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CHAPITRE XXXYL

LE CH.4.TEAU DE SEYTOxX.

Il monta lui-nième sur le coursier noir, et la plaça sur un cheval crun gris roux 5 il avait un cor qui pendait à son c6le, et tous deux galopèrent sr»as façon. Vieillt BalUulti.

L'air frais de la nuit, le bruit des pas des chevaux, la rapidité de la course, le galop onduleuxde son palefroi, et surtout le sentiment de la liberté reconquise, dissipèrent le changement qui s'opérait dans l'esprit de la reine. Elle ne put enfin cacher à la personne qui marchait à ses côtés, et qu'elle croyait être le père Ambroise, l'espèce d'abattement qui d'abord s'était emparé d'elle. Quant à Seyton, avec toute l'impétuosité d'un jeune homme, orgueilleux avec raison du succès de sa première aventure, il afTectaittout l'embarras et toute l'importance du chef de la petite troupe qui escortait, selon le langage de cette époque, la fortune de l'Ecosse. Tantôt il était à l'avant-garde, tantôt il réprimait les bonds de son coursier jusqu'à ce que l'arrière-garde fût passée : il exhortait les hommes de la tète à marcher d'un pas régulier quoi-

que rapide; et ordonnait à ceux qui étaient le plus éloignés de se servir de l'éperon, et de ne pas laisser tant d'intervalle dans leurs lignes ; puis parfois il allait près de la reine et des autres dames pour leur demander comment elles supportaient la rapidité de leur voyage, et si elles n'avaient point d'ordres à lui donner. Mais tandis que Seyton s'occupait ainsi avec quelque avantage et beaucoup d'ostentation, le cavalier qui marchait à côté de la reine lui prodiguait toute son attention, comme s'il veillait à la sûreté de quelque être supérieur. Lorsque la route était rocailleuse et dangereuse, il ne prenait presque plus garde à son propre cheval, et tenait constamment sa main sur la bride de celui de la reine -, si une rivière ou un large ruisseau traversait leur route, de son bras droit il la soutenait en selle, tandis que de la main gauche il tenait les renés du palefroi de Sa JMajesté.

— Je ne croyais pas, révérend père, » dit la reine lorsqu'ils gagnaient l'autre bord, «que le couvent eût de si bons cavaliers.» La personne à qui elle s'adressait soupirait, mais ne faisait pas d'autre réponse. « Je ne sais, continua Marie, mais le bonheur de la liberté ou le plaisir que me procure mon exercice favori, dont je n'ai pu jouir depuis si long-temps, ou tous les deux ensemble, semblent me donner des ailes. Jamais poisson ne glissa dans les eaux, jamais oiseaux ne fendirent les airs avec ce sentiment de liberté et de ravissement que je savoure en croisant dans ma course les brises de la nuit et en franchissant ces campagnes. Telle est la magie de cet instant, que je jurerais que je me retrouve montte sur ma chère Rosabelle, ma jument favorite, qui n'eut jamais d'égale en Ecosse pour la légèreté, la douceur de la marche, et la sûreté du pied.

— Et si le cheval qui porte ce fardeau précieux pouvait parler, répondit la voix du mélancolique George Douglas, il vous dirait : « Nulle autre que Rosabelle ne devait servir aujourd'hui sa mai-, tresse chérie, et nul autre que Douglas ne devait la guider dans sa course. »

La reine tressaillit; elle prévit d'un coup d'œil tous les maux que causerait à elle et à lui-même la violente passion de ce jeune homme; mais les sentiments qui l'animaient de reconnaissance et de compassion l'empochèrent de prendre la dignité de reine, et elle s'efforça de continuer la conversation avec un air indifférent.

« Il me semblait, dit-elle, avoir entendu dire que, lors du partage

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