CHAPITRE XIX
qu'ils venaient au nom du régent , furent admis aussitôt. Quelques moments après , IMichel-l'Aile-au-Yent était déjà au clievet du lit «ie nos voyageurs. «Debout! debout I s'écria-t-il, il n'est plus temps de dormir quand le comte de Murray commande. »
Les deux dormeurs se levèrent soudain et commencèrent à s'habiller.
« Vous , mon vieil ami, dit iflichel à Woodcock, vous allez monter à cheval sur-le-champ pour porter ce paquet aux moines de Kennaquhair, et celui-ci au chevalier d'Avenel.
— ïl s'agit d'ordonner aux m.oines d'annuler l'élection de leur abbé ; j'en réponds, » dit Woodcock en mettant les paquets dans son sac ; « et l'on charge mon maître d'y veiller. Cependant chasser un frère à l'aide d'un autre , ce n'est pas, il me semble , jouer un beau jeu.
— N'allez pas fourrer votre barbe là-dedans , mon vieux , reprit Michel : mettez-vous en selle à l'instant ; car si ces ordres ne sont pas exécutés, il ne restera que des murs à l'église de l'abbaye Sainte-Marie^ et peut-être au château d'Avenel. J'ai entendu le comte de Morton parler bien haut avec le régent, et nous sommes dans une situation où nous ne pouvons nous disputer avec lui pour des bagatelles.
— Mais , reprit Adam , pour ce qui concerne l'abîmé de la Déraison , que dit-on de cette équipée ? S'ils étaient hostilement disposés , je ferais mieux d'envoyer les paquets au diable , et de prendre pour protecteur l'autre coté des frontières.
— Oh ! on passe là-dessus comme sur une plaisanterie dont il n'est résulté que très-peu de mal. j^lais écoutez-moi, Adam, s'il se trouvait sur votre route une douzaine d'abbayes vacantes, soit en plaisantant soit sérieusement, par raison ou par déraison, ne mettez pas une de leurs mitres sur votre tète : le temps n'y est pas favorable , mon ami ; d'ailleurs notre demoiselle brûle d'embrasser le cou d'un gros ecclésiastique.
— Elle ne caressera jamais le mien en cette quahté, » dit le fauconnier en enveloppant son large cou brûlé du soleil de deux ou trois doubles plis de son mouchoir. « Monsieur Roland I monsieur Roland I » cria-t-il en môme temps -, « dépêchez-vous I il faut retourner au perchoir et à la mue^ et grâce au ciel plus qu'à notre esprit, avec nos os entiers et sans coup de poignard dans l'estomac,
— Le jeune page, dit Michel, ne retourne pas avec vous; le régent a un autre emploi à lui donner.
— Miséricorde ! s'écria le fauconnier, Roland Grseme rester ici, et moi retourner à Avenell mais cela ne peut être I ce jeune jaomme ne peut se diriger sans moi dans cette ville immense 5 je le demande , obéira-t-il à un autre sifflet que le mien ; quelquefois je puis à peine l'amener à mon leurre. »
Roland se sentait plus d'une observation maligne au bout de k langue, concernant la nécessité où ils étaient de s'aider mutuel* lement; mais l'inquiétude réelle que témoignait Adam à la seule pensée de le quitter, lui ôta toute envie de faire une raillerie peu reconnaissante. Cependant le fauconnier n'échappa pas tout à fait ; car, en se tournant vers la croisée , son ami Michel aperçut à la dérobée son visage, et il s'écria : «Mais, mon cher Adam, qu'avez-vous donc fait de vos yeux ? ils sont enflés au point qu'ils vous sortent de la tête.
— Ce n'est rien, » dit-il après avoir jeté un regard suppliant sur Roland : « voilà ce qu'on gagne à dormir sur un maudit grabat sans oreiller.
— Ma foi I Adam , vous êtes devenu étrangement délicat ; je vous ai vu dormir toute la nuit sans autre oreiller qu'un buisson de bruyère, et vous réveiller avec le soleil, aussi agile qu'un faucon. Mais aujourd'hui vos yeux ressemblent à...
— Qu'importe, mon ami, à. quoi ils ressemblent ? qu'on me fasse rôtir une pomme , versons dessus un pot d'ale , pour nous arroser le gosier, et vous verrez du changement chez moi.
— Et vous chanterez votre charmante ballade sur le pape.
— Oui, je le veux bien... c'est-à-dire quand nous aurons laissé cette ville paisible à la distance de cinq ou six milles derrière nous si vous voulez prendre votre cheval et me conduirejusque-là.
— Non , je ne le puis. Je n'ai que le temps de partager avec vous le coup du matin , et de vous voir à cheval. Je vais donner ordre qu'on selle votre monture , et qu'on vous fasse cuire une pomme sans perdre de temps. ■»
Pendant son absence , le fauconnier prit le page par la main : Puissé-je ne jamais chaperonner un faucon, lui dit le bon Adam, si je ne suis pas chagrin de me séparer de vous tout comme si vous étiez mon propre enfant, vous demandant pardon de la liberté. Je ne puis vous dire ce qui fait que je vous aime tant , si ce n'est la même raison qui me faisait aimer ce diable de petit cheval noir vicieux que miiord avait appelé Satan, nom que ]>!. Warden changea en celui de Seyton; car , disait-il;, il est plus