‹ L'abbéChapitre 129 sur 250 · CHAPITRE XXI. 25o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. 25o

dant tel avait été l'effet de la présence de Marie, qu'il l'avait emporté, pour le moment, môme sur les sentiments d'un jeune amant; ce ne fut qu'après la disparition du groupe féminin que Boland commença à réfléchir sur les relations qui allaient probablement s'établir entre lui et la jeune fille.

«< Elle a levé sa main d'un air de commandement, pensa t-il ,• peut-être voulait-elle appuyer les ordres de la reine ; car je ne pense pas qu'elle voulût m'effrayer par la discipline administrée à la jaquette grise et au pauvre Adam Woodcock. Mais nous verrons cela bientôt; maintenant, songeons à répondre à la confiance qu'a placée en moi cette reine infortunée. Lord Murray luimême en conviendrait, je crois; le devoir d'un page fidèle est d'empêcher qu'on ne pénètre dans l'appartement de sa maîtresse malgré elle.»

En conséquence il entra dans le petit vestibule, ferma, tant à la clef qu'au verrou, la porte qui donnait sur le grand escalier, et s'assit pour attendre le résultat. Il ne fut pas long-temps en repos. Une main vigoureuse essaya d'abord de lever brusquement le loquet, poussa ensuite et ébranla la porte avec violence, et comme elle résistait à toute tentative, une voix s'écria : « Ouvrez donc la porte, là-dedans !

— Et de quel droit, demanda le page, m'ordonne-t-on d'ouvrir la porte de la reine d'Ecosse ?

Une seconde tentative, qui fit retentir les gonds et les verrous, prouva que celui qui demandait impatiemment qu'on lui ouvrît serait entré volontiers, sans aucun égard à la demande du page ; enfin il répondit:

«Ouvrez la porte , à votre péril : lord Lindesay vient parler à lady Marie d'Ecosse.

— Lord Lindesay, comme noble Ecossais, répliqua le page, doit attendre le loisir de sa souveraine.»

Il s'ensuivit une altercation sérieuse parmi ceux qui attendaient à la porte, et Roland distingua la voix singulièrement rau que de Lindesay ; il répondait à sir Robert Melville , qui avait sans doute cherché à l'apaiser : «Non , non, non 1 je vous dis que non ! je placerai un pétard sous la porte plutôt que d'être joué par une femme abandonnée et bravé par un insolent valet.

— Du moins, dit jMelville , laissez-moi d'abord essayer les voies de douceur. La violence envers une dame déshonorerait à jamais votre écusson ; attendons l'arrivée de lord Ruthven.

— Je n'attendrai pas davantage , répondit lord Lindesay ; il est grand temps que notre affaire soit terminée, et que nous soyons en chemin pour retourner au conseil. Cependant vous pouvez essayer vos voies de douceur, comme vous les appelez , tandis que j'irai faire préparer un pétard par mes gens. Je suis venu ici muni d'aussi bonne poudre que celle qui a fait sauter l'église de Field.

— Pour l'amour de Dieu, un peu de patience î reprit MelviUe;» et s'approchant de la porte : «Faites savoir à la reine, dit-il, que moi , Robert Melville son fidèle serviteur, je la conjure par intérêt pour elle-même , et pour prévenir des conséquences plus fâcheuses, de faire ouvrii- la porte , et d'admettre auprès d'elle lord Lindesay, chargé d'une mission du conseil d'état.

— Je vais informer la reine de votre message, répondit Roland, et je vous rapporterai la réponse. »

Il courut à la porte de la chambre à coucher, et y frappa doucement : la plus âgée des deux dames l'ouvrit à l'instant. Il lui fit part de ce qui venait d'arriver ; elle alla en instruire la reine, et revint bientôt apporter à Roland l'ordre de laisser entrer sir Robert Melville et lord Lindesay. Le page retourna dans l'antichambre , en ouvrit la porte, et Lindesay se présenta de l'air d'un soldat qui, les armes à la main, s'est frayé un chemin dans une forteresse conquise ; lord Melville le suivait à pas plus lents.

«Je vous prends à témoin , dit le page à ce dernier, que, sans l'ordre exprès de la reine, j'aurais défendu cette entrée de toutes mes forces et au prix de^tout mon sang contre l'Ecosse entière.

— Silence, jeune homme, dit IMelville d'un ton grave et sévère; n'ajoute pas de tisons au feu. Ce n'est pas le temps de faire parade de ta chevalerie enfantine.

— Elle n'a même pas encore paru , » s'écria Lindesay, qui venait d'atteindre le milieu de la salle d'audience ; « comment appelez-vous ce badinage?

— Patience , milord , répondit sir Robert , le temps ne presse pas: lord Ruthven n'est pas encore descendu.»

En ce moment la porte de l'appartement s'ouvrit , et la reine parut. Elle s'avança avec cet air de grâce et de majesté qui lui était particulier, sans paraître nullement émue ni de la visite , ni des procédés grossiers qui l'avaient accompagnée. Elle était vêtue d'une robe de velours noir ; une petite fraise, ouverte sur le devant, laissait voir la beauté de son menton et de son cou, mais son sein était voilé. Elle portait sur la tête un petit bonnet de dentelle

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