanthropie, vêtue à l'ancienne mode , porte encoi e sa robe de cloître.
Des salles garnies de leurs couches, proprement entretenues , sont remplies de malades de tout âge; d'ouviiers blessés dans la construction des belles demeures de la ville, de vignerons soudain refroidis dans leurs membres en sueur en travaillant le cep du bourgogne qui va couler sur vos tables, de vieilles femmes minées par la misère, de soldats atteints loin de leur village. Ces salles, comme les rayons d'une roue à Fessieu , se réunissent à une chapelle ronde , qui , s'élevant de tribune en tribune , se termine à une grande hauteur par un dôme spacieux. Ainsi, grâce à cette belle pensée en pierre, toutes les douleurs aboutissent à Tautel : elles rencontrent sur ses degrés , la voix du prêtre qui prie pour elles, dans les tribunes, les cantiques des sœurs qui les accompagnent de leur douce mélodie , et elles montent ainsi au ciel, implorer pilié sur Tailedu cantique et de la prière.
Au-dessous de cette église et des salles, sont de vastes caveaux, dans lesquels on descend par un
escalierouvrantsur le jardin. Là, reposent les hospitalières après leur vie. Elles ne sont point , dans ces longues files , couchées comme des mortes endormies ; elles sont assises sur leur séant , comme prêtes à se lever , et à travailler encore au soulagement des malheureux. Celles qui ont vécu de la vie de cha rite, ne peuvent s'anéantir entièrement; il reste encore quelque ombre de cette belle existence. Elles ont le bandeau et la guimpe de belle toile blanche , le voile en léger tissu , noir, la^robe de laine noire à larges manches , et les mains jointes sous une longue bande de laine blanche, appelée scapidaire , qui se déroule de la ceinture jusqu'aux pieds.
Tandis que les reines , les beautés , les poètes quittent leur couronnes pour descendre au tombeau ; les bonnes sœurs conservent leur voile béni par la bienfaisance.
Dans une radieuse journée du mois d'août , après un voyage empreint de tristesse, mais de cette tendre alTection qui jette son heaume
sur les heures les plus amènes , monsieur de Bellefond et Tabbé Victorien déposèrent Marie- Rose dans le couvent que nous venons de décrire. Victorien en passant en Bourgogne , lorsqu'il allait de Marseille à Paris pour embrasser les ordres ecclésiastiques , avait visité cet établissement; il y avait trouvé la douceur et la pureté de mœurs; il avait aimé cette enceinte , q ui est à la fois un hospice pour les corps malades et un refuge pour les âmes souffrantes ; qui, tout en donnant un repos réparateur à ces âmes qui ont besoin de la voûte du cloître pour s'abriter , utilisait ce repos pour le service de rhumanité.
Dans ces dernières circonstances , il choisit donc ces murs pour leur coniier le bonheur de Marie-Rose.
Mademoiselle de Bellefond demeura enfermée dans cette enceinte religieuse , n'ayant plus de famille que les sœurs données par les lieni^
immatériels de l'union en Jésus-Christ. Quelques jours après son installation, la supérieure voulut bien lui accorder l'habit de novice, le voile blanc , précurseur de la profession qui est célébrée plus tard par la prise du voile noir.
La nuit qui précéda cette journée solennelle, Marie-Rose ne put reposer ; elle était sous l'obsession de ce trouble qu'exhalent toujours audevant d'eux les grands événemens. Tremblante, à ridée de ce coup mortel qui allait ia séparer du monde , du monde qui renfermait ce que son cœur aimait et ce que toutes les femmes aiment; et, en même temps, transportée de la gloire du sacrifice qu'elle s'imposait et de la grandeur de l'acte qui allait s'accomplir , elle passa ainsi ces heures nocturnes si agitées quand elles veillent.
Brisée de tant d'émotions diverses, elle sortit àti lever du jour de son lit brûlant.
Elle regarda sa cellule arec cette pensée : C'est pour toujours !
LE COUVENT DES HOSPITALIÈHl.S. 7)%9
Les murs de l'étroite enceinte ëtaicnl blancs sans aucune tenture, il y avait un crucifix jaune , un prie-Dieu , un sablier , horloge silencieuse du cloître , où le temps passe-sans aucun bruit. La lumière du matin n étant tempérée que par un seul rideau de toile blanche, frappait ces objets et découvrait toute leur nudité;on ne pouvait pas-même avoir ici ce luxe d'un demijour que les femmes aiment tant.
Descendant le grand escalier , Marie-Rose , alla au jardin rasséréner son frontaux blanches lueurs de l'aube qui naissait.
Elle parcourait la longue allée de sable qui est dominée au-delà du mur d'enceinte , par la colline de Bel-Air : cette allée, vierge du pied des hommes, et quj ne foula jamais le pas qui allait s'égarer ; elle suivait du regard une plate-bande de beaux lys blancs , qui doivent surtout prospérer dans le jardin des vierges du Seigneur et de marguerites-reines de mille nuances diverses , comme la bande des saintes fdles enfermées en ce lieu , mais
pâles, et toutes cherchant à se ranimer en tournant leur corolle vers l'astre céleste.... Comme elle les examinait machinalement , une petite feuille de papier, une feuille blanche qui avait Pair d'une marguerite de plus , tomba au milieu d'elles. Marie-Rose la prit , et leva le yeux vers la colline , pour savoir si quelqu'un avait pu la jeter là ; elle n'aperçut personne , mais en ouvrant la feuille un frisson de surprise et de joie courut dans ses veines , car elle avait reconnu les caractères... Dans l'instant, une des sœurs qui la cherchait pour les préparatifs de la cérémonie , parut au haut de l'allée, elle cacha la lettre dans sa ceinture , tremblante , pouvant à peine se soutenir , mais transportée d'un élan de joie involontaire, en apprenant que celui pour qui devait s'accomplir le sacrifice errait autour d'elle, allait y assister au-delà de ees murs; tout le courage qui lui manquaient encore pénétra dans son âme avec ce bonheur d'être soutenue par rêtre aimé , dont les femmes ont besoin.
LE COUVENT DES IIOSPI TAI lÈHES. 551
dans toutes les circonstances de la vie, el jusque dans l'action la plus sainte.
Les cierges de l'église s'allumèrent , un parfum d'encens se répandit dans les longs corridors, que les sœurs, en grande tenue, les scapulaires déroulés, parcouraient plus rapidement et avec une expression moins posément recueillie que dans les jours accoutumés.
Dans la cérémonie de la prise d'habit, l'individualité disparaît, la femme perd ses cheveux et son nom ; elle n'est plus qu'une sœur , elle quitte le moi pour le nous.
D'abord la postulante est au pied de l'autel : elle porte une toilette splendide. On distribue dans l'assistance des fiançailles annonçant le mariage qui va s'acconijUir avec l'époux céleste; l'office est célébré ; l'aumônier du couvent adresse une simple exhortation à la nouvelle venue sur ses devoirs et sa vie de réclusion. Puis elle sort nn instant. La jeune fille la noble demoiselle est dépouillé de sa parure: on coupe ses cheveux; on lui met la robe d^o.
laine et le voile blanc ; et la novice rentre dans le chœur. Ensuite , aux chants de 1 office qui continue, elle passe devant la file des religieuses, rangées devant les stalles, et chacune lui donne un baiser de sœur. Pendant cette ronde, une petite fdle de sept à huit ans, emblème de la simplicité de cœur qu'elle va reprendre, la suit en portant à la main un cierge garni de fleurs.
Née à quelques pas du couvent des Hospitalières de Mâcon, j'ai souvent , dans mon enfance , été choisie pour porter auprès de la jeune fiancée du seigneur , ce cierge cette flamme pu^^e lumière de vérité, étoile de la bonne route... que ne suis-je demeurée sur la voie où brillait sa clarté!... mais j'ai repassé le seuil, et le vent du, dehors a bien vite soufflé sur le cierge, éteint sa flamme blanche...
Marie-Rose avait un sentiment trop exquis de toutes les délicatesses du cœur, et connaissait trop bien le caractère d'Olivier, pour craindre de garder la lettre qu'elle avait reçue de
LB COL VENT DKS nOSPIl ALItUES. 355
lui pendant la solennité qui s'accom[)lissait. Elle était sûre que cette lettre ne contenait que des adieux purifiés par le malheur, et des sentiinens assez chastes pour ne pas profaner le sanctuaire de Dieu môme où elle se trouvait. Elle conserva donc la lettre pendant toute cette journée, cachée sur son cœur. Et le soir, enfin seule dans sa cellule, brisée des émotions de la journé, son premier mouvement fut de tomber aux genoux du Christ, et de prendre la lettre d'Olivier.
Olivier a Marie-Rose.
» Fille du ciel, souffre encore un instant l'approche de celui qui fut si indigne de toi. Ne frémis pas en voyant ces caractèces et ce nom ; tu pourras lire cette lettre sans rougeur, même dans le sein de Dieu où tu vasenirer. Il fallait venirà toi en rampant sur mes genoux, mais il fallait venir encore une fois pour te demander Je pardon de tous les maux que je t'ai causés,
554 LE cou VEUT PES HOSPITALIÈRES.
et surtout, o mon amie, de la douleur que je donna aujourd'hui à Ion père!
Je devrais être attéré de honte dans ce moment où je parais pour la première fois sans voile devant tes yeux, où tu arrêtes ta pensée sur moi en sachant qui je suis, et cependant, il est là une douceur ineflable que je n'avais jamais éprouvée. Je te parle enfin sans déguisement : le secret si lourd à porter , la feinte glaciale, le hideux mensonge ne ^nt plus entre nous et lorsque j'étais près de toi, hélas! dans tes bras, ce secret terrible nous séparait toujours je ne t'ai jamais approchée, tu ne m'as jamais connu.
Dans ce jour de terreur, où tu prononces des vœux éternels, j'ai voulu me trouver aussi près de toi qu'il m'était permis de l'être ; je suis venu de Paris m'asseoir sur la colline qui s'élève auprès de ton couvent, et, couché sur la terre qui va se dérouler au pied de ses murs, il me semble qu'un rapport magnétique s'établit; mon âme pénètre dans ce cloîi.re : je res-
LE COUTENT DES IlOSPll AI.IÈRES. 355
pire Tair qui court sous ses voûtes , je rêve le bruit (les [)as qui s'y font entendre, je recueille les sons aériens des chants mystiques, je suis enveloppé de l'encens du sacrifice....
Le jour où je t'ai vue pour la première fois, il y a cinq mois, tu portais une robe rose et des perles dans tes cheveux; car c'était le jour de ta naissance, tu venais de prendre dix-huit ans, et ton père, heureux de ce doux anniversaire, voulait le fêter. Si peu de temps s'est écoulé , qu'en songant à cette soirée , il me semble que c'était hier , et maintenant tu portes un vêtement de cendre , et ce voile qui, semblable à la dalle du sépulcre , ensevelit toutes les espérances en tombant sur la tête d'une femme. Un nuage terrible a plané sur ta vie qui venait de s'éclore : c'était le reflet de ce vêtement noir dont il m'était ordonné de ceindre mon corps, de ce deuil éternel que je devais porter... pauvre fleur, i)ieu a voulu que cette ombre te cachât bien vite le soleil.
Toi malheureuse! moi criminel! Eh cependant, Pion Dieu qu'avons nous donc fait? nous étions jeunes, vivans, épanouis, prêts à aspirer Texistence, nous avons aimé, nous avons fait commeroiseauqui, altéré sur une terre de feu, verrait une goutte de rosée dans une fleur et la boirait.
Nous avons aimé. Et que font dans le ciel les bienheureux, que fait Dieu lui-même si ce n'est d'aimer ?
Oh! si le jour où je fus amené au temple par une aveugle volonté , pour y recevoir les ordres sacerdotaux , je n'eusse pas fait ce pas en avant, qui me liait pour la vie , qui coupait la route derrière moi , quelque temps après, en te rencontrant dans le monde quelle destinée de bonheur eût commencée pour nous! Ce cri de joie qui s'élève mystérieusement du fond du cœur à la vue de l'être qu'on doit aimer, oh! qu'il eut été profond et sincère pour tous deux ! Nous aurions été unis : ma sœur , ma femme,
LE COlYUiXr DES nOSl^lTÀLIKiU.S. Zïil
luoii amie, tous ces noms ciissenl été les liens. Alors , et que Dieu punisse mon orgueil , s'il n'en est pas ainsi , j'aurais été digne de toi : fortifié par le bonheur, enhardi par une position légale, soutenus [)ar le rapport qui eût existé entre ma nature et ma destinée , j'aurais obtenus tous les biens de cette terre , je les aurais arrachés à force de courage pour les mettre à tes genoux; chaque jour, chaque heure, j'aurais pu donner .-réciat, les honneurs, la fortune, les splendeurs qu'une femme aime, je les aurais ravis ; je t'aurais nourrie de tous les miels qu'on recueille sur la terre : ma vie , mon sang, mon âme, chaque battement de mon cœur, chaque soudîe de mon êlro eût été à toi.
Mon Dieu! mon Dieu! n'est-ce pas là le pain céleste, la véritable comnmnion que le pasteur doit à la vierge adorée.
Et cependant, tu as vécu la vie, mais elle
a été resserrée dans un étroit espace; tu as
connu l'amour, le bonheur, le désespoir, toule
l'exislence d'une rennue , concentrée en \\\i
jour, au lieu d'être répandue dans de longues années. Moi , j'ai été moins heureux , je n'ai jamais eu un moment de jouissance pure ; je trahissais mes sermens , je te trompais , je ne recevais pas un seul regard de loi qui ne fût payé de mes larmes.
J'ai été bien coupable, mais j'ai tant souffert, que je sens que Dieu m'a pardonné. Je crois à la vie éternelle et je pense que j'y entrerai par la porte du repentir , en même temps que toi par celle de l'innocence.
Résignons-nous. Te voilà dans une retraite où tu passeras tes derniers jours dans l'ombre et le silence; moi , je vais l'attendre dans un autre asile plus sombre et plus silencieux encore. Pardonne-moi , je me pardonne à moimême, parce que je vais mourir.
Monsieur de Bellefond ne put s'éloigner des lieux où respirait sa tille. Après le jour de la cérémonie, il loua, dans la commune de Flacé, qui n'ec»t séparée du couvent des lîospitalières
IK COIVEM LEI noSPITAllÉHES. Ô59
que par le petit terrain de Bel-Air, nne maison qui , placée au milieu des espaliers de vignes, comme elles sont toutes dans ce pays, a du moins de beaux noyers pour l'ombrager, un buisson de fleur autour de son rez-dechaussée , et une vue d'une étendue considérable. Mais ce qui en fait le plus grand charme à ses yeux, ce qui est du plus doux aspect et du jilus bel ornement , c'est un sentier tracé dans Iherbe, qui, du seuil de la demeure, descend à la grille du couvent. Monsieur de Bellefond peut frayer ce sentier une fois par semaine; c'est ce que les statuts du monastère lui accordent pxjur voir son enfant. Avec le voisinage de sa fillp , une belle campagne , un vaste horizon qui lui donne la liberté de promener au large ses pensées, il n'est pas aussi à plaindre qu'il lavait pensé d'abord, en ap[irenant que Marie-Rose allait s'éloigner de lui ; il ne s^^julfie que de cette douleur noble et résignée des êtres supérieurs, qui savent comprendre toutes les destinées.
ZZIT
Crô ?l^irlu;
A'tRons jusqu'à mourir.
UlrrOLTTB DR MORVOMItAIS.
Le mal cVOliTier , d'abord brûlant à l'intérieur, s'était peu à peu étendu jusqu'à la sur- Aice, avait envahi cette beauté de jeune homme, déh'calG et mâle, qui, par celle opposition, pa-
ÔG2 LES ADIEUX.
raissait si louchante. L'œil qui s'arrêtait sur ce visage, pouvait croire qu'il n'y avait jamais eu autre chose que la pâleur moite , Fombre bleuâtre répandue en cercle autour des paupières , et les linéamens fms et anguleux qui forment le cachet de la mort , apposé sur les êires qui lui appartiennent déjà , sans qu'elle les aie encore pris en sa puissance.
Mais depuis le retour de son voyage au bord de la Saôjie, il était calme et d'une douleur qui parfois sommeillait en lui et le laissait sourire. C'est qu'il avait pu dire un dernier adieu à celle pour qui il avait vécu , c'est surtout qu'il sentait que la maladie dont il était atteint touchait à sa dernière période, et lui donnait à lire une date peu éloignée de délivrance éternelle.
Victorien vint prendre place auprès du lit dont Olivier ne sortait plus qu'à de rares intervalles. Penché sur le sein de cet ami , où il n'avait plus que de tardives douceurs à faire éclore , comme de douces veilleuses qui s epa-
LKS ADIBGX. 5G3
noiiissenl à la nuit, il prenait seulement son caractère d'ami; s'il se servait parfois de son autorité de yertu et de lumière, c'était pour relever du découragement le prêtre faible dans sa foi , surtout dans ses espérances en la bonté de Dieu , et lui montrer qu'il avait été plus malheureux encore que coupable.
Souvent aussi, il expliquait à Olivier , pour remplir ses derniers jours des pensées les plus fortifiantes, Tespril delà loi que celui-ci avait mal comprise; et Olivier l'écoutait avec une douceur sereine. Aux portes du tombeau , disait-il, il était bien aise qu'une lumièœ de ce monde accoutumât son œil au grand jour de la vérité suprême , el que dans la voix de son ami , qui faisait vibrer son âme , fui le prélude des révélations divines.
Cependant , Victorien , qui voyait le mal physique avancer à grand pas, pressait, chaque jour Olivier d'essayer si la médecine n'aurait pas quelques secours à opposer h ses souffrances. Celui-ci repoussait celte propo-
3S4 its Aniiiux.
si lion , éloigiuiit cette image de docteur d*un geste de refus, détournait la tête sans rien dire : mais, dans ce silence, était une fermeté qui ne laissait point d'espoir.
Enfin , un jour que, assis près de son chevet, Victorien réunissait toutes ses sollicitations pour le presser d'appeler un médecin dont le talent lui était connu , et le priait avec larmes, Olivier lui dit :
— Oh! cher , bénis, bénis pk;tôt ce mal qui me consume, il me sauve d'un crime de plus , il me sauve du suicide.
Victorien baissa la tête et n'espéra plus. En voyant sa morne douleur, le malade eut pitié de lui. Prenant sa main , il lui dit :
— Console-loi , ami , tu n'as pu empêcher le malheur de terminer son ouvrage, mais tu adoucis la mort qu'il me donne... Oh! oui , sans toi je serais dévoré de remords. Tu te places entre moi et mes souvenirs pour les empêcher de m'accabler : je sens que cette sainte ligure ne pourrait apparaître auprès d'un criminel
LR5 ADItl'X. ^i)«>
sans rcloiir , ta [)rcsence ici m'csl un i^ai^<-* (1(3 pîU'Jon.
Victorien rait la main sur sa bouche [)Our l'engager au silence, il baisa celte main el reprit avec plus de ferveur :
— Ali ! lu m'as bien consolé aussi en emmenant Marie-Rose à Tabri de cette voûte. Tous les adoucissemens qui pouvaient exister dans ma position sont venus de là. Désormais je peux envisager son existence d'un coup d'œil , et je ne tremble pas en la quittant. Si en m'éloignant de la terre , je Ja laissais dans la société où elle vivait dernièrement, je la verrais livrée à toutes les angoisses de la douleur, cachée sous une apparence sereine ; h ces larmes si brûlantes, quand il faut les promener dans des fêtes ; à ces soupirs si dévorans , quand il fout cacher sous des parures le cœur brisé qui les exhale. . . Malheureux ! je me mens à moi-même, ce que j'aurais craint , ce n'est pas sa douleur , c'eût été plut(U de la voir consolée, de voir l'oubli pénétrant dans son cœur , et ouvrant la