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CHAPITRE VIII. am

religion de Rome. Dans plusieurs e%'"aits, les vices du clergé catholique, provenant de la richesse et de la corruption de cette hiérarchie formidable, ne justifiaient que trop la terrible vengeance exercée sur les magnifiques édifices qu'ils habitaient. Un vieil historien écossais donne un exemple remarquable du parti que l'on tirait de ce prétexte.

« Pourquoi vous affliger ? » disait une vieille matrone en voyant le mécontentement de quelques citoyens lors de l'incendie d'un superbe couvent où le peuple avait mis le feu 5 « pourquoi vous affliger de cette destruction? si vous connaissiez la moitié des crimes abominables qui se sont commis dans cette maison, vous béniriez plutôt la justice divine : cette justice ne permet pas môme aux murs insensibles qui voilaient tant de débauches , d'embarrasser plus long-temps la terre chrétienne. »

Mais , quoique , dans bien des cas , la destruction des bâtiments des cathohques romains ne fût, selon la matrone, qu'un acte de justice, et dans d'autres, un acte de politique, cette fureur de démolir les monuments de la piété et de la munificence des siècles , surtout dans un pays pauvre comme l'Ecosse où il n'y avait pas de chance de les remplacer, était certainement un acte de violence inutile, et de stupide barbarie.

La solitude tranquille et modeste du moine de Saint-Cuthbert l'avait jusqu'alors sauvé du naufrage général ; mais la destruction avait enfin étendu son bras jusqu'à lui. Inquiet de savoir s'il avait au moins échappé à tout danger personnel, Roland Grœme entra dans la cellule à demi ruinée.

L'intérieur du bâtiment était dans un état qui justifiait pleinement l'idée qu'il s'en était faite d'après l'aspect du dehors. Le peu d'ustensiles grossiers que possédait le solitaire étaient brisés et épars sur le sol, où il semblait qu'on eût allumé du feu avec quelques débris pour achever de tout détruire , et pour consumer surtout la vieille et grossière image de saint Cuthbert dans ses habits épiscopaux. Elle était étendue sur le sol comme Dagon, brisée à coups de hache et entamée par les flammes, mais non entièrement détruite. Dans le petit appartement qui servait de chapelle, l'autel avait été renversé, et les quatre grosses pierres qui le composaient jadis étaient éparses sur la terre. Le gros crucifix de pierre qui occupait la niche derrière l'autel en avait été précipité, et par son propre poids s'était brisé en trois morceaux. On voyait les traces des coups de marteau sur chaque portion; néanmoins,

l'image avait résisté à une tVjistruction complète, grâce au volume et à la force des fragments qui, bien que grandement endommagés, retenaient assez de leur forme première pour indiquer ce que la sculpture avait voulu représenter.

Roland Grseme, élevé en secret dans les principes de Rome, vit avec horreur la profanation de ce qui était , selon lui , l'emblème le plus sacré de la foi des' chrétiens. « C'est le signe de notre rédemption , s'écria-t-il , que les félons ont osé violer; plût à Dieu que ma faible main pût le rétablir I et plût à Dieu que mon respect pût expier ce sacrilège !

Il se baissa pour exécuter la tâche qu'il méditait, et par un effort subit et selon lui presque incroyable , il souleva par une de ses extrémités la partie inférieure de la croix , et fit reposer cette extrémité sur le bord de la grosse pierre qui servait de piédestal. Encouragé par ce succès , il essaya sa vigueur sur l'autre bout du fragment , et à son grand étonnement il parvint à dresser le pied du crucifix debout sur le soubassement d'où il avait été arraché : de sorte que cette partie de la sainte image se trouva parfaitement rétablie.

Tandis qu'il était ainsi occupé , ou plutôt au moment où il avait accompli la première partie de son travail, une voix haute et bien connue fit entendre ces mots derrière lui : « C'est bien, bon et fidèle serviteur! C'est ainsi que je souhaitais revoir l'enfant de mon amour, l'espoir de mes vieux ans. »

Roland se retourna avec surprise , et la taille imposante de Madeleine Grœme se dessina sous ses yeux. Elle portait une espèce de robe large, à peu près semblable à celle des pénitents catholiques , mais de couleur noire , et ne se rapprochant pas plus du manteau de pèlerin que la prudence ne le permettait dans un pays où un seul soupçon d'attachement aux pratiques de l'ancienne foi était devenu un titre à la persécution. Roland Grseme la reconnut aussitôt et se jeta à ses pieds. Elle le releva et l'embrassa avec une affection mêlée d'une gravité presque sévère.

Tu as bien conservé l'oiseau dans ton sein ', lui dit-elle. Enfant ou jeune homme, tu as maintenu ta croyance parmi les hérétiques; tuas gardé ton secret et le mien au milieu de tes ennemis. Je pleurai quand je me séparai de toi. Moi, qui pleure rarement, je versai

4 Expression dont se servit sir Ralph Percy, tue à la bataille d'Hedgely-Mo or en 1461 : c'est par ces mots qu'en mourant il rnppelason inébranlable fidélité à la maison de Lancastre.

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