CHAPITRE XXIV
Kennaquhair, confisquée dernièrement au profit de notre noble seigneur le roi , sur l'abbé et sa communauté , pour le haut crime de fidélité à leurs vœux religieux^ et sur le point d'être accordée par le haut et puissant traître James comte de Murray à son bon page de dames Roland Graeme, pour ses loyaux et fidèles services • de sous-espion , de sous-tourne-clef, à la garde de la personne de sa souveraine légitime, la reine Marie.
—«Vous vous méprenez cruellement à mon égard ; oui , Catherine , très-cruellement. Dieu sait que je défendrais cette pauvre reine au risque de ma vie ; mais que puis-je faire , que peut-on faire pour elle ?
— On peut faire assez, on peut faire beaucoup; on pourrait faire tout, si les hommes étaient tous fidèles et braves comme les Écossais du temps de Bruce et de Wallace. Oh I Roland, à quelle entreprise refusez-vous aujourd'hui votre cœur et votre bras, et cela par pure froideur ou légèreté d'esprit I
— Comment puis-je renoncer à une entreprise qui ne m'a jamais été communiquée ? La reine, ou vous, ou toute autre personne m'a-t-elle ordonné quelque chose pour son service que j'aie refusé ? Ou plutôt ne m'avez-vous pas toutes tenu aussi éloigné de vos conseils que si j'eusse été le traître le plus dangereux depuis le temps de Ganelon.
— Et qui donc aurait été donner sa confiance à l'ami, à l'élève, au compagnon de l'hérétique prédicateur Henderson? Oui, vous avez choisi un bon précepteur à la place de l'excellent père Ambroise , qui est maintenant chassé de son monastère , s'il ne languit pas môme dans une prison pour s'être opposé à la tyrannie de iMorton , au frère duquel les biens de cette noble maison Je Dieu avaient été donnés par le régent.
— Est-il possible ! s'écria le page ; l'excellent père Ambroise est-il si malheureux ?
— S'il avait appris que vous renonciez à la foi de vos pères , répondit Catherine, c'eut été un coup plus dur pour lui que tous les tourments que la tyrannie peut lui faire endurer.
— Mais pourquoi, » dit Roland très-ému, supposez-vous que... que... que je pense comme vous dites?
— Le niez-vous, répliqua Catherine; ne conviendrez-vous pas que vous avez bu le poison que vous auriez dû éloigner de vos lèvres? Nierez-vous qu'il fermente maintenant dans vos veines, s'il n'a pas encore corrompu les sources de la vie ? Nierez-vous que
VOUS avez des doutes, comme vous les appelez dans votre orgueil, touchant les points dont les papes et les conciles ont regardé comme une impiété de douter un instant ? Votre foi n'est-elle pas chancelante, si elle n'est pas déjà renversée? Ce prédicateur hérétique ne se glorifie-t-il pas de sa conquête? Cette femme hérétique, notre geôlière , ne cite-t-elle pas votre exemple aux autres ? La reine et lad y Fleming ne vous regardent-elles pas comme déchu? Ya-t-il ici quelqu'un, une seule personne exceptée, et je nommerai cette personne , quelque mauvaise opinion que vous puissiez concevoir de ma bonne volonté à votre égard ; y a-t-il quelqu'un , excepté moi , qui conserve même une lueur d'espérance que vous réaliserez ce que nous pensions autrefois de vous ? »
Notre malheureux page fut frappé de confusion en apprenant ainsi ce que l'on avait attendu de lui, et en l'apprenant de la bouche de la personne qu'il aimait le plus au monde ; car aucun objet n'avait pu bannir Catherine de sa pensée depuis leur première rencontre, et il s'était encore plus attaché à elle depuis son long séjour dans le château de Lochleven. « Je ne sais pas, répliqua-t-il enfin , ce que vous attendez ou ce que vous craignez de moi. J'ai été envoyé ici pour servir la reine Marie , et je m'acquitterai de mes devoirs à la vie, à la mort. Si quelqu'un attendait de moi des services d'un autre genre , je n'étais pas homme à les rendre. Je n'approuve ni ne désapprouve les doctrines de l'Eglise réformée. Voulez-vous que je dise toute la vérité ? il me semble que c'est la corruption du clergé catholique qui a seule attiré ce jugement sur les têtes de nos frères : et que sais-je ? ces épreuves tourneront peut-être à leur amendement. Mais pour trahir cette malheureuse reine. Dieu sait que je ne suis pas coupable de cette pensée. Eussé-je d'elle une opinion pire que celle que je m'en suis faite, comme son serviteur ou comme son sujet, je ne la trahirais pas. Que dis-je ? bien loin de la trahir, je l'aiderais dans toutes les entreprises qui tendraient à la mettre en état de se justifier aux yeux de tous.
— Assez, assez, » répondit Catherine en joignant les mains ; «( ainsi vous ne nous abandonnerez pas si l'on nous fournit les moyens de mettre notre royale maîtresse en liberté, afin qu'elle puisse soutenir la justice de sa cause contre des sujets rebelles.
— Non, belle Catherine; mais écoutez ce que lord Murray m'a dit en m'envoyant ici.
— J'écouterais plutôt ce qu'a dit le diable que les paroles d'un