CHAPITRE XXXVII
punir de son affection pour une infortunée telle que moi. Cessez vos prières, tout m'importune; je ne veux point fuir d'un pas; je ne dois, je ne puis mourir qu'une fois, et c'est ici que je veux mourir.»
Pendant qu'elle parlait ainsi, ses larmes ruisselaient sur la figure du chevalier mourant. Pour lui, il tenait constamment fixés sur la reine des yeux dans lesquels brillait encore le feu d'une passion que la mort qui s'approchait ne pouvait éteindre. «Ne vous affligez pas ainsi pour moi,» dit-il d'une voix si faible qu'on l'entendait h peine; «c'est à votre sûreté qu'il faut penser. Je meurs en Douglas, et je meurs pleuré de Marie Stuart!
Il expira en prononçant ces mots, sans détourner les yeux de dessus cette figure adorée. La reine portait un cœur formé par la nature pour la bonté et la tendresse ; et, dans la vie privée, avec un époux plus convenable à cette trempe d'ame que Darnley^ elle aurait fait le bonheur d'un homme, elle restait immobile, et arrosait de ses larmes le corps inanimé, quand elle fut rappelée à elle-même par l'abbé, qui cette fois trouva nécessaire d'user envers elle d'une remontrance plus forte qu'en toute autre circonstance. « Nous aussi, macfeme, dit-il, nous, dévoués serviteurs de Votre Gri ^ nous avons aussi des amis et des parents à pleurer. Je laisse un ireredans un danger imminent; l'époux de lady Fleming, le père c!: les frères de lady Catherine, sont tous sur le champ du carnage, ou tués ou prisonniers. Nous oublions le malheureux sort de ce que nous avons de plus proche et de plus cher, pour servir notre reine, tandis qu'elle, tout occupée de ses propres douleurs, no ,i. .is donne pas la moindre place dans sa pensée.
— Je ne mente point un tel reproche , mon père , » répondit la reine en essuyant ses pleurs : « je serai docile à votre remontrance : où faut-il aller , que faut-il faire ?
— 11 nous faut fuir , et sur-le-champ , reprit l'abbé ; dire où , n'est pas si facile ; mais sur la route nous discuterons ce point important. Allons , mettez la reine sur la selle , et retirons-nous. »
On partit; Roland seul différa un moment, afin de mettre le chevalier d'Avenel et sa suite sur la route du château de Crookstone , et d'avoir le temps de lui dire que tout ce qu'il demandait de lui pour prix de sa li'oerté était sa seule parole que. lui et ses compagnons garderaient le secret sur la direction que la reine avait prise dans sa fuite. Comme il tournait la bride de son cheval pour partir, l'excellente physionomie d'Adam Woodcock , qui le
regardait avec des yeux oii se peignait la surprise, le frappa, et dans un autre temps elle aurait excité son hilarité. Adam était un des hommes d'armes qui avaient fait l'expérience de la pesanteur du hras de Roland ^ tous deux en cet instant se reconnurent, Roland ayant relevé sa visière, et le bon archer ayant jeté à terre son casque dont la grille de fer le gênait, pour secourir plus promptement son maître. Dans ce casque, comme il était encore sur la pelouse , Roland n'oublia pas de laisser tomber quelques pièces d'or, fruit de la libéralité de la reine; et après avoir fait un signe de souvenir et d'ancienne amitié , il partit au grand galop , afin de rejoindre la reine , dont la suite , qui était déjà loin , laissait derrière elle au bas de la montagne un épais nuage de poussière.
« Ce n'est parbleu pas de la fausse monnaie , » dit le bon Adam ramassant et pesant dans sa main les pièces d'or, « Ah ! oui, c'est bien M. Roland , c'est bien lui-môme , c'est chose certaine , c'est sa bourse toujours ouverte, et par Notre-Dame, c'est bien le morne poignet ! » Et en disant cela , le fauconnier faisait un mouvement des épaules. Comme milady sera joyeuse d'apprendre de ses nouvelles, car elle s'inquiète de lui comme d'un fils! Marie, aussi il faut voir comme il est sémillant : oh I oui, ces jouvenceaux si brillants sont sûrs de s'élever , c'est comme la mousse qui monte sur l'orifice d'un pot de bière. Mais pour nous, portion plus solide du genre humain , nous restons toujours fauconnier. » En parlant ainsi , il courut rejoindre ses camarades , qui étaient alors en grand nombre , et les aider à transporter son maire dans le château de Crookstone.