CHAPITRE XVII. i
Elle s'élança loin de lui, et disparut comme elle était entrée. Au môme instant deux vastes portes, situées à l'extrémité de la galerie, s'ouvrirent avec violence , et six ou sept jeunes gens richement vêtus se précipitèrent dans l'appartement, la plupart répée à la main.
<v Quel est l'insolent, dit l'un d'eux, qui ose nous troubler dans notre demeure ?
— Taillons-le en pièces, s'écria un autre ; qu'il paie l'insulte qui nous a été faite aujourd'hui. C'est quelque partisan des Rothes.
— Non, par sainte Marie ! dit un troisième ; c'est un homme de la suite de ce paysan anobli, de ce brigand d'Halbert Glendinning, qui se donne le titre d'Avenel, jadis vassal de l'Église, aujourd'hui pillant ses états.
— C'est vrai, dit un quatrième, je le reconnais à la branche de houx qui est le signe de ralliement de sa bande. Qu'on garde la porte I il répondra de cette insolence. »
Deux d'entre ces braves, tirant leurs armes à la hâte, coururent à la porte par laquelle Roland était entré dans la salle, et s'y tinrent pour l'empêcher de s'échapper ; les autres s'avancèrent vers le page , qui eut assez de bon sens pour s'apercevoir que toute tentative de résistance serait inutile et imprudente. Plusieurs lui demandèrent en même temps, d'un ton qui n'était nullement amical, qui il était, d'où il venait, son nom, son dessein, et qui l'avait envoyé. Le nombre de questions qu'on lui faisait à la fois lui fournit une excuse momentanée pour garder le silence; et avant que cette courte trêve se fût écoulée, un nouveau personnage entra dans la salle. Dès qu'il parut, tous ceux qui s'étaient assemblés furieux autour de Roland reculèrent avec respect.
C'était un homme d'une taille élevée^ dont les cheveux noirs grisonnaient déjà, quoique ses yeux et ses traits animés par la fierté eussent conservé toute l'ardeur de la jeunesse. La partie supérieure de sa personne n'était pas vêtue, et les larges plis de sa chemise de toile de Hollande étaient teints de sang. 3Iais il avait jeté sur ses épaules un manteau pourpre, bordé de riches fourrures. Il portait sur la tête une toque de velours cramoisi, relevée d'un côté par une petite chaîne d'or formée de nombreux anneaux, et qui, en faisant trois fois le tour du chapeau, était retenue par une médaille, suivant la mode adoptée à cette époque par les seigneurs écossais.
<' Quelle est donc la personne, mes (ils et mes amis, dit-il, que
VOUS pressez avec cet air de menace? Ne savez-vous pas que l'abri de ce toit doit garantir un noble traitement à quiconque vient ici, soit avec des sentiments de paix, soit même dans un esprit d'hosr tilité ouverte ?
— Milord, répondit un des jeunes gens, voici un coquin qui vient nous épier en traître.
— Je repousse l'accusation , » s'écria Roland avec hardiesse : « je suis venu pour avoir des nouvelles de lord Seyton.
— Beau conte , répondirent ses accusateurs , et bien vraisem" blable dans la bouche d'un homme attaché au service de Glendinning !
— Arrêtez, jeunes gens î » s'écria lord Seyton, « car c'était ce seigneur en personne ; « laissez-moi regarder ce jeune homme. De par le ciel , c'est celui qui , il y a quelques minutes , est venu si hardiment me seconder, lorsque plusieurs de mes gens songeaient plus à leur sûreté qu'à la mienne. Retirez-vous loin de lui; car il mérite de votre part des honneurs et un accueil amical au lieu de ce dur traitement. »
Ils s'éloignèrent à l'instant , obéissant aux ordres de lord Seyton , qui , prenant Grœme par la main , le remercia de la promptitude et de la bravoure avec laquelle il l'avait secouru : « et sans doute, ajouta-t-il, le môme intérêt qu'il avait pris à sa cause, dans la mêlée, amenait son jeune défenseur chez lui pour s'informer de l'état de sa blessure. »
Roland s'inclina humblement en signe de consentement.
«< Est-il quelque chose en quoi je puisse vous servir pour vous prouver ma reconnaissance ? »
Mais le page, jugeant convenable de s'en tenir à l'excuse que lord Seyton lui avait suggérée lui-même si à propos, répondit que le désir de s'informer de la sûreté de Sa Seigneurie avait été la seule cause de sa visite. Il avait remarqué, ajouta-t-il , que lord Seyton avait reçu une blessure dans le combat.
«' Ce n'est rien , dit lord Seyton ; je venais d'ôter mon pourpoint, pour que le chirurgien mît un léger appareil sur cette égratignure , lorsque les clameurs de ces jeunes écervelés nous ont interrompus. »
Roland, le saluant humblement, était près de se retirerf'car, délivi-é du danger d'être traité comme espion, il commençait à craindre que son compagnon , Adam Woodcock, qu'il avait quitté avec si peu de cérémonie , ne le jetât dans un nouvel embarras ,