CHAPITRE XXXMI
àllolantlle devoir que cetaccidcntluiavaituiimomentfaitoublier, mais d'autres oreilles que les siennes les avaient entendues.
« La reine I où est la reine? » dit Ilalbert Glendinning, qui, suivi de deux ou trois cavaliers, parut au même instant. Roland sans répondre tourna la bride de son cheval, et se (iant à sa vitesse et à ses éperons, se dirigea au galop vers le château de Crookstone^ franchissant les collines et les vallées. Plus pesamment armé, et monté sur un cheval moins léger, sir Halbert Glendinning le poursuivait la lance danslc3reins,enlui criant : «Chevalier à la branche de houx, fais halte, et montre que tu as des droits à porter ce signe verdoyant : ne fuis pas comme un lâche, et ne déshonore pas cette marque des braves. Halte, poltron! ou, par le ciel, je te traverserai le dos de ma lance,. et je t'arracherai la vie comme à un lâche que tu es. Je suis le chevaher d'Avenel, je suis Halbert Glendinning.»
Mais Roland , qui n'avait nulle envie de se mesurer avec son ancien maître, et qui, d'un autre côté, savait bien que la sûreté de la reine dépendait de la diligence qu'il ferait, ne répliqua point un mot au déli et aux injures dont sir Halbert ne cessait de le poursuivre , mais, faisant plus que jamais usage de ses éperons, il fuyait avec plus de vitesse qu'auparavant, et avait gagné plus d'une centaine de pas sur Halbert, quand, arrivant près de Tif où il avait laissé la reine, il vit que sa garde était prête à monter à cheval, alors il cria autant qu'il avait de voix :« L'ennemi! l'ennemi ! à cheval, belles dames, à cheval ! braves gentilshommes, faites votre devoir.»
H parlait encore, que, tournant rapidement la bride de son cheval, et évitant le choc de sir Halbert Glendinning, il chargea l'un de ses hommes d'armes qui était le plus proche, avec tant d'impétuosité que d'un coup de lance il renversa le cavalier et le cheval; alors, tirant son épée, il attaqua le second. Cependant le chevalier noir se précipita au-devant de Glendinning, et tous les deux se jetèrent l'un sur l'autre avec tant de furie que les chevaux furent renversés et que leurs cavaliers roulèrent sur la pelouse. Ni l'un ni l'autre ne se releva, car le chevalier noir avait le corps traversé par la lance de Glendinning , et le chevalier d'Avenel, écrasé sous le poids de son propre cheval et meurtri de sa chute, semblait être dans un pire état que celui-là même qu'il venait de blesser à mort.
« Rends-toi, chevaUer d'Avenel, bon gré, mal gré, » dit Roland
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qui venait de mettre un second adversaire hors de combat, et qui se liâtait de prévenir les efforts de Glendinning pour recommencer la lutte.
« Je ne puis faire autrement que de me rendre, dit sir Halbert, puisque les forces me manquent pour combattre, mais je rougis de honte de dire à un lâche comme toi : Je me rends.
— Ne me nomme pas lâche,» dit Roland levant sa visière, et aidant son prisonnier à se relever, « sans tes anciennes attentions pour moi, et surtout sans les bontés de ta noble dame, tu aurais rencontré dans moi un autre brave.
— Le page favori de ma femme,» dit sir Halbert avec étonnement ; «ah ! malheureux enfant, j'ai appris ta trahison à Lochleven.
— Ne la lui reproche point, mon frère, dit l'abbé, il ne fut que l'agent de Dieu.
— A cheval, à cheval ! s'écria Catherine Seyton ; montez vite, ailez-vous-en, ou nous sommes tous perdus. Je vois nos braves soldats fuyant sur un espace de plus d'une lieue. A cheval, seigneur abbé ; à cheval, Roland ; à cheval, chère princesse ; nous devrions déjà être à plus d'un mille d'ici.
— Regardez ces traits,» dit Marie lui montrant le chevalier prêt à rendre le dernier soupir, et dont une main compatissante avait détaché le casque ; « regardez-le bien, et dites-moi si celle, qui cause la mort ou la ruine de quiconque l'a aimée, doit elle-même faire un pas de plus pour sauver sa misérable vie ? »
Depuis long-temps le lecteur doit avoir deviné ce que la reine avait elle-même découvert avant que ses yeux le lui confirmassent. Cette figure était celle de l'infortuné George Douglas, sur laquelle la mort avait imprimé son triste sceau.
« Regardez-le bien, regardez-le encore, dit la reine ; voilà ce qui fut réservé à tous ceux qui ont aimé Marie Stuart I La royauté de François^ l'esprit de Chastelar, le pouvoir et la courtoisie de l'aimable Gordon, le mélodieux talent de Rizzio, la noble taille et la grâce du jeune Darnley, l'audacieuse fierté, les manières galantes de Bothwell, et aujourd'hui l'amour profond et si dévoué du noble Douglas, rien n'a pu sauver aucun d'eux : leurs yeux et leurs cœurs se sont tournés vers l'infortunée Marie; ils l'ont aimée, et leur amour fut un crime digne d'une mort prématurée. Aussitôt qu'une de ces tristes victimes avait conçu dans son ame une douce pensée en ma faveur, la coupe empoisonnée, la hache et le billot, le poignard, les mines, les cachots étaient là tout prêts poui* la