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BAour autour de la mer Glaciale, entre A le 82° et le 55° degré de latitude A nord, sur les confins du monde A habitable, campent des peuples de 2 même iamille encore très voisins de N l'état primitif.
ae = Au nord de l’Europe occidentale, on les nomme Lapons ; au nord dela Sibérie, Samoyèdes, Jakouts, Joukaghirs, Tchoukchis; du détroit de Behring au Grôniand, Esquimaux.
1 M. Emile Perrror, les Grands Esjuimaux; Paris, Plon Nourrit et Cie, 1887, vol, in-12. — Traditions indiennes du Canada Nord- Ouest; Paris, Maisonneuve fréres et Ch. Leclerc, 1886, vol, petit in-80,
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Les Esquimaux se divisent en plusieurs groupes : les Innoït (au singulier Innok), au nord de la baie d'Hudson et au Grônland: les Tchiglit (au singulier Tchiglerk), sur le Mackensie; les Agertit, les Tatchut, les Tagut, les Teheckchut à Y'ouest de la baie d'Hudson.
Les Innoït où Esquimaux occidentaux sont de taille moyenne ou au-dessus de la moyenne, et c’est pour cette raison qu’on les appelle Grands Esquimaux.
Tous les noms dont se parent les Esquimaux signifient « Hommes » ; c'est-à-dire qu'il n’y a pas d'hommes pour eux, en deçà de la région polaire.
Un peuple, si chétif qu'il soit, se considère toujours comme seul digne du nom d’ « homme ». Point d'hommes, rien que des animaux, hors de l'aire de son langage.
Les insulaires de Fernando-Po sont petits, laids, craintifs, presque nus : ils ne s’en appellent pas moins Boubr « les Hommes ». Leur île, grande comme le tiers d'un département français, fut nommée, par les Portugais, Formosa, par les Espagnols, « île de la Mort»; pour eux, c'est Atchimama, « Tousles Pays ». Ainsi, ces pauvres sauvages ne voient des hommes que dans les grottes et les huttes des montagnes de leur îlot, et leur îlot est le monde.
Le nom Æsquimau vient du cri ou de l'algonquin äskimai, ayaskimé, eskimantsik, qui signifient « Mangeurs de chair crue ».
D'après M. Petitot, les Tehiglit où Tchizareni, les Dindjié où Loucheuæ, les Dénè-Bâtards-Loucheux se
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nomment aussi Nné-lla-Gottiné, « Gens du bout du Monde ».
Ces deux qualificatifs de « Mangeurs de chair crue » et de « Gens du bout du Monde » sont rigoureusement exacts.
M. Emile Petitot, oblat de Marie, s’est spécialement attaché à l'étude des Tohiglit et les a suivis dans des contrées rarement vues par des Européens.
En 1875, il entretenait la Société de Géographie de Paris de ses travaux et lui faisait le récit de son séjour sous le cercle polaire. Il avait alors parcouru en divers sens le bassin du Mackensie, d’une surface de 443 000 milles carrés, et avait descendu en partie le fleuve du même nom, qui sourd dans les montagnes Rocheuses et se jette dans l'océan Glacial après un parcours de 2 500 milles géographiques.
De ses pénibles excursions il rapportait une bonne carte.
Usant de son droit de découvreur, il a gravé sur cette carte les noms de MM. Devaux, Leclerc, Gaudet, Petitot, Maunoir, La Roncière-le-Noury, Delesse, Granet, Aubry. de Lesseps, Richard, Rey, ceux de Pie IX et de Napoléon IIT, le « Grand Empereur », qui était alors, dit-il, « dans toute sa gloire ».
Ces noms resteront-ils ? il ne faut pas l’espérer. Les Russes et les Anglais, qui font dans ces parages le trafic des fourrures, tiendront peu de compte de la nomenclature de M. Petitot; quant aux indigènes, ils ne s’en casseront jamais la tête.
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Dans les régions polaires les plus favorisées, la végétation se compose, à peu d’exceptions près, de sapins rabougris et de saules nains, simples arbrisseaux, qui percent à grand’peine le sol glacé. Partout ailleurs, pas d'arbres, pas même de buissons ; des neiges, encore des neiges, des falaises arides et des montagnes qui ont l'aspect de glaçons gigantesques. Ajoutez un jour de six mois et une nuit de six mois et vous avez une véritable terre de désolation.
« C’est plus qu’un deuil de la nature », dit M. Petitot, « c'est la mort, mais une mort vivante, animée, mille fois » plus horrible que celle du tombeau. La vie, par le fait, » s'affiche dans cette mort par une multitude d'empreintes » de carnassiers dont la neige trahit le passage ou le » séjour ».
L'océan qui gémit sur ces côtes désolées offre une particularité curieuse qui n’avait pas encore été signalée : un été chaud est toujours suivi d’un été froid, en sorte que trois saisons froides se succèdent sans interruption et que les glaces d'un hiver suivi d’un été froid durent trois saisons. C’est ainsi que des navigateurs polaires ont vu des mers de glace où d’autres ont vu des mers libres.
Tantôt en owmiaït, tantôt les raquettes aux pieds, comme un Iroquois ou un Huron, M. Petitot parcourt ces pays et fait connaissance avec le peuple le plus voisin du pôle nord, peuple enfant, paradoxal, pauvre, cependant intelligent, industrieux, grand rieur et grand causeur. M. Petitot est missionnaire et dans sa conviction le
monde en irait beaucoup mieux s'il était entièrement converti au christianisme. Mais pour changer les croyances religieuses d’un peuple, un sermon en trois points ne suffit pas. Il faut vivre au milieu de ce peuple, longtemps, apprendre sa langue, le convaincre que sa religion est mauvaise, que ses dieux ne sont pas des dieux, que ceux qui ont écouté, qui écoutent, qui écouteront leurs vaines promesses sont et seront damnés par le dieu des chrétiens, qui est le seul vrai. Il faut prouver aussi, et ce n’est pas le moins difficile, que les chrétiens valent mieux que les payens, que seuls ils peuvent être heureux dans ce monde et dans l’autre.
M. Petitot réussira-t-il ? Nous verrons plus tard. Pour le moment, ce qui nous intéresse, c'est sa courageuse persistance, son grand savoir, son vif désir de pénétrer la vie intime d’un peuple qui, nous apparaissant à travers les brouillards polaires, affectait des formes indécises et fantastiques.
Cependant, malgré son zèle, M. Petitot emporte toujours ses vivres et partage le moins souvent possible l’ordinaire des Esquimaux. Cela se comprend. Les Esquimaux se nourrissent de lard de baleine, de poisson cru, de viandes en putréfaction, de rats, d'insectes.
Les dames esquimaudes, comme les dames huronnes, croquent avec plaisir les parasites qui vivent sur elles et sur leurs enfants. Pour faire cette chasse, écœurante selon nos idées, elles mettent toutes nues, même devant des hommes, sans penser à mal, des filles de quinze à seize ans.
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L'huile de phoque est la boisson favorite de ces bons peupies. M. Petitot lui trouve une odeur nauséabonde et déclare que, par comparaison, l'huile de foie de morue est un « sirop de gomme ». C’est affaire de goût. Pour l’Innok, l'huile de phoque est un nectar, et il s'arrange pour n’en rien perdre. Il suce avec délectatiôn les vieilles mèches de lampes qui en sont imprégnées. C'est avec la langue que les ménagères nettoient leurs lampes; c'est sur le visage, les cheveux et le haut du corps qu'elles essuient leurs mains pleines d'huile. .Une dame esquimaude qui nettoie sa lampe a l'air satisfait, coquet ; elle minaude, se donne des airs de petite maîtresse et se passe la langue sur le bout des doigts.
L'une d’elles prèsente un jour gracieusement à M. Petitot une vieille mèche à sucer. Le Révérend Père refuse aussi poliment que possible. La dame esquisse un dédaigneux sourire et n'insiste pas, sans Coute très satisfaite d’avoir fait une politesse qui ne lui coûte aucun sacrifice.
Savorgnan de Brazza fit aussi le dégoûté la première fois qu'on lui servit des fourmis blanches et des sauterelles grillées. Puis il s’y habitua et fiuit par trouver que c’est un mets passable. Avec de la persévérance, M. Petitot aurait peut-être changé d'avis à l'égard des vieilles mèches de lampe à l'huile de phoque.
Ce que le Révérend Père ne peut éviter, c'est la maison esquimaude. ;
Il y a l'ig{ou, maison de neige, construit pour une nuit, et le yourle, maison permanente, chaude, solide, à moitié enfouie dans le sol, en communication avec l’ex-
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térieur par un étroit couloir, permettant de braver des températures de 50 à 60 degrés centigrades au-dessous de zéro.
Bressani ou Bresciani, jésuite italien, qui fut quelque temps missionnaire en Canada, a écrit que les Esquimaux se bâtissent des maisons de glace. On l’a cru sur parole, comme on aurait cru un honnête voyageur qui aurait parlé de visu. On a eu tort. Les Esquimaux ne bâtissent pas des maisons de glace, mais des maisons de neige, comme le font encore, à leur imitation, les explorateurs polaires.
M. Petitot en a vu construire une sur le Mackensie.
On lui donna la forme d’une ruche et l’on y pénétra par une ouverture de trente centimètres de hauteur faite en trois coups de coutelas. Des peaux d'ours blanc et de renne, étendues sur des rondins, devaient servir de lit. L'iglou pouvait recevoir deux personnes, trois au plus ; six trouvèrent moyen de s’y entasser.
La lampe est installée, aussi le krorwik, vase qui n’est pas couvert et qui aurait le plus grand besoin de l'être.
L'un des constructeurs prend ensuite le bloc de neige coupé pour faire l'entrée, le remet en place, le cimente avec de l'eau, et la hutte est ainsi hermétiquement close.
Seulement de penser à la lampe fumeuse, à l'odeur de la cuisine, du tabac, de ses compagnons, M. Petitot se sent malheureux. Il est encore loin cependant de soupçonner toute la vérité.
Il grelotte et demande du feu. « Non pas, non pas »,