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CHAPITRE XXI

time de l'Ecosse, et l'un des plus capables qui eussent jamais portée le sceptre. La maison de 3Iar, qui ne le cédait ni en ancienneté , ni en grandeur à celle de Drummcnd , aurait pu aussi se vanter d'une reine parmi ses filles, et elle aurait échappé à la tache qui résulte de la fragilité d'une femme, lors même qu'elle a pour excuse un amant royal. Ces sentiments qui oppressaient son cœur naturellement orgueilleux et sévère, étaient empreints sur sa physionomie. Aux restes d'une grande beauté se joignaient certains traits qui indiquaient un mécontentement intérieur et une sombre mélancolie. Ce qui contribuait peut-être à augmenter cette disposition habituelle, c'est que lady Lochleven avait adopté des sentiments religieux extraordinairement rigides et austères. Dans ses idées de foi réformée, elle partageait les erreurs les plus fatales des catholiques^ en limitant comme eux les bienfaits de l'Évangile à ceux qui professaient exclusivement ses principes.

Sous tous les rapports, l'infortunée reine d'Ecosse , alors commensale obligée, ou plutôt prisonnière de cette triste dame , était odieuse à son hôtesse. Lady Lochleven haïssait en elle la fille de 3Iarie de Guise, de celle qui avait usurpé sur le cœur et sur la main de Jacques Y les droits légitimes dont "elle se considérait comme injustement privée -, elle détestait surtoutune femme attachée à cette rehgion qu'elle abhorrait plus que le paganisme. Telle était la dame qui, avec un air de majesté, des traits durs quoique beaux, et couverte d'une coiffe de velours noir, demanda au domestique qui dirigeait la barque vers le rivage ce qu'étaient devenus lord Lindesay et lord Melville. L'homme raconta ce qui s'était passé. Elle répondit avec un sourire dédaigneux : « Il faut flatter les fous et non pas les combattre. Retourne à l'instant , fais tes excuses comme tu le pourras; dis à Leurs Seigneuries que lord Ruthven est déjà au château , et qu'il est impatient de voir paraître lord Lindesay. Pars sur-le-champ... Randal, un-moment, qu'est-ce que ce bambin que tu m'as amené ?

— Sous votre bon plaisir, milady, c'est le page qui doit servir.

— Ah ! le nouveau mignon, répondit lady Lochleven. La suivante est déjà arrivée hier. J'aurai une maison bien ordonnée avec cette dame et sa suite^ mais je me flatte que l'on trouvera bientôt d'autres personnes pour entreprendre une telle charge. Allons, pars, Randal -, et vous , dit-elle à R.oland , suivez-moi dans le jardin. »

Elle le conduisit d'un pas lent et avec dignité dans un petit

jardin, entouré d'un mur en pierre, orné de statues , et au milieu duquel on voyait une fontaine artificielle : ses tristes parterres s'étendaient sur un des côtés de la cour, avec laquelle ils communiquaient par un portail bas et arqué. Dans cette étroite enceinte, Marie Stuart apprenait alors le rôle pénible de prisonnière , rôle qu'elle était condamnée à jouer toute sa vie. sauf un bien petit intervalle. Deux suivantes l'accompagnaient dans sa promenade mélancolique ; mais le premier regard que Roland jeta sur une femme si illustre per sa naissance , si célèbre par sa beauté , par ses talents et ses malheurs , ne lui permit d'apercevoir que la présence de la malheureuse reine d'Ecosse. Sa taille et sa figure ont été si profondément empreintes dans tous les souvenirs que , même après environ trois siècles, il est inutile de rappeler au lecteur le moins instruit les traits caractéristiques de cette physionomie remarquable , qui réunit tout ensemble ce qu'on peut se figurer de majestueux, d'agréable et d'éclatant , en laissant douter si ce brillant ensemble convenait mieux à la royauté, à la grâce ou aux talents. Quel est l'homme qui, entendant le nom de Marie Stuart, n'a pas son portrait sous les yeux , aussi familier à sa mémoire que celui de la maîtresse de son adolescence, ou de la fille favorite de son âge mùr? Ceux mêmes qui se sentent forcés à croire tout ou beaucoup de ce que ses ennemis ont avancé pour la perdre, ceux-là ne peuvent penser sans un soupir à cette physionomie qui exprimait tout autre chose que les crimes infâmes dont elle a été accusée pendant sa vie, et qui continuent , sinon à noircir sa mémoire , du moins à l'obscurcir. Ce front si ouvert et si noble... ces sourcils si régulièrement gracieux, animés par le bel effet des yeux brun-clair qu'ils ombrageaient, et qui semblaient dire tant de choses... ce nez , formé avec toute la précision des contours grecs. . . cette bouche si bien proportionnée, et comme destinée à ne prononcer que de tendres paroles... ce menton à fossette... ce cou blanc et majestueux comme celui du cygne... tous ces traits composaient une physionomie dont nous savons que le modèle ne saurait avoir existé dans aucun autre personnage connu parmi ces sommités du monde social qui commandent une attention générale et sans partage. En vain dira-t-on que les portraits qui existent de cette femme remarquable ne se ressemblent pas entre eux. Dans la différence même qu'on y remarque, chacun d'eux offre des traits généraux que l'œil reconnaît sur-le-champ commeappartenant à l'être que

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