‹ L'abbéChapitre 158 sur 250 · CHAPITRE XXV. 28S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. 28S

<î'est pourquoi, venez avec moi chez lady Lochleven, car vous allez avoir à remplir aujourd'hui même un message de cette nature.

— Je vous prie de m'excuser, révérend ministre, » dit le page qui sentait qu'une augmentation de confiance de la part de la maîtresse du château et de ses habitants rendrait sa position doublement embarrassante sous le point de vue moral; « un seul homme ne peut servir deux maîtres, et je crains que ma maîtresse ne me sache pas bon gré de recevoir d'autres ordres que les siens.

— Ne craignez pas cela , on demandera et on obtiendra son consentement. Je crains qu'elle n'adhère trop aisément à un arrangement pareil , dans l'espoir de se servir de vous comme d'un agent pour entretenir une correspondance avec ses prétendus amis , qui feraient de son nom le mot d'ordre de la guerre civile.

— Et ainsi , je serai exposé aux soupçons des deux côtés ; car ma maîtresse me considérera comme un espion placé près d'elle par ses ennemis , me voyant investi de leur confiance ; et lady Lochleven ne cessera jamais de croire à la possibilité d'une trahison de ma part, parce que cette trahison sera devenue possible. Non, je préfère rester comme je suis. » Il y eut ici un silence d'une ou deux minutes, durant lesquelles Henderson regarda fixement Roland, comme pour découvrir si cette réponse n'avait pas un sens que n'indiquaient point explicitement ses paroles. Il ne pénétra rien ; car Roland page depuis son enfance , savait prendre à propos un air triste et rêveur bien propre à cacher ses émotions intérieures.

— Je ne vous comprends pas, Roland, ou plutôt vos idées , sur ce sujet , sont plus profondes qu'il ne convient à votre humeur habituelle. Il me semblait que le plaisir d'aller de l'autre côté du lac avec un arc, un fusil ou une ligne , aurait fait taire en vous tout autre sentiment.

— Sans doute, » répondit R.oland qui s'aperçut combien il serait dangereux que les soupçons d'Henderson prissent plus de consistance ; « je n'aurais songé qu'au fusil ou à la rame et à ces oiseaux sauvages que j'ai tant envie de poursuivre dans les joncs où ils se réfugient hors la portée de mon fusil , si vous ne m'aviez pas dit qu'en allant sur la terre ferme , je pouvais faire brûler le bourg et le château , et causer ainsi la chute de l'Évangile et le rétablissement de la messe.

— Suivez-moi donc, dit Henderson , et nous irons parler à lady Lochleven. »

Ils la trouvèrent à déjeuner avec son petit-fils George Douglas. « Que la paix soit avec Votre Seigneurie ! » dit le chapelain en saluant sa maîtresse^ « Roland Grœme attend vos ordres.

— Jeune homme , dit lady Lochleven , notre chapelain nous a répondu de ta fidélité, et nous avons résolu de te donner quelques^ commissions à faire pour nous dans notre bourg de Kinross.

-- Non par mon avis, » ajouta froidement Douglas.

<( Je n'ai pas dit que ce fût par votre avis , » répondit la dame avec quelque aigreur. « La mère de votre père est assez âgée , je pense , pour pouvoir juger ce qu'elle doit faire dans une circonstance aussi simple. Roland , tu prendras l'esquif et deux de mes gens que Dryfesdale ou Randal désignera, et tu iras chercher plusieurs paquets de vaisselle et de tapisserie qui ont dû arriver cette nuit à Kinross par les chariots d'Edimbourg.

— Vous donnerez ce paquet , dit George Douglas , à un de nos domestiques qui l'attend et que vous trouverez à Kinross. C'est le rapport que j'envoie à mon père, » ajouta-t-il en regardant sa grand'mère , oui marqua son consentement par un signe de tète.

<( J'ai déjà annonec à maître Henderson, objecta Roland Graeme, que , comme mon devoir m'attache au service de la reine, il faut obtenir la permission de Sa Grâce pour mon voyage , avant que je puisse me charger de votre commission.

~ Informez-vous de cela, mon fils, dit la vieille dame, les scrupules de ce jeune homme sont honorables.

~ Je vous demande pardon , madame , je n'ai point l'envie de me présenter devant elle si matin, » répliqua Douglas avec indifférence : « cela pourrait lui déplaire , et je n'en serais nullement fiatté.

~ Et moi , ajouta lady Lochleven , quoique son caractère se soit adouci , je n'irai point sans nécessité m'exposer à ses sarcasmes.

— Avec votre permission , madame , dit le chapelain^, j'irai présenter votre requête à la reine. Durant mon long séjour dans cette maison, elle n'a pas daigné me voir en particulier , ou prêter l'oreille à mes instructions ; et cependant , j'en atteste le ciel , l'amour de son ame et le désir de la faire entrer dans la bonne voie ont été mon principal but en venant ici.

— Prenez garde , maître Henderson , » reprit Douglas d'un ton qui semblait presque railleur, « de vous engager témérairement

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