CHAPITRE XXXVIII. 44iî
besoin, celui du baron... Mais, c'était un maraudeur ainsi que ces pillards. . . Vous m'avez demandé ce papier , et je ne le pouvais trouver, ils l'ont trouvé eux; il certifiait la mariage de... de... ma mémoire me manque... Maintenant voyez comme les hommes sont différents! Le père Nicolas vous aurait dit cent histoires sur l'abbé Ingelram , que Dieu lui fasse miséricorde ! Il avait, je vous assure, quatre-vingt-six ans, et je n'ai pas plus de ... voyons.
'— N'est-ce pas le nom d'Avenel que vous cherchez , mon bon père, dit Roland avec impatience, modérant cependant sa voix , de peur d'offenser ou d'alarmer le vieillard infirme.
— C'est cela Avenel, Julien Avenel.... Tous dites parfaitement le nom... Je conservais toutes les confessions particulières,
pensant que mes vœux exigeaient que j'agisse de la sorte je
n'ai pu la trouver quand mon successeur, Ambroise, m'en a parlé. Mais les soldats l'ont trouvée, et le chevalier qui commandait le détachement se frappa la poitrine quand il lut cette pièce, tellement que son haubert résonna comme une cruche vide.
— Sainte-Marie ! dit Tabbé, quel était donc celui à qui un tel papier inspirait un si grand intérêt? quelles étaient la taille du chevalier, ses armes, ses couleurs ?
— Tous me tourmentez avec vos questions.... J'osai à peine le regarder... Ils m'accusaient de porter des lettres pour la reine et
fouinèrent ma malle c'était à cause de tout ce que vous avez
fait à Lochleven.
— J'espère que Dieu a fait tomber ce papier entre les mains de mon frère, dit l'abbé à Roland qui , debout devant lui, frémissiiit et tremblait d'impatience; j'ai entendu dire qu'il avait été avec ses partisans à la découverte entre Stirling et Glascow... Le chevalier ne portait-il pas sur son casque une branche de houx?... ne pouvez- vous pas vous le rappeler.
— Oh ! me le rappeler. . . me le rappeler , dit le vieillard , d'un ton d'aigreur; comptez autant d'années que moi, si vos complots vous le permettent, et vous verrez combien de choses vous vous rappellerez. . . à peine si je me rappelle les poiriers que j'ai greffés ici de mes propres mains il y a cinquante ans.
En ce moment un cor sonna fortement sur le rivage.
C'est le signal de la chute delà royauté de la reine Mario , dit Ambroise 5 la réponse du gouverneur anglais a été reçue favorament sans doute, car a-t-on jamais vu fermer la porte d'une trappe à la proie qui se présente?... Ne t'afflige pas , Roland... ce qui te
regarde sera approfondi... mais nous ne devons pas quitter la reine... suis moi... remplissons notre devoir, et pour ce qui en arrivera, remettons-nous à la grâce de Dieu... Adieu, bon père... je reviendrai bientôt vous visiter.
Tandis qu'il sortait du jardin, suivi de Roland qui l'accompagnait avec répugnance, l'ex-abbé reprit sa bêche.
Leur sort m'afflige et celui de cette pauvre reine aussi, murmurait-il ; mais que sont les peines d'ici-bas pour un homme de quatre-vingts ans?... D'ailleurs, il a tombé une belle rosée ce matin : c'est le temps qui convient pour semer nos choux de primeur.
— L'âge l'accable , dit Ambroise en entraînant Roland vers le bord de la mer ; il faut que nous lui laissions le temps de se recueillir nous ne devons maintenant penser qu'au sort de la
reine.
Ils arrivèrent bientôt dans le salon où Marie se trouvait entourée de sa petite cour , et ayant à ses côtés le shérifT du Cumberland, gentilhomme de la maison de Lo'wther , richement habillé et accompagné de soldats. La figure de la reine offrait un singulier mélange de joie et de répugnance pour son départ. Son langage et ses gestes parlaient d'espérance et de consolation à ses suivants ; et elle semblait chercher à se persuader que la démarche qu'elle allait faire était pour sa sûreté, que la promesse qu'elle avait reçue d'un accueil favorable était une garantie plus que satisfaisante ; mais ses lèvres tremblantes et ses yeux incertains trahissaient à la fois la peine qu'elle éprouvait de quitter l'Ecosse , et ses craintes de se confier à la foi douteuse de l'Angleterre.
« Soyez le bienvenu , seigneur abbé , dit-elle , et vous Roland d'Avenel , nous avons de bonnes nouvelles à vous donner : l'officier de notre aimable sœur nous offre , en son nom , un sûr asile contre les rebelles qui nous ont chassée de notre royaume. Seulement je suis affligée qu'il faille nous séparer pendant un peu de temps.
— Nous séparer, madame î s'écria l'abbé; est-ce donc vous accueillir convenablement en Angleterre que de commencer par diminuer votre suite et vous contraindre de renvoyer vos fidèles conseillers?
— Ne pensez pas ainsi , bon père, répliqua Blarie. Le gouverneur et le shériff , serviteurs fidèles de ma royale sœur, jugent nécessaire d'obéir à ses ordres, même à la lettre, dans la circonstance présente, et ne peuvent recevoir que moi et mes femmes.