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CHAPITRE XXVII

geois, qui n'avaient jamais rien vu de semblable, il saisit le moment où il cédait la pelouse à un autre couple pour user du privilège d'un danseur, et lier conversation avec la villageoise mystérieuse qu'il tenait encore par la main. «Belle compagne, me sera-t-il permis de demander le nom de celle qui m'a accordé cette grâce ?

— Vous pouvez le demander, répliqua la demoiselle, mais il reste à savoir si je vous répondrai.

— Et pourquoi? demanda Roland.

— Parce que personne ne donne quelque chose pour rien... et que vous ne pouvez rien me répondre d'intéressant en retour.

— Ne pourrais-je vous dire mon nom et mon lignage en échange du vôtre ?

— Non, car vous ne savez pas grand'chose ni de l'un ni de l'autre.

— Comment!» s'écria le page d'un ton courroucé.

« Ne vous mettez pas en colère pour cela, dit la demoiselle ; je vais vous prouver en un instant que je vous connais mieux que vous-même.

— En vérité ! pour qui donc me prenez- vous ?

— Pour le fauc(m sauvage qu'un chien apporta dans sa gueule à un certain château, tandis qu'il était encore sans plume ; pour l'épervier que l'homme n'ose pas encore lâcher, dans la crainte qu'il ne manque le gibier pour fondre sur la charogne, et que l'on est obligé de tenir chaperonné jusqu'à ce que ses yeux soient en état de recevoir la lumière et de discerner la proie sur laquelle il doit fondre.

— Eh bien I soit. Je devine une partie de votre parabole, belle demoiselle ; mais peut-être en sais-je autant sur vous que vous en savez sur moi, et je puis fort bien me passer des renseignements dont vous êtes si avare.

-- Prouvez-le, et je vous reconnaîtrai plus de pénétration que je ne vous en ai cru jusqu'ici.

— Je vous le prouverai sur l'heure ; la première lettre de votre nom est une S, et la dernière est une N.

— Admirable ! poursuivez.

— Il vous plaît aujourd'hui de porter la jupe et le bandeau , et peut-être vous verra-t-on demain en chapeau à plume, en hauts-de-chausses et en pourpoint.

— Bien deviné ! vous avez touché le but, » dit la demoiselle en

réprimant une grande envie de rire.

« Yous enlevez tous les regards ainsi que tous les cœurs. » l'abbé. 20

310 L'ACBÉ.

Roland prononça les derniers mots de celte phrase d'un ton bas et tendre ; mais , à son grand déplaisir et à sa grande mortification, loin d'apaiser l'envie de rire qui s'était emparée de sa compagne, il ne fit que l'augmenter. Elle pouvait à peine se modérer, lorsqu'elle lui répondit : -' Si vous trouvez cette main si dangereuse , pourquoi donc la serrer si fort ? » et elle la dégageait de la sienne. « Mais je vois que vous me connaissez si bien qu'il est inutile de vous faire voir mon visage.

— Belle Catherine , dit le page , il serait indigne de votre vue celui qui, ayant demeuré si long-temps sous le même toit et servi la même maîtresse que vous, pourrait se méprendre sur votre air, votre maintien , votre démarche , votie danse , le contour de votre cou, la symétrie de votre taille. Nul ne pourrait être assez stupide pour ne pas vous reconnaître à tant de marques ; mais, quant à moi , j'aurais deviné qui vous êtes, rien qu'à cette tresse de cheveux qui s'échappe de votre voile.

— Et au visage que ce voile couvre? » dit la demoiselle en dérangeant son voile et en cherchant à le replacer au même instant. Elle fit voir en effet les traits de Catherine ; mais ils étaient animés par un degré extraordinaire d'impatience pétulante causée par la difiiculté qu'elle éprouvait à replacer le voile avec cette dextérité qui était un des premiers talents des coquettes de l'époque.

« Que le diable emporte le chifTon ! » dit la demoiselle en le voyant voltiger sur ses épaules ; son ton était si ferme et si décidé que le page en tressaillit. Il l'envisagea encore , mais ses yeux ne pouvaient rien lui apprendre de plus. Il l'aida à remettre son voile, et tous deux gardèrent un instant le silence; la demoiselle fut la première à le rompre, car Roland Grœme ne revenait pas de la surprise que lui causaient les contradictions qu'il remarquait dans le caractère et la personne de Catherine Seyton.

«Tous êtes surpris, lui dit.la demoiselle, de ce que vous voyez et de ce que vous entendez ; mais les temps qui changent les femmes en hommes ne sont nullement ceux où il convient aux hommes de se métamorphoser en femmes ; cependant vous êtes en danger d'éprouver un pareil changement.

— Moi? s'écria le page.

— Oui, vous, malgré toute la hardiesse de votre réponse. Quand vous devriez tenir fermement à votre religion, parce qu'elle est attaquée de tous côtés par des rebelles, des traîtres et

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