CHAPITRE XXVII. 5H
des hérétiques , vous la laissez glisser hors de votre sein comme de l'eau que vous tiendriez dans la main. Si vous abandonnez la foi de vos pères par la crainte que vous inspire un traître, n'est-ce pas montrer le caractère d'une femme ? Si vous vous laissez cajoler par les arguments artificieux d'un proneur d'hérésie, ou par les louanges d'une vieille puritaine , n'est-ce pas montrer encore le caractère d'une femme ? A'ous vous étonnez de m'entendre proférer une menace, une imprécation : ne devriez-vous pas être plutôt étonné de vous-même, de vous, qui, tout en prétendant à un nom honorable et en aspirant à la chevalerie, pouvez être, dans le môme temps , lâche , insensé et égoïste ?
— Je voudrais qu'un homme m'adressât un tel reproche, dit le page, il verrait , avant qu'une minute se fût écoulée, s'il pourrait me traiter de lâche impunément.
— Soyez économe de ces grands mots, répliqua la jeune fille ; vous me disiez tout à l'heure que je portais quelquefois des hautsde-chausses et un pourpoint.
— Mais restez encore, Catherine Seyton, et portez ce qu'il vous plaira, » reprit le page en cherchant à reprendre sa main.
« Il vous plaît de me nommer ainsi , répondit la jeune fille en cherchant à l'éviter; « mais j'ai bien plus d'un autre nom.
— Et ne voulez-vous pas répondre , dit le page, à celui de ces noms qui vous élève au-dessus de toutes les jeunes filles de l'Ecosse ? »
La demoiselle, sans se laisser entraîner par ses louanges, se tenait toujours éloignée, et chantait gaiement un couplet d'une vieille ballade :
D.i nom de Jacques on m'appelle , Et- je réponds au nom de Giil :
Mais vers IIoly-Rood , à ma belle , Chacun me nomme Tf'dful Jï'ill '.
« fVilful irill l » s'écria le page avec impatience, « dites plutôt ïf^ill o'the ivisp, ou Jack icith the lantern 2; car on ne vit jamais météore plus errant et plus trompeur que vous.
i f F m est Tabreviation de Guillaume, et inijul //'«ZZ signifie Guillaume rEnlête'. a. m.
2 Guillaume au bouchon de paille , Jacques à la lanterne, ces deux exprès sioRs s'emploieûL indifféremment pour désigner les feux follets, a, m.
— Si je suis telle, reprit la demoiselle , je n'engage pas les fous à me suivre; s'il le font, c'est de leur propre volonté, et à leur propre péril-
— Allons, ma chère Catherine^ soyez sérieuse un seul instant.
— Si vous voulez me nommer votre chère Catherine , qualid je vous ai donné à choisir parmi tant d'autres noms, je vous demanderai comment , en me supposant échappée de cette tour pour deux ou trois heures de ma vie , vous pouvez avoir la cruauté d'exiger que je sois sérieuse pendant les seuls moments favorables à la gaieté que j'aie eus depuis bien des mois.
— Oui ; mais , belle Catherine , il est des moments de sentiments vrais et sincères qui valent dix mille années de la plus grande gaieté; et tel était celui d'hier quand vous étiez si près de...
— Si près de quoi ? » demanda la demoiselle avec empressement.
« Quand vous approchâtes vos lèvres si près du signe que vous aviez tracé sur mon front.
— Mère du ciel ! » s'écria la virago d'un ton mâle et courroucé, <> Catherine Seyton approcher ses lèvres du front d'un homme , et toi cet homme ! Vassal , tu ments ! »
Le page resta étonné ; mais, concevant qu'il avait effarouché la délicatesse de miss Seyton en faisant allusion à l'enthousiasme d'un moment , et à la manière dont elle l'avait exprimé , il s'efforça de balbutier une excuse. Quoiqu'il ne pût lui donner une tournure régulière , sa compagne s'en contenta ; au fait elle avait réprimé son indignation après le premier éclat. «N'en parlons plus, dit-elle , et séparons-nous ; notre entretien peut attirer plus de remarques qu'il ne conviendrait pour l'un ou pour l'autre.
— Eh bien I permettez que je vous accompagne dans quelque lieu écarté.
— Vous ne l'oseriez pas.
— Comment ! je n'oserais pas ? où osez-vous aller, pour que je n'ose vous y suivre ?
— Vous craignez un feu follet ; comment oseriez-vous envisager un fier dragon monté par une enchanteresse ?
— Je le braverais comme un vrai chevalier errant ; comme sir Éger, sir Grime , ou sir Greystel ; mais peut-on voir ici de tels prodiges ?
— Je vais chez la mère Nicneven, reprit la demoiselle; et elle est assez sorcière pour monter à cheval sur le diable cornu ;, ter