CHAPITRE XXXVI
Je mes dépouilles, Rosabelle était devenue la propriété de la maîtresse de lord Morton, la belle Alice.
— Il est vrai que le noble palefroi avait été destiné à une condition aussi basse, répondit Douglas; il était gardé sous clef et confié à la charge d'une nombreuse troupe de palefreniers et de domestiques ; mais la reine Marie avait besoin de Rosabelle, et Ptosabelle est ici . »
— Est-ildonc convenable, Douglas, lorsque des dangers de toute espèce nous entourent, que vous alliez augmenter vos périls pour un sujet si peu important qu'un palefroi ?
— Appelez-vous une chose de si petite importance celle qui peut vous donner un moment de plaisir ?N'avez-vous pas tressailli de joie lorsque je vous ai dit que vous étiez montée sur Rosabelle? Ah I pour acheter ce plaisir, quoiqu'il n'ait eu que la durée d'un éclair, Douglas n'aurait-il pas risqué mille fois sa vie.
— Oh I silence, Douglas, silence ! ceci n'est point un discours convenable ; en outre, je voudrais parler à l'abbé de Sainte-Marie. IMiiis, Douglas, je ne p^.rmeLtrai pas que vous quittiez avec humeur les renés de mon cheval.
— Avec humeur, madame! hélas I le chagrin est tout ce que peut me faire éprouver votre mépris. Je me révolterais aussi bien contre le ciel s'il se refusait au désir le plus extravagant que puisse former un mortel.
— Eh bien ! continuez donc de tenir mes renés ; il y a de l'autre côté assez de place pour le seigneur abbé ; et puis je doute que, si la route l'exigeait, son secours fût aussi utile à Rosabelle et à moimôme que l'a été le vôtre. »
L'abbé vint se mettre de l'autre côté, et la reine entama aussitôt une conversation avec lui sur l'état des différents partis et le plan qu'il lui était le plus convenable de suivre, à présent qu'elle se trouvait en liberté. Douglas prenait peu de part à cette conversation, et ne parlait que lorsqu'il était interrogé par la reine; son attention semblait entièrement dirigée sur la sûreté de la personne de Marie. Elle apprit cependant qu'elle lui avait une nouvelle obligation, puisque c'était grâce à lui que l'abbé, pourvu du mot d'ordre de la famille, s'était introduit dans le château comme faisant partie de la garnison.
Long-temps avant la pointe du jour ils arrivèrent au but de leur voyage périlleux et précipité, devant les portes de West-Xiddric , château du West-Lothian appartenant à lord Seyton. Quand la
reine fat sur le point de descendre de cheval , Henri Seyton, prévenant Douglas, la reçut dans ses bras, et mettant un genou en terre, pria Sa Majesté d'entrer dans la maison de son père, son fidèle serviteur.
«Aotre Majesté, ajouta-t-il, peut se reposer ici en parfaite sûreté. La maison est déjà pourvue d'une garnison assez forte pour la défendre ; tout à l'heure j'ai envoyé un exprès à mon père pour l'informer de votre évasion , et il arrive à la tète de cinq cents hommes : c'est pourquoi vous ne devez pas vous inquiéter si votre sommeil se trouvait interrompu par le bruit des chevaux, le tumulte ne serait occasioné que par l'arrivée d'un renfort de braves vassaux de Seyton.
— Et une reine d'Ecosse ne peut être gardée par de meilleurs amis, répliqua Marie. Rosabelle a été aussi vite que la brise d'été, et avec autant de douceur ; mais il y a long-temps que je n'ai voyagé, et je sens que le repos me sera salutaire. Catherine, ma mignonne, vous dormirez cette nuit dans mon appartement, et me recevrez dans le château de votre père. Vous tous, mes libérateurs, agréez mes remercîments : des remercîments et une bonne nuit , c'est tout ce que je puis vous offrir maintenant 5 mais si je ressaisis une fois la roue de la Fortune, elle ne m'aveuglera pas. Marie Stuart tiendra les yeux ouverts et distinguera ses amis. Seyton, je n'ai pas besoin de recommander le vénérable abbé , Douglas et mon page, à vos soins et à votre hospitahté.»
Henri Seyton salua, et Catherine et lady Fleming suivirent la reine dans son appartement, où, leur avouant qu'il lui serait diflicile en ce moment de tenir la promesse qu'elle venait de faire d'avoir les yeux ouverts, elle s'abandonna au sommeil. H était grand jour lorsqu'elle se réveilla.
La première pensée de Marie, lorsqu'elle ouvrit ses paupières, se tourna vers le doute de sa liberté-, elle ne put s'empêcher de s'élancer hors de son lit; et ayant jeté à la Mte son manteau sur ses épaules, elle se mit à regarder par la fenêtre de son appartement. O vue délicieuse I au lieu des linceuls de cristal de Lochleven, un beau paysage agité par un vent frais se déployait devant elle, et le parc qui entourait le château était occupé par les troupes de ses fidèles gentilshommes, tous si chers à son cœur.
««Levez-vous , levez-vous , Catherine I •> s'écria la princesse dans son ravissement ; «levez-vous et venez ici!... Des épées et des lances sont dans des mains dévouées , et des armures brillent sur