CHAPITRE XXiy
— Tenez alors avec moi , Fleming, dit la reine, je ne veux pas affliger de jeunes cœurs par la vue de mes chagrins. »
Elle accompagna ces mots d'un regard de compassion qu'elle laissa tomber sur Roland et Catherine, qui restèrent seuls dans l'appartement.
Le page se trouva dans une position tant soit peu embarrassante ; car, comme le lecteur peut l'avoir éprouvé en pareille circonstance, il est très diflîcile de soutenir toute la dignité d'une personneoffenséeen présence d'une jeune fille charmante,quelque raison qu'on ait d'être fâché contre elle. Catherine Seyton , de son coté, était comme un fantôme qui, connaissant la terreur que sa présence inspire , est disposé à donner au pauvre mortel qu'il visite le temps de reprendre ses esprits et de se conformer aux grandes règles de la démonologie, en parlant le premier. Mais comme Roland ne semblait pas très-empressé de mettre à profit sa condescendance , elle fit les premiers pas et ouvrit elle-même la conversation.
« Je vous en prie , beau sire, si vous me permettez de troubler votre auguste réserve par une question aussi simple, qu'avez-vous fait de votre rosaire ?
— Il est perdu, madame, perdu depuis quelque temps,'' répondit Roland à moitié à indigné et moitié embarrassé.
«< Et puis-je aussi vous demander, monsieur, continua Catherine, pourquoi vous ne l'avez pas remplacé par un autre? J'ai presque envie, » dit-elle en tirant de sa poche un chapelet à grains d'ébène monté en or, « de vous en présenter un , et de vous l'offrir pour l'amour de moi , afin que vous vous rappeliez notre ancienne connaissance. »
Ce fut d'une voix un peu tremblante que ces paroles furent prononcées : elles firent évanouir le ressentiment de Roland, et l'amenèrent aux côtés de Catherine ; mais la jeune fille reprit à l'instant ce ton fier et hardi qui lui était familier. « Je ne vous ai pas commandé , dit-elle , de venir vous asseoir à mes côtés , car cette connaissance dont je vous parle est froide et glacée , morte et enterrée depuis long-temps.
— A Dieu ne plaise ! s'écria le page : elle est seulement endormie , et maintenant que vous désirez qu'elle se réveille, belle Catherine, croyez que ce gage de la faveur que vous me rendez.....
— Ts'on, non," dit Catherine en tirant le rosaire vers lequel Roland étendait la main en parlant 5 «j'ai changé d'idée et la réflexion
me vient : que ferait un hérétique de ces grains sacrés qui ont été bénits par le père lui-même de l'Église ? »
Roland était mal à son aise, car il voyait clairement sur quel sujet la conversation allait rouler, et il sentait qu'en tout cas elle devait être embarrassante: « Mais, objecta-t-il, c'était comme un gage de votre affection que vous me les offriez.
— Oui, beau sire; mais celte affection était accordée au iidèle sujet, au loyal et pieux catholique , à celui qui s'était solenneHement dévoué en même temps que moi à l'accomplissement d'un grand devoir -, vous le comprenez aujourd'hui, il s'agissait de servir l'Église et la reine-: c'était à une telle personne, si vous la connaissez, que mon affection était due, et non à l'associé des hérétiques, et, ce qui est pire encore, -à un futur renégat.
; — J'aurais difficilement deviné , belle demoiselle , » dit Pioîand avec indignation, « que la girouette de votre faveur tournait seulement au vent catholique, lorsque je la vois se diriger sur George Bouglas, qui, je pense, est partisan du roi et protestant.
— Ayez meilleure opinion de George Douglas, dit Catherine, que de penser....» Ici elle s'arrêta comme si elle en eût dit trop ; puis continuant : « Je vous assure, dit-elle, mon beau monsieur Roland, que vous faites beaucoup de peine à tous ceux qui vous veulent du bien.
— Leur nombre est très-petit, je pense , et leur chagrin , s'ils en ressentent, n'est pas si profond qu'il ne disparaisse en dix minutes.
.—•Ils sont plus, nombreux et ont de plus hautes pensées sur vous que vous ne semblez le croire ; mais peut-être ont-ils tort. Tous êtes le meilleur juge de votre propre conduite; et si vous préférez l'or et les terres de l'Église à l'honneur, à la loyauté et à la. foi de vos pères, pourquoi seriez-vous plus embarrassé de votre côitôcience que les autres ?
— Que le ciel m'en soit témoin, dit Roland, s'il y a quelque différence entre ma croyance et la vôtre. . . c'est-à-dire, si j'ai nourri quelques doutes sur des points de la rehgion, ils m'ont été inspirés par mon désir sincère de connaître la vérité , et suggérés par ma conscience !
. — Ah, ah ! votre conscience I votre conscience I » répéta Catherine avec une emphase ironique ; <c votre conscience est le bouc émissaire. Je réponds qu'elle est vigoureuse : elle supportera le poids d'un des meilleurs manoirs de l'abbaye de Sainte-]Marie de