CHAPITRE VU. -fè
Et la misère et TeficlaTage ; Allaa aimerait mieux pourrir Au fond de quelque marécage j Allan aimerait mieux mourir.
La voix de l'honnête fauconnier était amicale et sincère ; le ton avec lequel il avait moitié chanté moitié récité sa ballade, respirait la franchise et la cordialité. Mais le souvenir de leur querelle et de ses conséquences embarrassait Roland, et l'empêchait de répondre. Le fauconnier vit son hésitation, et en devina la cause.
« Quoi donc I monsieur Roland, dit-il, vous qui êtes à moitié Anglais, pensez-vous que moi, qui le suis tout à fait, je vous garde rancune lorsque vous êtes dans le malheur ? J'agirais alors comme le font certains Écossais, mon respectable maître toujours excepté, qui savent faire bonne mine à ceux qu'ils détestent, attendre le moment opportun, et retenir leur secret-, ils trinquent familièrement avec vous, vous suivent à la chasse au faucon et au lévrier; et après tout, quand l'occasion se présente, ils se vengent de quelque vieille querelle à la pointe du poignard. Un franc habitant d'York oublie toujours les vieilles querelles. Oui, camarade, m'eussiez-vous porté quelque coup, je le supporterais peut-être plus volontiers qu'une parole grossière de la part d'un autre ; car vous avez des connaissances profondes en fauconnerie, quoique vous souteniez qu'il faut laver la viande des fauconneaux. Ainsi donnez-moi votre main, et plus de rancune.
Qaoiqu'il sentît son orgueil se révolter de la familiarité de l'honnête Adam, Roland ne put résister à sa grossière franchise. Se couvrant la figure de l'une de ses mains, il tendit l'autre au fauconnier, et répondit de bon cœur à ses témoignages d'amitié.
«A'oilà qui est bien, reprit Woodcock. J'ai toujours dit que vous aviez bon cœur, quoique certainement il y aitdans votre caractère quelque chose de diabolique. Je m'étais rendu de ce côté avec le faucon à l'effet de vous trouver, lorsque ce maraud de Ralph, que je rencontrai, m'indiqua la direction que vous aviez prise. Vous avez toujours eu trop bonne opinion de ce faquin, monsieur Roland, car tout ce qu'il sait en fauconnerie il le tient de vous. J'ai deviné à son air ce qui s'était passé entre vous deux, aussi me suis-je incontinent débarrassé de lui. J'aimerais mieux un oiseau pilleur au milieu de mes faucons qu'un fripon de son espèce à mes côtés. Mais enfin, monsieur Roland, dites-moi, de quel côté dirigez-vous votre vol ?
— Du côté qu'il plaira à Dieu, » répondit le page avec un soupir qu'il lui fut impossible d'étouffer.
« Allons, jeune homme, dit Woodcock, n'allez pas vous laisser abattre pour avoir été congédié. Qui sait si vous ne prendrez pas un plus majestueux essor? Regardez Diamant. Quel charmant oiseau I Qu'il semble majestueux avec son chaperon, ses sonnettes, ses cordons! Et cependant combien de faucons sauvages de la Jîforwége refuseraient certainement de changer leur sort contre le sien I Je puis en dire autant de vous. Vous n'êtes plus le page de milady ; vos habits ne seront plus désormais aussi beaux, vos repas aussi splendides, votre lit aussi doux; vous ne pourrez plus à l'avenir vous montrer aussi galant. Mais après tout, que vous importe? Si vous n'êtes plus le page de milady, vous êtes au moins votre maître; vous pouvez aller où bon vous semble, sans être obligé de songer au cri ou au sifflet; ce qu'il y a de fâcheux cependant, c'est qu'il faut renoncer à la chasse ; mais aussi qui sait ce que vous pourrez devenir un jour ? Regardez sir Halbert lui-mômej sauf le respect que je lui dois, il se trouva, dit-on, fort heureux autrefois d'avoir été choisi pour garder les forêts de l'abbé. Eh bien I il possède aujourd'hui lévriers et faucons, et qui plus est, Adam Woodcock pour fauconnier.
— Votre raisonnement est fort juste, Adam, « répondit le jeune homme en rougissant-, « et quoique les sonnettes que porte le faucon soient en argent , certes le vol de l'oiseau serait plus élevé si son corps n'était pas chargé de cet ornement futile.
— Bravement parlé, en vérité I s'écria le fauconnier; mais ditesmoi, où allez-vous en ce moment?
— Je pensais à me rendre à l'abbaye de Kennaquhair , reprit Roland Grœme, pour y implorer les conseils du père Ambroise.
— Puisse lajoie vous suivre en ces lieux; mais, objecta le fauconnier, il y a tout lieu de croire que vous trouverez les vieux moines plongés dans la douleur. On dit que , se repentant de les avoir trop long-temps soufferts, les communes menacent de les chasser de leurs cellules, et de faire célébrer une messe en l'honneur du diable dans la vieille église môme de l'abbaye. Ils pensent qu'ils ont trop négligé ce petit divertissement, et je suis de leur avis.
— Alors, » dit hardiment le page', « le père Ambroise ne sera pas fâché d'avoir à ses côtés un ami fidèle.
— Mais prenez garde, jeune homme, repritle fauconnier, l'ami