CHAPITRE XXXII
veux s'échappaient de sa coiffe , et son œil lançait du feu à travers ses sourcils épais. L'effet de ses traits expressifs, quoique amaigris, était rehaussé par un enthousiasme qui tenait de la folie , et son aspect frappait de terreur tous ceux qui étaient présents. Ses yeux se portèrent autour d'elle avec égarement. Pendant un instant, comme si elle eût cherché quelque chose qui pût l'aidera s'exprimer, ses lèvres avaient un mouvement convulsif et agité, pareil à celles d'un homme qui voudrait parler, mais qui rejette comme insuffisantes les paroles qui se présentent à lui. Marie elle-même se sentit soumise à une sorte d'influence magnétique , et se soulevant sur son lit sans pouvoir détourner ses yeux de dessus Madeleine, il semblait qu'elle attendit l'oracle delà pythonisse. Elle n'attendit pas long-temps, car, dès que l'enthousiaste se fut recueillie, ses traits prirent une énergie déterminée , son regard devint tout à fait fixe ; et quand elle eut une fois commencé à parler, ses paroles coulèrent avec une abondante facilité, qui aurait pu passer pour de l'inspiration, et que peutêtre elle-même considérait comme telle.
«< Lève-toi, dit-elle , reine de France et d'Angleterre, lève-toi , lionne de l'Ecosse , et ne t'afflige pas , quoique les filets du chasseur aient pu t'entourer I Ne t'abaisse pas à feindre avec les traîtres; tu les rencontreras bientôt les armes à la main. L'issue du combat dépend du Dieu des armées ; mais c'est par elle que ta cause sera jugée. Mets donc de côté les artifices qui n'appartiennent qu'aux faibles mortels , et prends la confiance qui convient à une reine I Vraie sentinelle de la seule vraie foi , l'arsenal du ciel est ouvert pour toi î illustre fille de l'Église, prends les clefs de saint Pierre pour lier et pour délier; souveraine légitime de cette contrée , prends l'épée de saint Paul pour châtier et pour punir! Il y a de l'obscurité dans ton destin... mais ce n'est pas dans ces tours , ni sous les lois de leur orgueilleuse maîtresse que ta destinée s'accomplira. . . Dans d'autres terres, la lionne pourra succomber au pouvoir de la tigresse, mais non dans ces Ueux... Ce n'est pas en Ecosse que la reine d'Ecosse sera long-temps captive, et le sort de la royale Stuart n'est pas dans les mains du traître Douglas. Que la dame de Lochleven double ses verrous , qu'elle fasse creuser ses cachots... ils ne pourront te retenir. Chaque élément te fournira des armes pour opérer ta délivrance... la terre aura ses tremblements , l'eau ses vagues courroucées, l'air ses tempêtes, le feu ses flammes dévorantes pour désoler l'abbé. 24
cette demeure , afin que ses portes s'ouvrent devant toi . . . Écoutez ceci et tremblez , vous tous qui combattez contre la lumière, car celle qui le dit l'a appris du ciel môme ! »
Elle se tut , et le médecin étonné s'écria : <- Si jamais de nos jours il y eut un énergumène, un démoniaque, un possédé, c'est un diable qui parle par la bouche de cette femme !
— Mensonge ! » dit la dame de Lochleven se remettant de sa surprise: « tout ceci n'e^tque mensonge et imposture. Qu'on entraîne ce misérable au cachot I
— Lady Lochleven , » interrompit Marie en se levant de son lit et en s'avançant avec sa dignité ordinaire , « je vous ai fait quelque tort... je vous ai crue complice de l'intention criminelle de votre vassal , et je vous ai trompée en vous laissant croire qu'elle s'était effectuée. J'ai eu tort envers vous, lady Lochleven, car je vois que votre désir de nous secourir était sincère ; nous n'avons pas goûté au breuvage, et nous ne sommes pas malades, sinon que nous languissons pour notre liberté.
— L'aveu est digne de Marie d'Ecosse , dit Madeleine Graeme: qu'on le sache d'ailleurs, quand môme la reine aurait bu jusqu'à la dernière goutte de la liqueur, cette liqueur était innocente comme l'eau d'une source sanctifiée. Croyez-vous, femmeorgueilleuse, » ajouta-t-elle en s'adressant à la dame de Lochleven, « que moi... moi... j'eusse été assez misérable pour confier du poison à un serviteur ou à un vassal de la maison de Lochleven , sachant qui cette maison contenait ? J'aurais tout aussi volontiers donné de quoi faire périr ma propre fille.
— Suis-je bravée à ce point dans mon château ! dit la dame ; qu'on la conduise à la tour. Elle subira le sort réservé aux empoisonneuses et aux sorcières.
« Ecoutez-moi un instant, lady Lochleven, dit Marie; et vous, en s'adressant à Madeleine, je vous ordonne de garder le silence. Votre intendant, milady , a , suivant sa confession , attenté à ma vie et à celle de mes serviteurs, et cette femme a fait de son mieux pour empêcher ce crime , en lui procurant une substance qui ne jpouvait nuire , au lieu des drogues fatales qu'il croyait recevoir. Je crois ne vous proposer qu'un juste échange, en disant que je pardonne à votre vassal de tout mon cœur, et que je laisse la vengeance à Dieu et à sa conscience, pourvu que de votre côté vous pardonniez à cette femme sa hardiesse en votre présence; car vous ne devez pas considérer comme un crime qu'elle ait substi-