‹ L'abbéChapitre 31 sur 250 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Pour moi I s'écria lady Avenel ; et qu'est-ce que j'ai pu vous obliger à endurer ? quel traitement avez-vous éprouvé ici , que vous deviez vous rappeler avec des sentiments autres que ceux de la reconnaissance ?

— Vous êtes trop juste, madame, répondit Roland, pour exiger que je sois reconnaissant du froid dédain avec lequel votre mari m'a continuellement traité , dédain qui n'est pas sans un mélange d'aversion masquée. Vous êtes trop juste encore pour prétendre que je sois reconnaissant des marques constantes et non interrompues de mépris etde malveillance avec lesquelles j'ai été traité par d'autres , ou d'une homélie pareille à celle dont votre révérend chapelain a , aujourd'hui même , régalé à mes dépens toute la famille assemblée.

— Jamais oreilles mortelles ont-elles entendu pareille chose ? » s'écria la suivante , les bras étendus et les yeux tournés vers le ciel. « Il parle comme s'il était le fils d'un comte ou d'un chevalier tout au moins. »

. Le page lança sur elle un regard empreint du plus souverain mépris., mais ne daigna pas lui faire d'autre réponse. La dame , qui commençait à se sentir sérieusement offensée , et qui cependant.voyait avec peine la folie du jeune homme, reprit la parole sur le même ton .

«< En vérité, Pioland, vous vous oubliez d'une manière si étrange , dit-elle , que vous me forcerez à prendre des mesures i^érieuses pour vous rabaisser dans votre propre opinion , en vous réduisant au rang qui vous convient dans la société,

— Et le meilleur moyen pour cela , ajouta Lilias , serait de le renvoyer en véritable fils de mendiante , comme il était lorsque milady l'a pris dans sa maison.

— Lilias parle trop rudement, continua la dame; mais elle a dit la vérité, jeune homme, et je ne crois pas que je doive ménager cet orgueil qui vous a si complètement tourné la tête. Vous avez été paré de riches vêtements ; vous avez été traité comme le fils d'un gentilhomme, et vous en êtes venu au point d'oublier la source vulgaire de votre sang.

— Je vous demande pardon , ma très-honorée dame , répliqua Roland; Lilias n'a pas dit la vérité, et vous-même, milady, ne connaissez rien de ma famille qui puisse vous autoriser à la traiter avec un mépris aussi décidé. Je ne suis pas le fils d'une mendiante ; ma grand'mère n'a jamais demandé l'aumône à qui que

ce fût , ici ni ailleurs ; elle se serait laissée périr plutôt sur la bruyère stérile. Nous avons été pillés et chassés de notre maison, malheur qui est arrivé ailleurs et à d'autres. Le château d'Avenel, avec son lac et ses tours ^ n'a pas toujours pu garantir ses habitants contre le besoin et la désolation.

— Écoutez donc cette effronterie I s'écria Lilias ; il reproche à milady les désastres de sa famille !

— II aurait pu être assez reconnaissant pour m'épargner le désagrément d'un pareil souvenir, » dit la dame , affectée néanmoins de l'allusion.

— Cet appel était nécessaire pour ma justification , répliqua le page , sans quoi je n'aurais pas môme prononcé un seul mot qui pût vous causer de la peine. Mais croyez, ma très-honorée dame, que je ne suis point d'un sang vulgaire. Je ne connais point mon propre lignage -, mais la seule parente qui me reste a dit, et mon cœur l'a répété et me l'atteste encore : oui , je suis issu d'un sang noble et qui mérite d'être traité comme tel.

— Et c'est sur une assurance aussi vague, dit la dame, que vous prétendez avoir droit à tous les égards , à tous les privilèges qui sont dus à un rang élevé et à une naissance distinguée, et que vous vous croyez en droit de jouir de prérogatives qui ne sont l'apanage que de la noblesse ? Allez , monsieur, rentrez en vous-même , ou le majordome vous fera connaître que vous êtes sujet à être châtié com.me un impertinent garçon. Tous avez trop peu connu la discipline qui convient à votre âge et à votre situation.

— Le majordome connaîtra mon poignard avant que je connaisse sa discipline, » dit le page s'abandonnant à la colère qu'il avait réprimée jusqu'alors. « Madame, j'ai été trop long-temps le vassal d'une pantoufle et l'esclave d'un sifllet d'argent; cherchez un autre que moi qui réponde à votre appel ; qui soit surtout d'une naissance assez basse et d'un esprit assez vil pour se soumettre au mépris de vos domestiques , et reconnaître un vassal de l'Eglise en qualité de maître.

— J'ai mérité cette insulte , » dit la dame d'Avenel , dont le visage se cou\Tit d'une vive rougeur; « je l'ai méritée pour avoir si long-temps souffert et nourri votre insolence. Retirez-vous, monsieur, sortez de ce château ce soir même ; je vous fournirai des moyens de subsistance jusqu'à ce que vous ayez trouvé quelque manière honnête de pourvoir à vos besoins; quoique je

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