‹ L'abbéChapitre 91 sur 250 · CHAPITRE XVII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. i

combattre vaillamment , quoique entouré et presque accablé par le nombre, Roland, disons-nous, ne put se retenir plus long-temps, «.Woodcock, s'écria-t-il, si vous êtes un homme, dégainez ; et joignons-nous aux Seyton. »

Sans attendre de réponse, et sans écouter les instances du fauconnier, qui le suppliait de ne pas se mêler d'une dispute où il n'avait aucun intérêt , le fougueux jeune homme s'élança de son cheval,mit l'épée à la main,et criant comme les autres : « Seyton ! Seyton ' 1 » se précipita dans la mêlée, où il abattit un de ceux qui poursuivaient de plus près le chef dont il avait épousé la cause. Ce secours imprévu ranima le parti plus faible, qui se mit à renouveler le combat avec plus d'ardeur. En ce moment, quatre des magistrats de la ville, qu'on distinguait à leur manteau de velours et à leur chaîne d'or, s'avancèrent avec une garde de hallebardiers et de citoyens armés de longues épées. Ces hommes, habitués à ce genre de service, se précipitèrent hardiment en avant, et forcèrent les combattants à se séparer : ceux-ci se retirèrent immédiatement de difierents côtés, laissant sur la rue les blessés qui avaient été mis hors de combat dans la mêlée.

Le fauconnier , qui s'arrachait la barbe de colère en voyant la témérité de son compagnon , s'approcha de lui avec son cheval qu'il avait saisi par la bride , et l'accosta en lui disant : « ^Ionsieur Roland, monsieur l'oison, monsieur tête folle, vous plaira-til de remonter à cheval, et de vous mettre en marche ? ou voulezvous rester ici pour être conduit en prison, et répondre des œuvres de cette belle journée ? »

Le page avait commencé sa retraite avec les Seyton, comme s'il eût été un de leurs alliés naturels : il suffît de cette question peu cérémonieuse , pour lui faire sentir qu'il venait de jouer le rôle d'un fou ; il obéit donc à Woodcock avec un sentiment de honte, s'élança vivement sur son cheval ; renversant d'un coup de poitrail de l'animal un officier de la ville qui s'avançait vers lui ^ il descendit la rue au galop suivi de son compagnon, et se trouva promptement hors de la portée des clameurs et des cris. Des rencontres de ce genre étaient si communes à Edimbourg à cette époque , qu'elles excitaient rarement beaucoup d'attention une fois le combat terminé, à moins que quelque personnage d'importance n'eût

i Ici Roland joue sur le mot Seyton , qui a le même sou que set on, c'est-àdire en avant.

péri, accident qui imposait à ses amis le devoir de venger sa mort à la première occasion. Le bras de la police était si faible, qu'il était ordinaire de voir de pareilles escarmouches durer des heures entières quand les forces étaient nombreuses et égales. Mais, depuis quelque temps, le régent, homme doué d'une grande force de caractère , sentant combien il était dangereux de tolérer de tels actes de violence , avait ordonné aux magistrats d'entretenir constamment des gardes sur pied pour prévenir ce désordre , ou du moins pour le réprimer comme ils venaient de le faire.

Le fauconnier et son jeune compagnon descendaient la Canongate ' -, ils avaient ralenti leur pas pour éviter d'attirer l'attention, d'autant plus qu'il n'y avait aucune apparence de poursuite. Roland penchait la tête , en homme qui sentait que sa conduite n'avait pas été très-sage : son compagnon lui adressa ces mots :

« Tous plairait-il de me dire une chose, maître Roland : je désirerais savoir s'il y a en vous un démon incarné ou non ?

— Vraiment , monsieur Adam Woodcock , répondit le page , j'espère encore que non.

— Alors , reprit Adam , je voudrais bien savoir par quelle influence, ou par quelle instigation , vous êtes continuellement , de côté ou d'autre , fourré dans quelque sanglante dispute. Ditesmoi , je vous prie , qu'aviez-vous à faire avec ces Seyton et ces Leslie , dont vous n'aviez jamais entendu le nom une seule fois dans votre vie?

— Tous n'y êtes pas, mon ami , dit Roland, j'ai mes propres raisons pour être l'ami des Seyton.

— Elles sont donc bien secrètes ; car j'aurais parié que vous ne connaisssiez pas même une seule personne de ce nom , et je le pense encore ; votre maudite passion pour le cliquetis des armes, bruit aussi délicieux pour vous que le tintement d'une marmite de cuivre pour un essaim d'abeilles ^ , et non aucun intérêt pour les Seyton ou les Leslie, voilà bien plutôt ce qui vous a engagé à risquer votre tête folle dans une querelle où vous deviez demeurer étranger. Mais soyez assuré, mon jeune maître, que si vous devez dégainer avec chaque homme qui tire ici l'épée dans la High- Gate, ce n'est pas la peine de la remettre dans le fourreau pour le reste de votre vie; car, si je calcule juste, elle y serait à

i Une des rues principales d'Edimbourg.

2 Lorscpi'un essaim d'abeilles s'égare, on le ramène à la ruche en frappant sur un chaudron de cuivre.

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