CHAPITRE VII. 1B
du père Ambroise, en restant à l'abbaye, peut courir des dangers, il pourrait attraper quelque bon coup en voulant mettre le holà.
— Cela m'importe peu, jamais la crainte ne m'arrêtera. Une seule considération pourrait me retenir : en visitant le père Ambroise, je troublerai peut-être l'harmonie qui existe entre les frères. Je me rendrai donc ce soir à l'ermitage de Saint-Cuthbert^ lé vieux anachorète m'y donnera l'hospitalité pour une nuit, et de là j'enverrai demander au père Ambroise s'il pense que je puisse me présenter au couvent.
— Par Notre-Dame I ce plan est raisonnable, et maintenant , » continua le fauconnier, non sans une sorte d'embarras qui contrastait avec sa franchise ordinaire, comme s'il ne pouvait trouver les mots convenables pour exprimer sa pensée ; « et maintenant , monsieur Roland, pourriez-vous me dire avec quoi est doublé le sac dans lequel vous savez que je porte la nourriture de mes faucons?
— Belle demande I il est doublé de cuir certainement, « répondit Roland surpris de l'hésitation que Woodcock mettait à lui adresser une question si simple.
« De cuir, jeune homme I reprit Woodcock, oui sans doute, mais d'argent aussi ! Toyez, voyez, » dit-il montrant une fente cachée dans la doublure de son sac. « Yoici trente groats, en bel et bon argent-, dix sont à votre service , je vous les offre de bon cœur : qu'il m'en a coûté pour vous dire cela ! mais le mot est lâché , Dieu merci. «
R.oland eut d'abord la pensée de refuser ce secours-, mais il se rappela le vœu d'humilité qu'il venait de faire, et il se persuada qu'il fallait user de l'occa.sion qui se présentait pour mettre sa résolution à l'épreuve. Tâchant donc de se maîtriser , il répondit à Adam Woodcock avec autant de franchise que son naturel lu permettait d'en montrer au moment où il faisait une pareille violen- • ce à ses sentiments, qu'il acceptait avec reconnaissance son offre généreuse. Cependant, pour que sa vanité sans cesse renaissante n'eût pas tant à souffrir, il ne put s'empêcher d'ajouter qu'il espérait être bientôt en état d'acquitter cette dette.
« A votre aise , à votre aise, jeune homme ! » dit le fauconnier d'un air de gaieté en lui comptant la somme si généreusement offerte. Puis il ajouta avec un enjouement sans égal = « Maintenant vous pourrez parcourir le monde; car celui qui sait monter un cheval , donner du cor, diriger une meute, dresser un faucon,
manier l'épée et le bouclier ; celui qui avec cela possède une paire de souliers, une cotte d'armes verte, et dix groats dans sa bourse, peut braver le chagrin et courir l'aventure. Adieu, que le ciel vous bénisse I »
En achevant ces mots, comme s'il eût voulu se dérober aux remercîmentsde son compagnon, il le quitta subitement et le laissa continuer seul le cours de son voyage.