CHAPITRE IV. S
un métal Taux^ quand le métal le plus pur que vous pourriez présenter est à peine une vile scorie ; ne pensez pas qu'il soutienne l'essai de la sagesse suprême. Cependant ne reculez pas devant votre tache, par la crainte des difllcultés que mon devoir ne m'a pas permis de vous déguiser. L'examen de soi-même peut beaucoup, la méditation peut davantage encore, la grâce seule peut tout. »
Et il termina par une exhortation touchante et animée, dans laquelle il conjura ses auditeurs d'invoquer la grâce divine, qui déploie toute sa perfection dans l'humaine faiblesse.
L'auditoire n'entendit pas ce sermon sans être vivement affecté, quoiqu'on put se demander si les sentiments de triomphe inspirés par la retraite ignominieuse du page favori ne détruisaient pas, dans l'esprit d'une grande partie des auditeurs, l'effet des exhortations du prédicateur à la charité et à l'humilité. Et, dans le fait, leurs physionomies portaient cet air de satisfaction qu'on remarque dans une troupe d'écoliers, quand, ayant vu un de leurs camarades puni pour une faute à laquelle ils n'ont pris aucune part, ils s'occupent de leur tâche avec une double ardeur, d'un côté parce qu'ils ne sont pas dans l'embarras, et de l'autre parce que leur camarade s'y trouve.
Ce fut avec des sentiments tout autres que la dame d'Avenel rentra dans son appartement. Elle était fort peu satisfaite de ce que Warden avait choisi pour sujet d'une discussion publique une affaire de famille à laquelle elle prenait un intérêt personnel. Mais elle savait que le digne homme réclamait ce droit comme faisant partie de sa liberté chrétienne à titre de prédicateur, et qu'il était en cela justifié par l'usage universel de ses confrères. Mais la conduite arrogante de son protégé l'affligeait encore plus profondément. En manquant d'une manière aussi remarquable, non seulement au respect qu'il devait avoir pour sa présence, mais encore à celui que dans ce temps-là on montrait à tout ministre de l'Évangile, il avait donné une nouvelle preuve de ce caractère indomptable dont ses ennemis l'accusaient. Et néanmoins, tant qu'il avait été sous ses yeux, elle ne s'était pas aperçue qu'il y eût en lui plus d'ardeur et d'impétuosité qu'il ne convenait à son âge. Cette opinion pouvait en quelque façon lui-être inspirée par la partialité, par la bonté et l'indulgence qu'elle avait toujours eues pour son jeune protégé; mais encore regardait-elle comme impossible qu'elle se fût totalement trompée dans l'idée qu'elle s'était formée de son
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•caractère. Une violence excessive ne s'accordait guère avec une constante hypocrisie , quoique Lilias donnât charitablement à entendre que, dans certaines circonstances, ces deux vices s'alliaient parfaitement ensemble. Et cela posé, lady Avenel ne pouvait s'en rapporter exactement à des propos et à des rapports directement contraires à son expérience et à son observation. La pensée de cet orphelin s'était attachée à toutes les fibres de son cœur et le remplissait d'une tendresse dont elle ne pouvait ellemême se rendre raison. Il semblait lui avoir été envoyé du ciel pour remplir ces intervalles de langueur et de vide qui revenaient sans cesse après de courts moments de jouissance. Peut-être lui était-il plus cher parce qu'elle voyait qu'il n'était aimé d'aucune autre personne, et qu'elle sentait que l'abandonner serait fournir à son mari et aux ennemis de l'enfant une occasion de triompher de la prééminence de leur jugement sur le sien : circonstance qui n'est jamais tout à fait indifférente au meilleur des époux de l'un ou de l'autre sexe.
En un mot, la dame d'Avenel résolut intérieurement de ne pas abandonner son page aussi long-temps que son page pourrait raisonnablement être protégé. Et pour s'assurer de ce qui restait à faire à cet égard, elle donna ordre qu'on l'amenât en sa présence.