‹ L'abbéChapitre 130 sur 250 · CHAPITRE XXI. 23T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. 23T

et un voile blanc transparent qui tombait en larges plis de ses épaules sur sa longue robe noire , de manière qu'elle pouvait à volonté le ramener sur sa personne et s'en couvrir le visage. Une croix d'or était suspendue à son cou, et un rosaire d'or et d'ébène à sa ceinture. Elle était suivie de près par ses deux dames, qui restèrent debout derrière elle pendant la conférence. Lord Lindesay lui-mùme, quoiqu'il fût le noble le plus dur de ce siècle barbare, s'étonna d'éprouver malgré lui une sorte de respect en voyant l'air calme et majestueux d'une femme qu'il s'attendait à trouver abandonnée aux accès d'une rage impuissante, plongée dans un cbagrin inutile, ou accablée par les craintes qui pouvaient naturellement, dans une telle situation, assaillir la royauté déchue. « Je crains de vous avoir fait attendre , lord Lindesay, » dit la reine en répondant par une révérence pleine de dignité à son salut écourté ; «mais une femme ne reçoit pas volontiers de visites sans avoir passé quelques minutes à sa toilette. Les hommes, milord , tiennent moins à un tel cérémonial.»

Lord Lindesay, jetant les yeux sur son habillement sale et en

désordre, murmura quelques mots d'un voyage fait à la hâte,

tandis que la reine répondait aux salutations de Robert Melville

avec politesse , et même, comme il semblait, avec bienveillance.

Il y eut alors un morne silence. Lindesay se retourna vers la

porte, attendant avec impatience son collègue retardataire. La

j reine seule était sans aucun embarras; et comme pour rompre le

! silence , elle adressa ces mois à lord Lindesay en jetant un coup

', d'œil sur l'énorme et gênante épée qu'il portait : «Vous avez là

I un fidèle et pesant compagnon de voyage , milord ; je me ilatte

; que vous ne vous êtes pas attendu à trouver ici des ennemis con-

' tre lesquels cette arme vous serait nécessaire ? Il me semble que

c'est une parure un peu singulière pour une cour; mais je suis,

comme j'ai besoin de l'être , trop Stuart pour redouter une épée.

— Ce n'est pas la première fois , madame, » répondit Lindesay en tournant son épée de manière à en fixer la pointe par terre, tandis qu'il appuyait la main sur la pesante poignée en forme de croix ; « ce n'est pas la première fois que cette épée s'offre aux yeux d'un Stuart.

— Cela est possible , milord ; cette épée peut avoir rendu des services à mes ancêtres. Les vôtres , milord, étaient des hommes remplis de loyauté.

— Oui, madame, elle leur a rendu des services, mais de ces ser-

Page 1