CHAPITRE XVII. ^W
avaient frappé ses oreilles d'un vain bruit, ses yeux étaient restés continuellement fixés sur un objet si intéressant. Enfin, comme la belle était sur le point d'entrer sous un de ces passages qui donnent aux maisons voisines une issue sur la Canongate (passage orné d'un écu d'armes avec deux énormes renards en pierre pour support), elle avait soulevé son voile, peut-être dans le dessein de voir quel cavalier l'observait avec tant d'intérêt. Le jeune Roland avait eu le temps d'entrevoir, sous son plaid de soie , ses yeux brillants d'azur , ses beaux cheveux, ses traits animés, et cela suffit pour l'engager, comme un jeune fou plein de témérité, dont la conduite n'avait jamais été ni contredite, ni réfléchie, à jeter la bride de son cheval sur le bras d'Adam , et à lui faire jouer le gentilhomme en vedette, tandis qu'il courait après Catherine Seyton. La vivacité de l'esprit des femmes est passée en proverbe ; et pourtant Catherine ne trouva pas de meilleur expédient que d'avoir recours à la légèreté de ses jambes, dans l'espérance de mettre en défaut la poursuite du page, et de lui dérober le lieu de sa retraite. Mais il n'est pas aisé de devancer un jeune homme de dix-huit ans à la poursuite d'une maîtresse. Catherine traversa enfuyant une cour pavée, décorée de grands vases de pierre, dans lesquels croissaient des ifs, des cyprès et d'autres arbres toujours verts, qui répandaient autour d'eux une sombre tristesse parfaitement en harmonie avec l'aspect solennel de l'édifice massif et élevé en face duquel ils étaient placés comme ornements ; ces arbres traçaient un carré, et au-dessus d'eux on apercevait une portion du bleu firmament de forme également quadrangulaire ; tout autour s'élevaient d'immenses murs noirs percés de cinq étages de fenêtres : au-dessus de chaque étage se dessinait une architrave pesante chargée d'armoiries et d'emblèmes rehgieux. Catherine Seyton parcourait cette cour avec la rapidité d'une biche poursuivie des chasseurs, faisant le meilleur usage possible de ses jolies jambes, qui avaient même attiré les éloges du réfléchi et prudent Adam Woodcock. Elle atteignit une grande porte au centre de la façade du fond de la cour, tira la bobine jusqu'à ce que le loquet montât, et se cacha dans l'antique demeure. Mais, si elle avait fui comme une biche, Roland l'avait suivie avec la rapidité et l'ardeur d'un jeune lévrier lâché pour la première fois sur sa proie. Il ne la perdit pas de vue, en dépit de ses efforts ; car il est remarquable quel avantage possède dans une telle course le galant curieux sur la jeune fi!le qui souhaite de n'être pas aperçue,
avantage tel que j'ai vu moi-même des cas où il réussit à rendre nulle une grande distance. Il vit d'abord flotter son voile à l'un des détours 5 il entendit ensuite le bruit de ses pas, quelque légers qu'ils fussent, en traversant la cour, et enfin il entrevit sa figure au moment où elle entrait dans la maison. Etourdi et inconsidéré comme nous l'avons dépeint, n'ayant aucune connaissance de la vie que par les romans qu'il avait lus, et ne sachant pas réprimer l'ardeur d'une première impulsion, possédant d'ailleurs beaucoup de courage et de vivacité, Roland n'hésita pas un instant à s'approcher de la porte par laquelle l'objet de sa poursuite avaitdisparu. Il tira aussi la bobine, et le pesant et massif loquet répondit à son impatience. Le page entra droit avec la môme précipitation qui avait marqué toute sa conduite, et il se trouva dans un grand salon ou vestibule, faiblement éclairé par des fenêtres garnies de vitraux peints soutenus par un treillage en plomb; l'obscurité de ce vestibule était encore augmentée par la privation des rayons du soleil, provenant de la hauteur des murs des édifices dont la cour était entourée. Les parois de la salle étaient couvertes de vieilles armures rouillées, entremêlées de vastes et massifs écussons en pierre, portant de doubles tresclieurs, des couronnes et autres signes nobihaires, auxquels Roland Graeme n'accorda pas un moment d'attention. En effet, il ne remarqua que la figure de Catherine Seyton qui , se croyant à l'abri dans la salle, s'était arrêtée pour respirer après sa course, et se reposait un instant sur un grandbanc de chêne qui se trouvait à l'extrémité du vestibule. Le bruit de l'entrée de Roland la troubla tout à coup : elle tressaiUit en poussant un faible cri de surprise, et s'échappa par une des portes qui s'ouvraient dans cette salle comme dans un centre commun. Roland s'avança aussitôt vers la môme porte. Elle communiquait à une vaste galerie bien éclairée, à l'extrémité de laquelle il entendit plusieurs voix et le bruit de quelques pas précipités qui s'approchaient du vestibule. Cn peu rappelé à la réflexion par l'apparence d'un danger sérieux, il délibérait s'il devait persister ou se retirer, quand Catherine Seyton, rentrant par une porte de côté, accourut à lui avec autant de vitesse qu'elle en avait mis à l'éviter quelques minutes auparavant.
« Ohl quel malheur vous a amené ici? s'écria-t-elle. Fuyez, fuyez, ou vous êtes un homme mort. Mais non, restez : ils viennent; la fuite est impossible. Dites que vous venez demander lord Seyton.»