‹ L'abbéChapitre 18 sur 250 · CHAPITRE III. aat · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. aat

une suite convenable que les autres femmes de sa condition ?

— Chère Marie, répondit le chevalier, il suffît que vous désiriez un pareil serviteur; et cependant je n'ai jamais aimé à entretenir des domestiques aussi inutiles. Un page de dame I II peut fort bien convenir aux orgueilleuses Anglaises d'avoir un frêle jeune homme pour porter la queue de leurs robes depuis le pavillon jusqu'au salon, pour les éventer lorsqu'elles sommeillent , et toucher le luth lorsqu'il leur plaît de l'écouter ; mais nos matrones écossais ses étaient au-dessus de pareilles vanités , et notre jeunesse écossaise doit être accoutumée de bonne heure à la lance et à l'étrier.

— Allons, mon cher mari, reprit-elle, c'était par pure plaisanterie que j'ai appelé cet enfant mon page. Au fait, c'est un petit orphelin que nous avons retiré du lac , où il était sur le point de se noyer et que j'ai gardé au château par charité. Lilias, amenez ici le petit Roland. »

Roland entra, et courant se mettre à côté de la dame d'Avenel y saisit les plis de sa robe, puis se retournant, il fixa des regards attentifs, non sans un mélange de crainte, sur la figure imposante du chevalier. « Roland, dit la dame d'Avenel, va baiser la main du noble chevalier, et prie-le d'être ton protecteur. » JMais Roland n'obéit point, et restant à son poste, continua de fixer ses regards timides sur sir Halbert Glendinning. « Approche du chevalier , mon enfant , répéta-t-elle ; de quoi as-tu peur ? va baiser la main de sir Halbert.

— Je ne veux baiser d'autre main que la votre, milady, répondit, l'enfant.

— Faites ce qu'on vous dit, monsieur , répliqua lady Avenel. Il est intimidé par votre présence, » continua-t-elle , en l'excusant auprès de son mari ; « mais n'est-ce pas un bel enfant ?

— Et Wolf aussi est beau , répartit sir Halbert en caressant son favori ; c'est un beau chien • mais il a sur votre nouveau protégé le double avantage d'obéir lorsqu'on lui commande , et de ne pas entendre lorsqu'on fait son éloge.

— Allons, je vois que vous êtes maintenant fâché contre moi , répliqua la dame ; et cependant il n'y a pas de mal à secourir un malheureux orphelin, à aimer ce qui en soi est aimable et digne d'affection. Mais vous avez vu M. Warden à Edimbourg , et il vous aura prévenu contre le pauvre enfant.

— Ma chère Marie, répondit sir Halbert, M. Warden connaît trop bien ses devoirs pour s'immiscer dans vos affiurcs ou dans les

miennes. Je ne blâme ni le secours que vous avez donné à l'enfant, ni les bontés que vous avez pour lui ; mais je pense que, vu sa naissance et ses espérances , vous ne devez pas le traiter avec une tendresse excessive ; elle ne servirait qu'à lui inspirer des idées qui ne conviendraient pointa l'humble situation pour laquelle le ciel l'a fait naître.

— Mais, mon cher Plalbert , répliqua lady Avenel , je vous en prie, regardez cet enfant, et voyez s'il n'a pas l'air d'avoir été destiné par le ciel à être quelque chose de plus noble qu'un simple paysan. Ne peut-il pas être réservé , comme d'autres l'ont été , à s'élever d'une humble condition aux honneurs et aux distinctions ?... "

Elle en était là, lorsque l'idée qu'elle marchait sur un terrain déhcat se présenta tout-à-coup à elle et lui dicta le parti le plus naturel, mais en même temps le plus mauvais de tous en pareille occasion , celui de s'arrêter tout court dans l'explication qu'elle avait commicncée. Son front se colora et celui de sir HalbertGlendinning se couvrit d'un léger nuage, mais ce ne fut quejpour un instant , car il était incapable de se méprendre sur les sentiments de son épouse , ou de supposer qu'elle eût eu l'intention de le mortifier.

« Il en sera ce que vous voudrez , mon amour, répliqua-t-iî ; je vous dois trop pour vous contx-edire en rien de ce qui peut rendre plus supportable votre vie solitaire. Faites de cet enfant tout ce que vous jugerez convenable ; vous êtes parfaitement libre à cet égard. Mais souvenez-vous que c'est votre pupille et non le mien ; souvenez-vous qu'il a des bras pour être utile aux hommes, une ame et une bouche pour adorer Dieu ; élevez-le donc de manière à ce qu'il soit fidèle à son pays et au ciel 5 et quant au reste, disposez-en comme vous l'entendrez 5 ce sera votre affaire. »

Cette conversation décida du sort de Roland Grœme , à qui , depuis cette époque , le maître du manoir d'Avenel fit peu d'attention , tandis que la maîtresse continua de le favoriser et de le gâter.

Elle eut des suites importantes , et dans le fait elle contribua à mettre le caractère de l'enfant dans tout son jour , accompagné de toutes ses ombres. Comme le chevalier lui-même semblait renoncer à toute surveillance à l'égard du favori de son épouse , le jeune Roland se trouva dès-lors exempt de cette discipline sévère à laquelle , comme attaché au service d'un grand seigneur écos-

Page 1