‹ L'abbé Vincent; comédie en un acteChapitre 29 sur 30 · SCENE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

SCENE DOUZIÈME

LA COMTESSE

Quel âge a-t-elle ?

l'abbé.

Thérèse ?

LA COMTESSE

Oui.

l'abbé.

Dix-huit ans.

LA COMTESSE, rêveuse.

Dix-huit ans ! — Certes on ne peut nier qu'elle soit charmante.

l'abbé, vivement.

On ne peut pas, — non.

LA COMTESSE

Pourtant, mademoiselle de Ronsac...

l'abbé, timidement.

C'est un autre genre.

LA COMTESSE

Vous savez que son père vient de se rendre acquéreur de la ferme des Roseraies et de ses dépendances ?

l'abbé.

Je le sais.

LA COMTESSK.

L'avez-vous dit à Jacques ?

l'abbé.

Non. — Je ne crois pas d'ailleurs que cela l'aurait beaucoup intéressé !

LA COMTESSE

C'est vrai, (changeant de ton.) Votre filleule sait-elle qu'elle est aimée de mon ûls ?

C'est elle qui l'a su la première.

LA COMTESSE

Et, naturellement, elle l'aime aussi?

l'abbé.

Dame !... C'est bien le moins.

LA COMTESSE, après un temps.

Mais quand et comment cet amour est-il né?

l'abbk.

Je l'ignore... Tout ce que je sais, c'est qu'il est né et ne demande qu'à vivre.

LA COMTESSE

Ah I je suis bien embarrassée.

L'ABBIL, timidement.

Si je l'osais, je dirais à madame la comtesse qu'il n'y a pas de quoi.

LA COMTESSE, vivement.

Je voudrais bien vous voir à ma place.

l'abbé, doucement.

Je voudrais bien y être aussi.

LA COMTESSE, ironiquement.

Oh ! vous, — vous les marieriez tout de suite. l'abbé.

Tout de suite, oui, et je suis sûr que je ferais une bonne action et que ces chers enfants n'auraient pas assez de toute leur vie pour m'aimer et me bénir. — Et c'est bien doux, allez, d'être aimé et béni par ces monstres-là. — Je vous demande bien pardon d'insister ainsi, mais je les aime tant les chers petits, que la seule pensée do les voir malheureux me rend profondément malheureux moi-même et que... et que... (Un peu suffoqué.) Je vous demande bien pardon, madame la comtesse, je vous demande bien pardon.

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