CHAPITRE XXV
•degré ces qualités extérieures qui gagnent les regards et l'attention des hommes. Avez-vous considéré vos devoirs envers celte dame, envers IMarie d'Ecosse, sous leur vrai point de vue et dans leurs conséquences ?
— Je me flatte, révérend ministre , répondit Roland, de connaître assez bien les devoirs qu'un serviteur tel que moi doit remplir envers sa royale maîtresse , surtout dans une situation si déchue et si malheureuse.
— Très-bien; mais ce sontces honnêtes sentiments eux-mêmes qui peuvent, dans l'état où se trouve Marie , t'entraîner dans un grand crime et une grande trahison .
— Comment cela ? révérend ministre ; j'avcue que je ne vous comprends pas.
— Je ne vous parle pas des crimes de cette femme mal conseillée, dit le prédicateur; ce n'est point une énumération à faire entendre aux oreilles de son serviteur dévoué. Mais il sullit de dire que cette malheureuse femme a rejeté plus d'offres de grâce, plus d'espérances de gloire, qu'on n'en ait jamais fait à une princesse sur la terre; et, maintenant que son jour de prospérité est passé , elle est enfermée dans ce château sohtaire pour le bien commun du peuple d'Ecosse , et peut-être pour le salut de son ame.
— Révérend ministre , » dit Roland non sans un peu d'impatience , « je sais trop bien que mon infortunée maîtresse est emprisonnée, puisque j'ai le malheur de partager moi-môme son isolement, ce qui, pour vous parler franchement . m'ennuie à la mort.
— C'est de cela môme que je veux vous parler, » dit le chapelain avec douceur ; « mais d'abord , mon bon Roland , jetez les yeux sur l'aspect charmant de cette plaine cultivée qui s'étend devant nous. Vous voyez , où la fumée s'élève, ce village à moitié caché par les arbres , et vous savez que c'est le séjour de la paix et de l'industrie. D'espace en espace, vous voyez, sur les bords de la rivière qui le traverse, les tours grisâtres des barons , séparées par des chaumières , et vous savez qu'eux aussi vivent en paix dans leur ménage; la lance est suspendue à la muraille et l'épée reste dans le fourreau. Vous voyez aussi plus d'une belle église où l'eau pure de la vie est offerte à la soif , et où la faim trouve une nourriture spirituelle. Que mériterait celui qui promènerait leferetlallamme dans une contrée si belle et si heureuse, qu forcerait les gentilshommes à tirer leurs épées et à les tourner leij
uns contre les autres, qui incendierait la chaumière et la tour, et qui éteindrait leurs charbons fumants avec le sang de ceux qui les habitent? que mériterait celui qui relèverait cet ancien Dagon* de la superstition que les saints du siècle ont brisé, et qui transformerait les églises du Seigneur en ces lieux hauts où l'on sacrifie à Baal 2 !
— Vous venez de tracer un effrayant tableau , révérend ministre ; cependant je ne devine pas qui vous pouvez accuser du projet d'effectuer un changement aussi horrible.
— Dieu me préserve de te dire que tu es cet homme ; et cependant , Roland Graeme , fais-y bien attention , si tu as des devoirs à remplir envers ta maîtresse, la paix de l'Ecosse et la prospérité de ses habitants t'imposent des devoirs plus importants encore ; songe à t'en acquitter; sinon Roland^ tu peux être l'homme sur la tôte duquel retomberont les malédictions et les châtiments dus aux crimes dont je t'ai offert le tableau. Si tu te laisses gagner par le chant de ces sirènes et que tu aides à faire évader cette malheureuse femme de ce lieu de pénitence et de sûreté , c'en est fait de la paix pour les chaumières de l'Ecosse;, de la prospérité pour ses palais, et l'enfant à naître maudira un jour le nom de l'homme , premier auteur des maux que doit amener une guerre entre la mère et le fils.
— Je ne connais pas un tel projet , révérend ministre , et ainsi je n'y puis apporter aucun remède. Mon devoir auprès de la reine Marie n'est que celui d'un serviteur, et c'est une tâche dont j'aurais bien voulu parfois être déHvré; néanmoins...
— C'est pour vous préparer à jouir d'un accroissement de liberté, mon fils, que je me suis efforcé de graver dans votre esprit toute la responsabilité qui vous accompagne dans l'exercice de vos fonctions. George Douglas a dit à lady Lochleven que vous étiez fatigué de ce service; et comme votre congé ne peut vous être accordé, mon intercession a presque déterminé la bonne dame à vous employer à quelques commissions au dehors , commissions qui jusqu'ici avaient été remises à des personnes de confiance.
1 Z>rtgora était une idole ircs-revérée des Philistins. Ce mot, en hébreu, signifie poisson : et en effet celle fausse divinité' avait par le bas du corps la forme d'un dauphin. A. m.
2 Baal, divinité' fameuse chez les Babyloniens. Son nom, en chalde'en, signifie seigneur. Ses temples étaient bâtis sur des lieux hauts, c'esl-à-dire sur le sommet des monlas-nes. a. m.