‹ L'abbéChapitre 182 sur 250 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

est erronée. Je servirai cette pauvre reine comme un sujet servirait une souveraine injuriée et captive. Ceux qui m'ont placé à son service sont blâmables : ils m'ont envoyé ici, moi, gentilhomme élevé dans les voies de l'honneur et de la loyauté , quand ils auraient dû envoyer quelque valet à double face, soumis et cajoleur, qui aurait été le page respectueux de la reine et l'espion soumis de ses ennemis. Puisque je n'ai de choix qu'entre l'aider ou la trahir, j'en déciderai ainsi qu'il convient à son serviteur et à son sujet. Mais Catherine Seyton ! Catherine Seyton aimée de Douglas et me rapprochant ou m'éloignant selon son bon plaisir et son caprice I comment me comporterai-je envers cette coquette? De par le ciel ? à la première occasion il faudra qu'elle me rende compte de sa conduite, ou je romps avec elle pour toujours."

Tout en prenant cette résolution intrépide, il traversait la barrière qui conduisait hors du petit clos; il y rencontra presque aussitôt le docteur Luc Lundin.

«Ahl mon très-excellent jeune ami, dit le docteur, d'où venezvous? mais je vois... oui, le jardin du voisin Blinkhoolie est un rendez-vous agréable , et vous êtes d'un âge où les jeunes gens regardent une jeune fille d'un œil, et une prune friande de l'autre. Mais quoi? vous avez l'air triste et mélancolique : je crains que la jeune fille n'ait été cruelle ou les prunes peu mûres ; et au fait, je crois que les prunes de Damas du voisin Blinkhoolie ont pu difficilement se conserver pendant l'hiver... Il épargne le sirop dans ses confitures. Mais courage, jeune homme, il y a plus d'une Catherine dans Kinross; et quant au fruit vert, un doigt de ma double fiqueur distillée , aqua mirabilis... probatum est.»

Le page jeta un regard courroucé sur le médecin facétieux ; mais se rappelant aussitôt que le nom de Catherine, qui avait occasioné son déplaisir, n'était sûrement introduit que parce qu'il sonnait mieux qu'un autre , il réprima son courroux , et se contenta de demander si l'on avait eu des nouveUes du charretier.

«Comment! voilà une heure que je vous cherche pour vous dire que tout est dans votre bateau et qu'on attend votre loisir. Auchtermuchty était seulement resté en compagnie d'un fripon paresseux comme lui , avec une mesure d'aqua vitœ entre eux deux. Yos bateliers se reposent sur leurs rames , et l'on a déjà fait deux signaux de la tourelle de garde pour indiquer qu'on est impatient de vous revoir au château. Cependant vous avez encore le temps de prendre un léger repas, et, en quaUté d'ami et de

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médecin , je ne trouve pas convenable que vous vous exposiez à l'air du lac sans avoir l'estomac garni. »

Roland Graîme ne songeait qu'à retourner, avec toute la vitesse dont il se sentait capable , à l'endroit où son bateau était amarré sur le rivage : il résista donc à toutes les offres que lui fit le docleur de prendre quelque nourriture, bien que celui-ci promît de préluder à la collation par un apéritif très-bienfaisant , à savoir? une décoction d'herbes qu'il avait cueillies et distillées lui-môme. Au fait, comme Roland n'avait pas oublié le petit coup du matin , il est possible que ce souvenir l'engageât à refuser fermement toute nourriture, quand il fallait la faire précéder d'une chose si peu agréable au palais. Comme ils se rendaient ta la barque , car la politesse cérémonieuse du digne chambellan n'aurait pas permis au page de s'y transporter sans suite , Roland Graeme crut apercevoir le vêtement de Catherine Seyton parmi un groupe assemblé autour de quelques musiciens ambulants. Il se débarrassa de son compagnon, et d'un seul saut il arriva au milieu de la foule et à côté de la demoiselle. « Catherine, » dit-il tout bas, « est-il convenable que vous soyez encore ici?... Ne voulez-vous pas rentrer au château ?

— Allez au diable avec vos Catherine et vos châteaux I » répondit la jeune fille d'un ton irrité; «n'avez-vous pas encore eu le temps de vous débarrasser de votre folie ? Retirez-vous ! je ne désire pas votre compagnie , et il y aurait quelque danger à m'accompagner.

— Eh bien!... mais s'il y a du danger, belle Catherine, reprit Roland , pourquoi ne voulez-vous pas me permettre de rester avec vous pour le partager?

— Sot intrus , répliqua la jeune fille, tout le danger est de ton côté.... Pour parler plus clairement, tu cours grand risque que je te ferme la bouche avec le manche de mon poignard.»

En disant ces mots, elle se détourna de lui avec hauteur, et perça la foule, qui céda tout étonnée à la vivacité masculine avec laquelle elle s'ouvrit un passage.

Au moment où Roland, quoique fort irrité , se préparait à la suivre, il se sentit saisir de l'autre côté par le docteur Luc Lundin qui lui rappela le bateau chargé, les deux signaux qu'on avait faits sur la tour, le danger de s'exposer à Tair froid avec un estomac vide, et enfin la folie de passer son temps à courir après des Jeunes filles revôches et des prunes encore vertes. Roland se vit

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