‹ L'abbéChapitre 186 sur 250 · CHAPITRE XXIX. 33S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. 33S

moyen était de porter ses yeux vers la tour, et d'épier la lumière vacillante qui partait de la croisée de l'appartement de Catherine Seyton : elle disparaissait chaque fois que la l)elle habitante passait entre la lampe et la croisée. Enfin on enleva la lumière ou on réteignit, et notre amant perdit encore ce sujet de méditation. Oserais-je avouer le fait sans nuire à son caractère, en qualité de héros de roman? Ses yeux s'appesantirent graduellement; ses doutes spéculatifs sur des points de controverse religieuse , et les conjectures inquiétantes qu'il formait sur l'amour de sa maîtresse, se mêlèrent confusément dans ses rêveries : les fatigues d'une journée active l'emportèrent enfin sur ces réflexions pénibles, et il s'endormit profondément.

Son sommeil fut tranquille jusqu'à ce que tout à coup il fut interrompu par la langue de fer de la cloche du château : le son lugubre et prolongé s'étendait sur le lac , et éveillait les échos de Bennarty, nom de la colline qui descend rapidement sur la rive du sud. Roland se leva en sursaut , car on sonnait toujours cette cloche à dix heures : c'était le signal pour fermer les portes du château et remettre les clefs au sénéchal. Il se hâta de se rendre au guichet au moyen duquel le jardin communiquait avec le château , et il eut la mortification , au moment même où il y arrivait, d'entendre le verrou glisser sur ses crampons en criant aigrement , et entrer dans la gâche en pierre du châssis de la porte.

« Arrêtez, arrêtez, s'écria le page, et laissez-moi entrer avant de fermer le guichet. »

La voix de Dryfesdale répondit avec son ton ordinaire de dureté amère : « L'heure est passée, mon beau maître... Tous n'aimez pas l'intérieur de ces murs... faites un congé complet, et passez la nuit dehors comme vous y avez passé le jour.

— Ouvre la porte , » s'écria le page indigné , « ou , de par saint Gilles , ta chaîne d'or ne te défendra point de ma colère !

— Ne fais pas d'éclat ici , » reprit l'imperturbable Dryfesdale, « mais garde tes imprécations criminelles et tes sottes menaces pour ceux qui y ont égard... Je fais mon devoir et je vais porter les clefs au sénéchal... Adieu, mon jeune maître, l'air de la nuit rafraîchira votre sang. »

L'intendant avait raison : il ne fallait rien moins que l'influence des brises du soir pour apaiser l'accès de fureur qu'éprouva Roland, et le remède fut quelque temps avant d'opérer. Enfin, après quelques tours faits d'un pas rapide dans le jardin, en épuisant

sa colère par des vœux inutiles de vengeance , Roland Grseme commençait à sentir que sa situation était plutôt risible que chagrinante : pour un chasseur , achever une nuit en plein air était peu fatigant, et la malice puérile de l'intendant était plutôt digne de son mépris que de sa colère. « Plaise à Dieu , dit-il , que le vieux rechigné se soit toujours contenté d'une vengeance aussi douce! Il al'air capable parfois de nous jouer des tours plus noirs. » Sur cetle réflexion , le page retourna au banc de gazon qu'il avait déjà occupé et qui était en partie abrité par une haie de houx rerts . Il s'enveloppa dans son manteau , s'étendit sur la verdure , et tâcha de retrouver le sommeil que la cloche du château avait interrompu si mal à propos.

Le sommeil , comme tous les autres biens terrestres , est avare de ses faveurs quand on les courtise. Plus Roland l'invoquait, plus il fuyait ses paupières. Il avait été complètement réveillé d'abord par le son de la cloche , ensuite par l'emportement de son caractère. Enfin, quand son esprit se fut bien épuisé dans des méditations désagréables , il réussit à se plonger dans cet état de torpeur qui n'est ni le repos ni la veille : mais il en fut encore tiré par la voix de deux personnes qui se promenaient dans le jardin. Après que \qcy conversation se fut mêlée pendant quelque temps aux rêves du page , elles finirent par l'éveiller totalement. Il se souleva doucement et s'assit sur le banc qui lui servait de ht, étonné d'entendre deux personnes s'entretenir à cette heure avancée sous les murs du château bien gardé de Lochleven. Sa première pensée se dirigea sur des êtres surnaturels ; sa seconde , sur quelque tentative de la part des amis de la reine Marie; sa dernière enfin , sur George de Douglas, qui , possédant les clefs, sortant et rentrant à volonté, pouvait profiter de ces droits de sa charge pour donner un rendez-vous à Catherine Seyton dans le jardin du château. Cette opinion fut confirmée par le son de la voix qui demanda bien bas si tout était prêt.

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