‹ L'abbé TigraneChapitre 14 sur 21 · MICAL · texte numérisé non relu

MICAL

guère, n’a pas tardé à renaître dans ce grand esprit, et M. le .Vicaire-Général me charge de vous apporter non-seulement ses excuses, mais en même temps l’assurance qu’à la tête de tout le clergé paroissial de cette ville épiscopale, il présidera à la levée du corps de Monseigneur de Roquebrun. Toutefois, il demande, à cause de la chaleur accablante, que la cérémonie n’ait lieu qu'à six heures. Il fait jour maintenant jusqu’à neuf. »

Le bon et naïf Ternisien, voyant toute difficulté aplanie, tout conflit devenu impossible, ne put s’empêcher de presser les mains de Mical dans les siennes. Il articula ces mots avec émotion :

« Remerciez, je vous prie, M. le Vicaire-Général capitulaire. Dites-lui combien je suis touché d’un retour qui fait honneur à «on caractère sacerdotal. »

Le professeur de morale regarda furtivement l'aumônier des prisons. Sa face de singe pétillait de malice : tout riait en lui, et d’un rire cruel, ses yeux, son nez, ses lèvres et son menton.

« Eh quoi ! tu n'as pas l’air content, mon brave Lavernède? siffla-t-il, s’administrant une large prise de tabac pour dissimuler l’ironie trop insultante de ses traits.

— En effet, j’eusse préféré qu’au lieu de s’infliger cette pitoyable reculade, Capdepont eût le cœur de pousser les choses jusqu’au bout.

— Mais jamais le Vicaire-Général n'eut l’in-

tention sérieuse de ne pas rendre à Monseigneur de Roquebrun mort, les hommages qu'il, ne lui refusa jamais vivant.

— Le Vicaire - Général. . . le Vicaire - Général . . .

— Il l’est, mon ami, il l’est!... Du reste, dans le passé de M. l’abbé Capdepont, il n’y a rien...

— Ne remuons pas le passé! interrompit Lavernède avec animation, et, si votre mandat, que vous pouviez aussi bien accomplir dans la rue, est terminé... •

Mical ne voulut pas remarquer le geste de l’aumônier des prisons, qui lui indiquait la porte.

* Tu avais peut-être dessein d’exploiter l’absence du Vicaire-Général? »

Il lança ces paroles comme au hasard.

« Je le mets au défi de persister dans ses résolutions.

— Ne le brave pas, mon pauvre Lavernède : il est plus fort que toi, tu le sais.

— Oui, certes, il est plus fort que moi, si la force, pour un prêtre, consiste dans le mépris absolu de ses devoirs.

— Prends garde ! s’il devenait évêque de Lormières, il pourrait bien ne pas te rendre ta chaire à! éloquence sacrée.

— Et qui vous dit, monsieur, que je consentirais à la recevoir de sa main?

— Et s’il venait à te retirer l’aumônerie des prisons, que ferais-tu avec ta vieille mère infirme?

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