CHAPITRE XXXII. S7o
toé un breuvage innocent au poison mortel qui nous était destiné. A Dieu ne plaise, madame, dit lady Lochleven , que je considère comme un crime ce qui a épargné à la maison de Douglas une note infamante de trahison et d'inhospitalité ! Nous avons écrit à notre fils, concernant le délit de son vassal , et il faut qu'il subisse sa peine , qui sera sûrement la mort. Quant à cette femme, sa profession est damnable selon l'Écriture : elle est punie de mort par les sages lois de nos ancêtres. Elle aussi devra subir son arrêt.
— Et n'ai-je donc aucun droit dans le château de Lochleven , en considération du mal qu'on m'a fait si récemment dans ses murs? je ne demande en récompense que la vie d'une femme, faible et âgée , dont le cerveau , ainsi que vous pouvez en juger vousmême, parait affaibli par les années et les souffrances.
— Si lady Marie, reprit l'inflexible dame de Lochleven , a été menacée de quelque mal dans la maison de Douglas, on peut considérer ce moment d'alarme comme une compensation de ce que ses complots ont coûté à cette maison, l'exil d'un fils précieux.
— ISe plaidez plus pour moi , gracieuse souveraine , dit JMadeleine Graeme, et ne vous abaissez pas à demander seulement grâce pour un de mes cheveux gris. Je savais le risque que je courais pour mon Eglise et pour ma reine, et j'ai toujours été prêteàdonjaer ma pauvre vie en rançon. J'ai la consolation de penser qu'en me faisant mourir, ou en me privant de ma liberté , ou même en touchante un seul de ces mêmes cheveux gris, ce(te femme, qui vante si haut l'honneur de sa maison, aura comljlé la mesure de sa honte, parla violation d'un sauf-conduit revêtu des formes les plus solennelles... » Et tirant un papier de son sein , elle le présenta à la reine.
« C'est une promesse formelle de sûreté , dit la reine Marie , avec permission de venir et de repartir sous la protection du chambellan de Rinross, promesse accordée par ce fonctionnaire à Madeleine Grœme, plus connue sous le nom de mère îsicneven , en considération de ce qu'elle consent à se constituer prisonnière pour l'espace de vingt-quatre heures, s'il le faut , dans le château de Lochleven.
— Misérable I » s'écria la dame du manoir en se tournant vers le chambellan , « comment avez-vous osé prendre sur vous d'accorder sans nécessité une semblable promesse.
— Ce fut , répliqua le docteur, d'après les ordres de Votre Sei-
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gneurie, transmis par Randal, qui peut porter témoignage; j'ai agi comme le pharmacien , qui compose les drogues d'après l'ordre du médecin.
— Je m'en souviens. . . je m'en souviens , reprit la dame ; mais je n'avais parlé de cette assurance que dans le cas où, demeurant sur uiieautrejuridiction,elIen'aurait pu être arrêtée par notre ordre.
— iVéanmoinsla dame de Lochleven est liée par l'action de son député, dit la reine.
— Madame, reprit lady Lochleven, la maison de Douglas n'a jamais manqué à une parole donnée et n'y manquera jamais. .. Les Douglas ont trop souffert d'un manque de foi commis à leur égard, quand un des ancêtres de Votre Grâce, Jacques II, en dépit des droits de l'hospitahté et de la promesse de sûreté écrite de sa propre main, poignarda lui-même le brave comte de Douglas, à quelques pas de la table où il était assis un instant avant , en qualité de convive honoré du roi d'Ecosse.
— Il me semble, » dit la reine d'un air d'indifférence, « que d'après un exemple aussi tragique et aussi récent, car il y a tout au plus cent vingt ans que l'événement a eu lieu , les Douglas devraient se montrer moins désireux de la compagnie de leurs souverains, que vous, lady Lochleven, ne semblez l'être de la mienne.
— Que Randal , dit la dame , reconduise donc la sorcière à Kinross, et qu'il la mette en pleine liberté, la bannissant de nos terres à l'avenir, au péril de sa vie. . . Et que votre sagesse, ô chambellan, lui tienne compagnie jusqu'à nos limites. Ne craignez rien pour votre réputation , savant docteur, si l'on vous rencontre en pareille compagnie ^ car en accordant qu'elle soit sorcière, ce serait une perte de fagots que de vous brûler, vous, comme sorcier. »
Le chambellan abattu se préparait à partir ; mais Madeleine Graeme, se recueillant, semblait disposée à répondre. La reine intervint en disant : « Bonne mère, nous vous remercions de tout cœur de votre zèle sincère pour notre personne , et nous vous prions, comme notre sujette, de vous abstenir de tout ce qui pourrait vous jeter dans un danger personnel: de plus, notre volonté est que vous partiez sans dire un mot à qui que ce soit dans ce château... Acceptez ce don de notre main: c'est un petit reliquaire qui nous a été donné par notre oncle le cardinal et a été béni par le saint-père lui-même. . . Et maintenant allez en paix et en silence. Quant à vous, savant docteur,continua Marie en s'avancant vers le