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CHAPITRE XXXVIII

rasseoir. Catherine Seyton dévorait en secret son chagrin , et désirait soutenir le courage abattu de sa maîtresse; et l'abbé, portant ses pensées inquiètes vers l'avenir , s'etTorçait vainement de former quelque plan qui justifiât une ombre d'espoir. Le jeune Roland se mêlait aussi dans les vives discussions qui avaient lieu parmi les dévoués serviteurs qui entouraient la reine : il délibérait avec eux sur ce qui restait à faire , et son courage ne l'abandonnait pas.

« Votre Majesté , dit-il, a perdu une bataille; votre aïeul Bruce en a perdu sept successivement avant de s'asseoir triomphant sur le trône d'Ecosse, et de proclamer d'une voix victorieuse l'indépendance de son pays sur le champ de bataille de Bannockburn. Ces bruyères que nous traversons ne sont-elles pas plus agréables que le château de Lochleven entouré de fossés , si bien fermé et si bien gardé?... Nous sommes libres... ces mots doivent vous consoler de toutes vos pertes. »

Il frappait une corde retentissante; mais le cœur do Marie n'eut point d'écho pour elle.

« Que ne suis-je encore dans Lochleven , disait-elle , au lieu d'être témoin du carnage fait par des rebelles sur des sujets qui , pour moi , se sont offerts à la mort. Ne me parlez pas de nouvelles tentatives, elles vous coûteraient la vie, à vous, et aux amis qui me les conseilleraient. Je ne voudrais pas sentir une seconde fois ce que j'ai éprouvé lorsque j'ai vu de cette montagne les épées des cruels cavaliers deMorton se souiller du sang des fidèles Seyton et des braves Hamilton , pour les récompenser de leur loyauté envers leur reine. Non, si je devais régner sur toute la Grande- Bretagne ; je ne voudrais 'pas encore sentir ce que j'ai éprouvé lorsque le sang de Douglas teignit mon manteau. Cherchez pour moi quelque endroit où je puisse cacher cette misérable tête , qui porte malheur à tout ce qui l'aime ; c'est la dernière faveur que Marie demande à ses fidèles sujets. »

Ce fut dans cette accablante tristesse que , fuyant avec une rapidité extrême, l'infortunée Marie, après que lord Herries et quelques partisans l'eurent rejointe, arriva enfin à l'abbaye de Dundrennam , située à environ soixante milles du champ de bataille. Dans cet endroit retiré du comté de Galloway , les moines n'avaient pas été aussi rigoureusement poursuivis par la réformation, et quelques-uns languissaient encore dans leurs cellules sans y être persécutés ; le prieur , les yeux noyés de larmes , vint

recevoir avec respect la reine fugitive à la porte de son couvent.

« Je vous apporte le malheur , mon bon père , » dit la reine en descendant de son palefroi.

« Qu'il soit le bien venu, répondit le prieur, s'il vient à la suite du devoir. »

Mise à terre et soutenue par ses femmes , la reine regarda un instant son palefroi , qui, fatigué et baissant la tête, semblait s'affliger des infortunes de sa maîtresse.

« Bon Roland, « dit la reine à voix basse , « que Rosabelle soit conservée pour. . . demande à ton cœur ^ et il te dira pourquoi je fais cette petite prière dans un si terrible moment. »

On la conduisit à son appartement , et dans le conseil en désordre de ses partisans , on adopta la fatale résolution de sa retraite en Angleterre. Dans la matinée, elle y donna son assentiment, et un messager fut envoyé au gouverneur anglais des frontières pour lui demander un sauf-conduit et l'hospitalité^de la part de la reine d'Ecosse. Le jour suivant l'abbé en se promenant dans le jardin do l'abbaye avec Roland , fit connaître au jeune homme combien il désapprouvait le parti qu'on venait de prendre.» C'est folie et malheur, dit-il, il vaudrait mieux abandonner sa personne aux sauvages montagnards ou aux brigands des frontières , que de se fier à Elisabeth. Une femme à une rivale I... une héritière présomptive à la garde d'une reine jalouse ?. . . Roland Herries est fidèle et loyal , mais ses conseils ont perdu sa souveraine.

— Oui, le malheur nous suit partout,» dit un vieillard, qui tenait une bêche en main , et qui était habillé en frère lai : l'abbé ne l'aurait point aperçu, sans la véhémence de cette exclamation : « Ne me regardez pas avec un tel étonnement !... Je suis celui qui fus l'abbé Boniface à Kennaquhair , qui fus le jardinier Blinkhoolie à Lochleven , qui , chassé partout , revins aux lieux où j'avais fait mon noviciat : et maintenant vous voilà encore arrivé pour me faire encore déguerpir !... J'ai eu une vie de fatigue , moi qui aurais trouvé le plus grand bonheur à passer mes jours dans la paix et la tranquillité.

— Bientôt , bon père , répondit l'abbé , nous vous délivrerons de notre compagnie, et je crains que la reine ne vienne plus troubler votre retraite.

— Bon ! vous en disiez auparavant tout autant, reprit le dolent vieillard: et cependant j'ai été chassé de Kinross, et pillé sur la route par les soldats.. . Ils m'ont enlevé le certificat dont vous aviez

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