‹ L'abbéChapitre 42 sur 250 · CHAPITRE VIII. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. a

effet le clergé romain a toujours été heureux dans le choix qu'il a fait des lieux qu'il destinait à la religion.

Non loin de l'ermitage était une source dont les eaux possédaient quelques vertus médicinales. L'anachorète comme on le pense bien, s'en était déclaré le gardien et le patron, et cette source lui procurait parfois certains avantages : ceux en effet qui voulaient mettre à profit les vertus salutaires de ses ondes pouvaient se dispenser difiicilement de laisser au saint homme des marques de leur libérafité. Quelques perches d'une terre fertile servaient au moine de jardin. Une éminence couverte d'arbres qui s'élevait derrière l'ermitage l'abritait du côté du nord et de l'est , et la façade était exposée au sud-ouest, en regard d'une vallée à la fois pittoresque et sauvage, au bas de laquelle serpentait un ruisseau limpide qui luttait avec un léger murmure contre chaque pierre qui interrompait son cours.

L'ermitage lui-même était plutôt simplement que grossièrement bâti :c'étaitun bâtiment gothique peu élevé, composé de deux petites pièces, dont l'une servait d'habitation au moine; dans l'autre se trouvait la chapelle. Comme peu de membres du clergé sécuher avaient osé fixer leur séjour si près des frontières, le secours de ce moine dans les affaires spirituelles n'avait pas été inutile à la communauté, tant que le catholicisme avait conservé son ascendant ; car il avait reçu les pouvoirs nécessaires pour marier , baptiser et administrer les autres sacrements de l'Eglise catholique. Mais comme depuis peu les progrès du protestantime avaient été sensibles, l'ermite avait jugé à propos de se renfermer dans une retraite absolue , et de vivre, autant que possible, de manière à n'être ni observé, ni censuré. Cependant l'aspect de l'habitation, lorsque Roland Graeme s'y présenta à la chute du jour , prouvait évidemment que la prudence et les précautions du moine avaient été sans effet.

Le page allait frapper à la porte lorsqu'il remarqua, à sa grande surprise, non seulement qu'elle était ouverte, mais que le gond supérieur avait été arraché , et que , ne tenant plus au chambranle que par celui du bas, elle ne pouvait remplir ses fonctions. Un peu alarmé à cette vue, et ne recevant pas de réponse, quoiqu'il eût frappé et appelé, Roland se mit à examiner avec attention les dehors du petit bâtiment avant de s'aventurer dans l'intérieur. Les fleurs , attachées soigneusement et dirigées le long des murailles, avaient été tout récemment arrachées : leurs tiges flétries

gisaient sur la terre : les fenêtres à treillages avaient été rompues et enfoncées. Enfin le petit jardin, où les travaux assidus de l'ermite entretenaient l'ordre et la fraîcheur, avait été ravagé, détruit, foulé sous les pieds des hommes et les pas des animaux.

La source sainte elle-même n'avait pas été épargnée. Elle coulait auparavant sous un dôme en arcades, que la dévotion des anciens temps avait érigé pour abriter ses eaux salutaires. Les arcades étaient presque entièrement démolies, et les pierres avaient été jetées dans le bassin comme pour obstruer , pour étouffer la source , qui , après avoir partagé les honneurs du saint, était de moitié dans sa disgrâce. Les destructeurs avaient arraché une partie du toit de l'ermitage; ils avaient môme attaqué avec la pioche et le levier l'un des angles du bâtiment et en avaient déplacé plusieurs grosses pierres : mais la solidité de la maçonnerie leur avait opposé un obstacle qu'ils n'eurent pas le temps ou la patience de vaincre.

Si l'on visite de pareilles ruines , quand plusieurs années ont passé sur elles , quand le travail incessant de la nature a fait graduellement disparaître les traces de la violence des hommes , soif sous les toutFes d'herbe grimpante, végétation luxuriante des étés, soit sous les taches moussues de la saison humide ; à travers ce Toile pittoresque, elles offrent une mélancolique beauté. Mais quand les récentes atteintes du marteau des démolisseurs étalent encore leur nudité hideuse, rien n'adoucit le sentiment de désolation que ces débris inspirent : et tel était le spectacle que le jeune homme contemplait avec une profonde amertume.

Dès que Roland Grseme fut revenu de sa première surprise , il n'eut pas de peine à trouver la cause de ces ravages. La destruction des édifices papistes n'eut pas lieu à la fois dans toute l'Ecosse, mais on reprit cette œuvre à différentes époques, et selon l'esprit qui faisait agir te clergé réformé -, quelques-uns excitaient leurs auditeurs à ces actes de vandalisme ; et d'autres , doués de plus de goût et de sentiment;, cherchaient à protéger les anciens autels, tout en désirant les voir purifiés des objets qui avaient attirô une dévotion idolâtre. Aussi , de temps à autre, la populace des villes et des villages écossais, excitée soit par sa propre haine contre les superstitions papistes , soit par les doctrines fanatiques de quelques prédicateurs zélés , reprenait l'œuvre de la destruction , et l'exerçait sur une église, une chapelle ou une cellule isolée , qui avait échappé au premier transport de leur indignation contre la

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