CHAPITRE V. fit
tention. Lilias frappa et appela à plusieurs reprises : « Roland! Roland Gramme ! monsieur Roland Graeme (en appuyant sur le mot monsieur) , vous plairait-il d'ouvrir la porte ? Etes-vous incommodé? Faites-vous vos prières en particulier , afin d'achever les actes publics de dévotion que vous avez laissés incomplets? Il faudra sûrement faire griller une place pour vous dans la chapelle, afin que votre gentilhommerie soit à l'abri des regards du vulgaire? » Pas un souffle ne se fit entendre en réponse. « Eh bien! monsieur Roland , continua la suivante , il faudra que je dise à ma maîtresse que, si elle veut avoir une réponse, elle doit envoyer son message par quelqu'un qui puisse enfoncer la porte.
— Que dit votre maîtresse ? » demanda le page en dedans.
« Ma foi , ouvrez la porte et vous le saurez , répondit la femme de chambre. Il me semble convenable que son message soit rempli , écouté face à face , et je n'irai pas pour votre bon plaisir vous le sounier par le trou de la serrure.
Le nom de votre maîtresse , » dit le page en ouvrant la porte , « est une sauve-garde trop honorable pour votre impertinence. Que dit milady ?
— Qu'il vous plaise de ven-ir la trouver sur-le-champ dans le salon , répondit Lilias. Je m'imagine qu'elle a des instructions à vous donner sur les formes à observer en quittant la chapelle.
— Dites à Milady que je me rendrai sur-le-champ auprès d'elle, » répliqua le page, et rentrant dans sa chambre, il referma la porte au nez de la suivante.
«« Pohtesse rare! » murmura Lilias ; et retournant auprès de sa maîtresse, elle lui apprit que Rc-land Gra3me viendrait la trouver quand cela lui conviendrait.
« Comment? est-ce sa réponse textuelle, ou quelque enjolivement de votre invention? » dit froidement la dame.
« Certes , madame, » reprit Lihas sans répondre directement à la question , « il avait l'air de vouloir dire des choses bien plus impertinentes que celle-là , si j'avais voulu les écouter ; mais le voici qui vous répondra lui-môme. »
Roland Graeme entra dans l'appartement d'un air plus hautain et le visage plus coloré que de coutume. Il y avait un certain embarras dans sa contenance ; mais ce n'était celui ni de la crainte ni du repentir.
« Jeune homme, dit la dame, que croyez-vous que je doive penser de votre conduite ?
— Si elle vous a offensée , madame , j'en suis profondément affligé , répondit le jeune homme.
— N'avoir offensé que moi seule, répliqua la dame, ce serait peu de chose ; mais vous vous êtes rendu coupable d'une conduite qui offensera grièvement votre maître, d'actes de violence contre vos camarades, et de manque de respect envers Dieu lui-même en la personne de son ministre.
— Permettez-moi de répéter, dit le page , que, si j'ai offensé mon unique maîtresse , mon unique amie , mon unique bienfaitrice, en cela seul consiste toute ma faute , cela seul mérite mon châtiment. Sir Halbert Glendinning ne me regarde point comme son serviteur, et je ne le regarde point comme mon maître : il n'a pas le droit de me blâmer d'avoir châtié un insolent palefrenier. Quant au reste , je ne redoute point le courroux du ciel pour avoir traité avec dédain l'impertinente intervention d'un prédicateur intrigant. »
La dame d'Avenel avait déjà remarqué dans son jeune favori des symptômes de pétulance naturelle à son âge, et de l'impatience toutes les fois qu'il écoutait la censure ou le reproche ; mais sa conduite actuelle avait un caractère plus grave et plus marqué , et elle fut un moment embarrassée de savoir comment elle devait traiter le jeune homme qui paraissait avoir pris tout-à-coup le caractère, non seulement d'un homme fait , mais d'un homme hardi et déterminé. Elle garda le silence pendant quelques secondes , puis , de l'air de dignité qui lui était naturel : « Est-ce bien à moi, Koland , dit-elle , que vous tenez un pareil langage ? est-ce pour me faire repentir de la faveur que je vous ai montrée que vous vous déclarez indépendant d'un maître terrestre et d'un maître céleste? Avez-vous oublié ce que vous étiez , et à quoi la perte de ma protection vous réduirait de nouveau ?
— Milady, répondit Ic'page, je n'ai rien oublié. Je ne me souviens que de trop de choses . Je sais que sans vous j'aurais péri dans ces eaux bleuâtres , » et il indiquait le lac que l'on voyait par la fenêtre^, agité par un vent d'ouest. « Votre bonté a été plus loin , madame; vous m'avez protégé coutre la malice des autres et contre ma propre folie. Tous êtes libre , si vous le voulez , d'abandonner l'orphelin que vous avez élevé. Il n'est rien que vous n'ayez fait pour lui , et il ne se plaint de rien. Et cependant, madame , ne pensez pas que je me sois rendu coupable d'ingratitude . J'ai enduré, démon coté,ce que je n'aurais enduré pour aucune autre personne.