‹ L'abbéChapitre 62 sur 250 · CHAPITRE XII. iI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. iI

« Par ma foi , dit le page , cette bote à cornes est mieux logée que le reste des habitants du couvent.

— Vous devriez rester près d'elle, reprit Catherine , et remplacer par vos attentions filiales la progéniture qu'elle a eu le malheur de perdre.

— J'y resterai au moins pour vous aider à préparer ce dont elle a besoin pour la nuit , jolie Catherine , » dit Roland en saisissant une fourche.

« Non sans doute;, car, outre que vous ne connaissez rien à ce genre de service , vous me vaudriez quelque semonce, et j'en ai bien assez dans le cours ordinaire des choses.

— Quoi ! dans cette occasion vulgaire , pour accepter mon assistance, quand je dois être votre confédéré dans une affaire de haute importance ? Cela serait tout à fait sans raison ; et maintenant que j'y pense , pouvez-vous me dire quelle est cette grande entreprise à laquelle je suis destiné?

— Il s'agit de dénicher des oiseaux , je présume , à en juger par le champion qu'on a choisi.

— Par ma foi, celui qui a enlevé un nid de faucons sur les roches de Polmoodie a fait quelque chose dont il peut se vanter. Mais laissons cela -, au diable les faucons et leur nid I car c'est pour avoir voulu nourrir à ma guise ces maudits oiseaux que j'ai été embar^ que dans cette équipée. Le bonheur de vous avoir rencontrée, ma jolie sœur, m'empêche seul de ronger mon poignard, de dépit de ma propre sottise. Mais puisque nous allons être compagnons de voyage....

— Compagnons de voyage ! non , dites plutôt compagnons de travaux ; car sachez, pour votre bien , que l'abbesse et moi nous partirons demain avant vous et votre respectable aïeule 5 et si je souffre maintenant votre présence ici , c'est en partie parce qu'il se passera peut-être bien du temps avant que nous nous rencon* trions de nouveau .

— Par saint André ! il n'en sera point ainsi ; je ne chasserai pas , si nous ne chassons de compagnie.

— Je suppose qu'en cela, comme dans tout le reste, il nouf faudra faire ce qu'on nous ordonnera. Mais, écoutez ! J'entende la voix de ma tante. »

La vieille dame entra en effet , et lança un regard sévère à sa nièce, tandis que Roland saisit promptement le licou de la vache.

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« Notre jeune hôte , dit gravement Catherine, m'aidait à attacher plus solidement la vache à son poteau , car, la nuit dernière, elle a mis la tète à la fenêtre , et poussé un mugissement qui a jeté l'alarme dans tout le village ; et les hérétiques nous accuseront de sorcellerie s'ils ignorent la cause de cette apparition . ou nous enlèveront notre vache s'ils la découvrent.

— Rassurez-vous , » répliqua l'abbesse avec une légère teinte d'ironie, « la personne à qui l'animal est vendu va venir la prendre tout à l'heure.

— Adieu donc , ma pauvre com.pagne I » reprit Catherine en caressant l'épaule de la vache ; « je te souhaite de tomber en de bonnes mains; car , depuis quelque temps, mes heures les plus douces ont été celles où je te donnais mes soins. Piùt à Dieu que je n'eusse jamais à remplir de taché plus relevée I

— Fi donci fille sans cœur, s'écria l'abbesse : sont-ce là des paroles dignes du nom de Seyton et d'une sœur de ce monastère, marchant dans les voies de la grâce ? Et les prononcer devant un jeune étranger I Allez à mon oratoire , petite folle, et lisez vos heures jusqu'à mon retour ; je vous donnerai une leçon qui vous fera sentir tout le prix des grâces qui vous ont été accordées. »

Catherine allait se retirer en silence . jetant sur Roland Graeme, un regard moitié triste , moitié comique , lequel semblait dire : Vous voyez à quoi votre visite m'a exposée ; quand , changeant tout à coup de dessein, elle s'avança vers le page, et lui tendit la main pour lui souhaiter le bonsoir. Leurs mains se pressèrent avant que l'abbesse étonnée pût s'y opposer , et Catherine eut le temps de dire : « Pardonnez-moi , ma mère -, il y a long-temps que nous n'avons vu un visage nous regarder avec bienveillance. Depuis que les troubles ont détruit la paix de notre retraite , nous n'avons rencontré que haine et méchanceté. Je fais à ce jeune homme un adieu amical , parce qu'il est venu ici comme un ami, et parce qu'il est probable que nous ne nous reverrons plus dans ce monde. Je comprends mieux que lui combien les projets où vous vous jetez sont au-dessus de vos forces, et sur quelle pente périlleuse vous placez une pierre qui vous entraînera dans sa chute. Je dis adieu, ajouta-t-elle, à celui qui sera peut-être victime avec moi. »

Ces paroles furent prononcées avec l'expression d'un sentiment Vif et profond , bien éloigné de la légèreté ordinaire de Catherine : on put voir que , sous l'apparence de l'inexpérience et de retour-

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