‹ L'abbéChapitre 27 sur 250 · CHAPITRE IV. SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. SI

dats, mais à ces êtres indéfinis qui, élevés parmi des femmes, deviennent eux-mêmes de douteux hermaphrodites , et joignent rirritabihté et la poltronnerie de la femme aux faiblesses et aux passions de leur propre sexe.»

Il ne serait pas facile de décrire l'efiet que ce discours produisit sur la congrégation d'Avenel. Lady 3Ia rie paraissait interdite et offensée; les domestiques pouvaient à peine contenir, sous l'apparence d'une profonde attention la joie avec laquelle ils avaient entendu le chapelain lancer ses foudres sur le favori détesté ; mistress Lifias triomphait et relevait la tête avec tout l'orgueil que lui inspirait son animosité satisfaite ; tandis que le majordome, gardant une stricte neutralité dans l'air général de sa figure, tenait les yeux fixés sur un vieil écusson suspendu au mur, et paraissait l'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse: il aimait mieux sans doute encourir le reproche de n'avoir pas été attentif au sermon , que celui d'écouter avec une approbation marquée une sortie qui paraissait désagréable à sa maîtresse.

Le malheureux jeune homme, objet de cette harangue, avait reçu de la nature des passions qui jusqu'alors n'avaient pas été suffisamment réprimées : aussi ne put-il déguiser les sentiments d'indignation qu'il éprouvait en se voyant ainsi exposé, d'une manière tout à fait directe, au mépris et à la censure du petit monde dans lequel il vivait. Son front rougit, ses lèvres pâlirent, il grinça les dents, il serra les poings, et saisit machinalement l'arme à laquelle le ministre avait donné un caractère aussi hideux; enfin, à mesure que le prédicateur ajoutait de nouvelles couleurs à ses invectives, il sentit sa rage s'accroître à tel point, que, dans la crainte d'être entraîné à quelque acte de violence, il se leva, traversa précipitamment la chapelle, et quitta la congrégation.

Le prédicateur, saisi de surprise, s'arrêta tout à coup, tandis que le bouillant jeune homme passait devant lui comme un éclair, en lui lançant un regard auquel il eût voulu donner le pouvoir de la foudre pour consumer et anéantir le moraUste. Mais il ne fut pas plus tôt sorti de la chapelle, il n'eut pas plus tôt fermé avec violence la porte de l'allée voûtée qui communiquait au château, que l'inconvenance de sa conduite fournit a Warden un mouvement précieux d'éloquence. Il fit une courte pause, après laquelle, d'une voix lente et solennelle, il prononça le terrible anathème : <t II s'est retiré d'entre nous, parce qu'il n'était pas un des nôtres ; le malade a repoussé l'amertume salutaire du remède ; le blessé a

reculédevant le scalpel bienfaisant du chirurgien-, la brebis s'est enfuie de la bergerie et s'est livrée à la fureur du loup, parce qu'elle n'a pu tenir la conduite humble et paisible exigée de nous par le pasteur suprême. Ah I mes frères, gardez-vous de la colère, gardez- Yous de l'orgueil ; gardez-vous du péché mortel et destructeur qui se montre si souvent à nos faibles yeux paré des vêtements les plus brillants! Qu'est-ce que notre honneur terrestre? L'orgueil, et l'orgueil seulement. Que sont les dons de l'esprit et les grâces du corps dans ce monde ? Orgueil et vanité ! Les voyageurs parlent d'Indiens qui se parent de coquilles, se bariolent le corps de diverses couleurs, et qui sont aussi vains de leurs ridicules ajustements que nous le sommes de nos misérables avantages charnels. L'orgueil a pu précipiter l'étoile du matin du haut du ciel jusque sur le bord de l'abîme. C'est l'orgueil qui alluma l'épée flamboyante placée aux portes d'Eden ; c'est l'orgueil qui rendit Adam sujet à la mort et qui le fit errer péniblement sur la surface de la terre, dont il aurait été le maître ; c'est l'orgueil qui nous apporta le péché, l'orgueil qui double chaque péché apporté par lui. L'orgueil est l'avaut-poste que le démon et la chair défendent avec la plus grande opiniâtreté contre les assauts de la grâce ^ et jusqu'à ce qu'il soit emporté et rasé dans ses fondements,- il y a plus à espérer d'un insensé que d'un pécheur. Arrachez donc de votre cœur ce rejeton maudit de la pomme fatale ; déracinez-le, fùt-il entrelacé avec les liens de votre propre vie. Profitez de l'exemple du misérable pécheur qui nous a quittés^t des moyens que vous offre la grâce, tandis qu'elle agit aujourd'hui, avant que votre conscience soit desséchée comme par le feu d'un tison ardent, que vos oreilles soient assourdies comme celles de la couleuvre, et que votre cœur soit endurci comme la meule du moulin. Levez- vous donc et agissez; luttez et terrassez; résistez, et l'ennemi fuira devant vous; veillez et priez, de peur que vous ne succombiez à la tentation. Que la chute des autres soit pour vous un avertissement et un exemple. Surtout ne vous reposez point sur vous-mêmes ; car une pareille confiance est le symptôme le plus alarmant de la maladie elle-même. Le pharisien se croyait peut-être humble lorsqu'il s'abaissait dans le temple et qu'il remerciait Dieu de ce qu'il n'était pas comme les autres hommes, et particulièrement comme le publicain ; mais, tandis que ses genoux touchaient le pavé de marbre, sa tête s'élevait aussi haut que le pinacle du temple. Ne vous trompez donc point vous-mêmes, et n'offrez point

Page 1