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CHAPITRE XXX. 54 ï

approchent! 0 ancienne maison de Lochleven , si long- temps renommée par ta noblesse et ton honneur, maudit soit le jour qui amena la tentatrice dans tes murs !

— Ne parlez pas ainsi , madame , reprit son petit-fils ; l'ancien honneur de la lignée des Douglas n'en sera que plus brillant, quand un de ses descendants aura consenti à mourir pour la plus outragée des reines , pour la plus adorable des femmes.

— Douglas , dit Marie, faut-il en ce moment, oui, en ce moment même , quand je vais perdre à jamais un fidèle sujet , que je te reproche d'oublier ce qui m'est dû comme reine ?

— Malheureux enfant I » reprit avec égarement la dame de Lochleven , « es-tu donc tombé à ce point dans les pièges de cette femme de Moab? As-tu échangé ton nom, ta fidélité, ton serment de chevalier , ton devoir envers tes parents , ton pays et ton Dieu, pour une larme feinte, un faible sourire des lèvres qui ont flatté ledébile François, conduit à la mort l'idiot Darnley, lu des poésies tendres avec le miguon Chastelar , murmuré les lais d'amour , qu'accompagnait le mendiant Rizzio , et qui se sont jointes avec transporta celles de l'infâme et odieux Bothwell.

— Ne blasphémez pas, madame ! dit Douglas, et vous , belle reine , et aussi vertueuse que belle , ne traitez point avec trop de sévérité en un pareil moment la présomption de votre vassal ! Ne croyez pas que le simple dévouement d'un sujet m'ait porté à l'action que j'ai faite : vous méritez bien que chacun de vos serviteurs meure pour vous -, mais j'ai fait plus^ : j'ai fait ce à quoi l'amour seul pouvait conduire un Douglas; j'ai dissimulé. Adieu donc, reine de tous les cœurs , et souveraine du cœur de Douglas ! Quand ce vil esclavage cessera de peser sur vous, car vous serez libre un jour s'il existe une justice au ciel, quand vous chargerez d'honneurs et de titres l'heureux mortel qui vous aura délivrée , accordez alors une pensée à celui dont le cœur aurait méprisé toute récompense pour le bonheur de baiser votre main ; donnez un seul soupir à sa fidélité , et versez une larme sur sa tombe ! . . . » Et, se jetant à ses pieds, il saisit sa main et la porta contre ses

.lèvres.

« Et ceci devant mes yeux î dit la dame de Lochleven ^ oses-tu courtiser ton adultère maîtresse sous les yeux même d'une mère? Qu'on les sép?.re, et qu'on mette ce jeune insensé sous une garde sévère! Saisissez-le, sur votre vie! » ajouta-t-elle envoyant que ses serviteurs se regardaient d'un air indécis.

« Ils hésitent I dit 3Iarie,| sauve-toi , Douglas, je te l'ordonne I » A ces mots, il se releva, et, s'écriant : « 3Ia vie ou ma mort vous appartiennent I « il tira son épée, et se fit jour à travers les domestiques qui étaient entre lui et la porte. Son mouvement fut trop subit et trop vigoureux, pour qu'on pût y me!tre obstacle sans recourir à la violence ; et comme il était à la fois aimé et redouté des vassaux de son père, nul d'entre eux n'osa lui faire de mal, La dame deLochleven restait stupéfaite de cette fuite soudaine: « Suis-je donc entourée de traîtres ? s'écria-t-elle ; poursuivez le scélérat ! qu'on l'atteigne ! qu'on le poignarde ! qu'on le tue !

— Il ne peut quitter l'île , madame , objecta Dryfesdale-, j'ai la clef de la chaîne du bateau. »

Mais deux ou trois voix de ceux qui poursuivaient le fugitif , soit par curiosité ou pour obéir à leur maîtresse, s'écrièrent d'en bas qu'il s'était précipité dans le lac.

« Brave Douglas! s'écria la reine, ô libre et noble cœur qui préfères la mort à la captivité !

— Feu sur lui ! dit la dame de Lochleven ; s'il est ici un vrai serviteur de son père , qu'il donne la mort au fuyard , et que le lac ensevelisse notre honte. »

On entendit le bruit d'un ou deux coups de fusil qu'on avait tirés plutôt pour avoir l'air d'obéir à la dame , que pour atteindre le but indiqué ; et Randal , rentrant aussitôt , dit que M. George avait été recueilli par une barque qui se trouvait à peu de distance.

« Montez un esquif, et poursuivez-les, dit la dame.

— Ce serait tout à fait inutile , répliqua Randal ; ils sont à présent à moitié chemin de la rive , et la lune est cachée dans un nuage.

— Et le traître est échappé ! » s'écria la dame en portant ses mains à son front avec un geste de désespoir^ « l'honneurde notre maison est perdu à jamais, et tous seront accusés de complicité dans cette vile trahison !

— Dame de Lochleven , » dit Marie en s'avançant vers elle , *<■ cette nuit même, vous avez anéanti mes plus belles espérances, vous avez changé en esclavage la liberté sur laquelle je comptais, et jeté loin de moi la coupe du bonheur , à l'instant où je croyais l'approcher de mes lèvres-, et cependant j'éprouve pour votre douleur la pitié que vous refusez à la mienne : ce serait avec joie que je vous consolerais, s'il était en mon pouvoir; mais je voudrais au moins vous quitter en chrétienne.

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