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CHAPITRE III

sais, il aurait été assujetti suivant l'usage rigoureux de ces tempslà. D'ailleurs l'intendant, ou le majordone, tel était le titre pompeux que s'arrogeait le chef des domestiques de chaque petit baron , ne crut pas à propos de prendre parti contre le favori de la dame Avenel , surtout parce que c'était elle qui avait apporté ce domaine dans la famille. Maître Jasper Wingate était un homme versé, comme il s'en vantait souvent, dans la connaissance de ce qui se passait au sein des grandes maisons , et savait diriger sa barque , même contre vent et marée.

Ce prudent personnage fermait les yeux sur beaucoup de choses, et évitait de fournir à Roland Grœme l'occasion de lui désobéir : dans ce but il n'exigeait rien du jeune page au-delà de ce que celui-ci paraissait disposé à faire de lui-môme. Il conjecturait avec raison que , si petite que fût la part du jeune homme à la faveur du chevalier d'Avenel, cependant porter des plaintes contre lui serait se mal faire venir de la maîtresse , sans se concilier les bonnes grâces du maître. Agissant d'après ces considérations prudentes , et non sans consulter ses aises et ses convenances , il en montra à l'enfant autant , et seulement autant que celui-ci voulut hien en apprendre , admettant volontiers toute raison qu'il plaisait à son élève de donner pour excuser sa paresse ou sa négligence. Comme les autres personnes du château qui étaient chargées de l'instruction du jeune page imitaient la prudente conduite du majordone, on n'exerçait qu'une bien légère surveillance sur Roland Gramme , par conséquent ; et celui-ci acquérait en somme les connaissances qu'un esprit actif et l'ennui d'une oisiveté absolue lui faisaient obtenir de lui-même par l'emploi de ses propres moyens.

Sa qualité de favori de lady Avenel le faisait aussi mal venir des gens attachés au chevalier. Plusieurs d'entre eux , du môme âge et d'une origine aussi obscure que le page fortuné , se voyaient assujettis à l'observation de l'ancienne et rigoureuse discipline du service féodal. Roland Gra3me était donc pour ceux-là un objet de jalousie , et ils manifestaient leur haine en rabaissant son mérite -, mais le jeune homme possédait des qualités qu'il était impossible de déprécier. Un noble orgueil , et un sentiment d'ambition qui se manifesta de bonne heure , firent pour lui ce que la sévérité et des leçons constantes faisaient pour les autres. Le jeune Roland déploya, dès ses premières années , cette flexibilité de

corps et d'esprit qui fait de tout exercice, soit mental , soit corpol'abbé. 3

rel , un amusement plutôt qu'une étude ; et l'on aurait dit qu'il acquérait accideutellenient et par saillies les talents qu'une iustruction sérieuse et régulière , accompagnée de fréquentes réprimandes et quelquefois de châtiments, procurait à peine à tous les autres. Il obtint de tels succès dans les exercices militaires ou les arts de l'époque , auxquels il trouva convenable de s'appliquer, qu'il étoimait les personnes qui ignoraient qu'un enthousiasme ardent tient souvent heu d'application constante. Ainsi les jeunes . gens qui apprenaient d'une manière plus régulière le maniement des armes, l'équitation et les autres exercices en honneur à cette époque , avaient peu de raison de se vanter de leur supériorité : quelques heures et l'action puissante d'une volonté énergique semblaient faire pour Roland Grœme plus que des semaines de leçons régulières ne pouvaient faire pour les autres.

Ce fut avec ces avantages, si l'on pouvait effectivement leur donner ce nom , que le caractère du jeune Roland se développa rapidement. Il était hardi , absolu, tranchant et impérieux, généreux quand on ne lui résistait et qu'on ne le contrariait en rien ; véhément et emporté quand on le censurait, ou qu'on s'opposait à sa volonté. Il se considérait comme n'étant attaché à personne , comme ne devant compte de ses actions à personne, excepté seulement à sa maîtresse: encore avait-il peu à peu acquis sur l'esprit de la dame cette espèce d'ascendant, suite si naturelle d'une trop grande indulgence. D'ailleurs, bien que les serviteurs et les vassaux immédiats de sir Halbert Glendinning vissent cet ascendant avec jalousie, et profitassent de toutes les occasions pour mortifier la vanité du beau page, il ne manquait pas d'autres personnes disposées à se concilier les bonnes grâces de la dame d'Avenel , en flattant et en soutenant le jeune homme qu'elle protégeait. Si, comme un poète nous l'assure , un favori n'a point d'ami , du moins il ne manque guère de courtisans et de flatteurs.

3Iais c'était surtout parmi les habitants du petit hameau des bords du lac que Roland Graeme s'était fait un parti puissant. Comparant leur propre situation avec celle des hommes immédiatement et constamment attachés au chevaher , qui le suivaient dans ses fréquents voyages à Edimbourg et ailleurs, ces villageois prenaient plaisir à se considérer et à se représenter de leur côté comme les vassaux de lady Avenel plutôt que ceux de son mari. Il est vrai que la prudence et l'affection de cette digne épouse ne les encourageaient nullement dans leurs tentatives à faire ressor-

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