CHAPITRE XXX
PROJETS d'Évasion découverts.
Il esl des cœurs où la colère reste concfnlre'c et paisililc , comme le salpêtre sous la voiiie d'un château.jusqu'à ce que roccasion, semblable à un boutefeu, \ienne rallumer. Alors éclatent tout à coup Te'clair et le tonnerre, et lis e'clios lointains annoncent que tout est rompu. ylncienne comédie.
Roland Grœme prolifa d'une brèche dans le couvert de houx ; et, à la clarté de la lune, qui venait de se lever , il fut tout à fait à même de reconnaître, sans être vu, l'attitude et les mouvements de ceux par qui son repos avait été dérangé de cette manière inattendue. Ses observations confirmèrent ses craintes jalouses. Deux individus étaient debout à" côté l'un de l'autre, et tenaient une conversation mystérieuse à quelques pas de sa retraite. Il reconnut facilement la haute taille et la voix forte de Douglas, ainsi que le costume et le ton non moins remarquable du page de l'hôtellerie de Saint- Michel.
« J'ai étéjusqu'à l'appartement du page, dit Douglas; mais il n'y est pas, ou il ne veut pas répondre. La porte est bien fermée en dedans comme d'habitude , et nous ne pouvons y pénétrer. . .Ce que signifie son silence , je n'en sais rien.
— Yousvous êtes trop fié à lui, répliqua l'autre; c'est un faquin à tète légère , dont l'esprit changeant et la cervelle exaltée ne peuvent garder aucune impression.
— Ce n'était pas moi qui voulais me fier à lui , dit Douglas; mais on m'avait assuré qu'il se déclarerait notre ami quand on s'adressait à lui ; car... » Ici , il parla si bas que Roland perdit totalement les paroles, il en était d'autant plus contrarié qu'il s'agissait à coup sûr de lui.
« Bah ! reprit l'étranger d'une voix plus haute , « de mon côté, 3'ai tenté de lui en imposer par de ces belles paroles qui trompent les sots ,• mais maintenant, si vous vous méfiez de lui au moment de l'exécution , servez-vous de votre poignard et faites-nous un passage.
— Cela serait trop violent, répondit Douglas; et d'ailleurs, ainsi que je vous l'ai dit, la porte de son appartement est fermée et verrouillée. Je vais encore essayer de l'éveiller. »
Gramme comprit aussitôt que les dames , s'étant aperçues qu'il était dans le jardin , avaient fermé la porte de la chambre extérieure dans la quelle il couchait ordinairement, faisant en quelque sorte sentinelle, puisqu'il n'y avait que ce seul accès pour arriver aux appartements de la reine. Mais alors comment se faisait-il que Catherine Seyton fût dehors , si la reine et l'autre dame étaient dans leurs chambres , et l'entrée fermée au verroux? « Il faut que j'approfondisse à l'instant ce mystère , dit-il, et alors je remercierai miss Catherine, si c'est réellement elle^ de l'usage aimable qu'elle exhortait Douglas à faire de son poignard. Il paraît qu'ils me cherchent, et ils ne me chercheront pas en vain. »
A ce moment Douglas était rentré dans le château par le guichet qui maintenant se trouvait ouvert. L'étranger était seul dans l'allée , les bras croisés sur sa poitrine , et ses yeux , portés impatiemment vers la lune , semblaient l'accuser de le trahir par l'éclat de sa lumière.
En un instant Roland Graeme se trouva devant lui. « Voilà une belle nuit, dit-il, miss Catherine, pour une demoiselle qui se promène déguisée et qui rencontre des hommes dans un verger.
— Silence I dit le page étranger; silence, stupide étourneau ; et dis-nous en un mot si tu es ami ou ennemi .
— Comment serrai-je l'ami d'une personne qui me trompe par de belles paroles,et qui voudrait queDouglas se servîtde son poignard?
—Que l'esprit infernal emporte George de Douglas et toi aussi, étourdi, éternel brouillon ! nous serons découverts, et alors la mort nouis attend.
— Catherine, vous avez usé envers moi de fourberie et de cruauté , et le moment d'une explication est arrivé -, elle ne m'échappera pas ni à vous non plus.
— Insensé I je ne suis ni Catin ni Catherine. La lune brille assez en ce moment pour reconnaître le cerf de la biche,
— Cette défaite ne vous servira de rien , belle maîtresse , >> dit le page en saisissant le pan du manteau de l'étranger; cette fois, au moins , je veux savoir à qui j'ai affaire.
~ « Laissez-moi, dit l'étranger en cherchant à se débarrasser des mains deRoland,et d'un ton où la colère semblaitlutteravecl'envie de rire : Auriez- vous si peu de respect pour la fille des Seyton ? »