CHAPITRE XYIII
d'un vert foncé, surmontée d'une plume , et un habit de môme couleur, garni de six larges galons d'argent et bordé de violet. Ils se reconnurent tous deux en même temps.
— Quoi I Adam Woodcock à la cour ?
— Eh quoi ! Michel l'Aile-au-Vent ^ I Et comment se porte la chienne bariolée ?
— Elle s'use comme nous de fatigue, mon cher Adam; quatre pattes ne peuvent pas porter un chien éternellement. Mais nous la conservons pour la race, et ainsi elle échappe à la mort. Pourquoi ôtes-vous à regarder ici? Je vous promets que milord vous a désiré et demandé plusieurs fois.
— Lord Murray m'a demandé, s'écria Woodcock; le régent du royaume ! Je brûle du désir de rendre mes hommages à|ce bon seigneur. Je m'imagine que Sa Seigneurie se rappelle les plaisirs du Carnawath-IMoor, où mon faucon de Drummelzier a battu tous ceux de l'île de Man et lui a fait gagner cent couronnes , qu'a payées un baron du Sud, appelé Stanlay.
— Pour ne pas vous flatter , Adam, reprit Michel, il ne se souvient ni de vous ni de votre faucon. lia pris lui-môme un vol bien plus élevé, et il a aussi atteint sa proie. Mais venez, suivez-moi ; j'espère que nous serons camarades comme anciennement.
— Fort bien, dit Adam, vous voulez que je vide un pot avec vous? Mais il faut d'abord que je mette ce jeune étourdi en un lieu de sûreté, où il ne puisse rencontrer ni fille à poursuivre , ni garçon à battre.
— Est-ce là le caractère du jeune homme ? demanda Michel.
— Oui, par mon capuchon , tout gibier lui est bon , répliqua Woodcock.
— Eh bien , il ferait mieux de venir avec nous , car nous ne pouvons faire à présent une partie convenable; je voudrais seulement rafraîchir nos lèvres et les vôtres aussi. J'ai besoin d'apprendre des nouvelles de Sainte-Marie avant que vous voyiez milord, et je vous ferai connaître de quel côté vient le vent. »
En parlant ainsi, il ouvrit une porte latérale du palais; et enîilant plusieurs sombres passages avec l'air d'un homme qui connaissait les détours lesplus secrets de l'édifice, il le conduisit dans une petite chambre garnie de nattes, où il plaça du pain, du fromage et un flacon d'ale mousseuse devant le fauconnier, qui aus-
i irins-the-wind.
sitôt fit honneur au flacon, et vida presque d'un seul coup la mesure. Ayant repris haleine et essuyé la mousse restée sur ses moustaches, il observa que les inquiétudes que lui avait causées son jeune compagnon lui avaient furieusement desséché le gosier. « Eh bien, redoublez, » dit son hôte en remplissant le flacon avec une cruche qui était près de lui. « Je connais le chemin de roiïîce. Mais à présent faites attention à ce que je vous dis. Ce matin le comte de ^Morton est venu trouver milord dans une colère terrible.
— Quoi ! ils entretiennent donc leur vieille amitié ? dit Woodcock.
— Oui, oui, mon ami. Pourquoi non? dit Michel , il faut bien qu'une main gratte l'autre *. Mais milord î\ïorton était de trèsmauvaise humeur , et , pour vous dire la vérité, il est , dans ces occasions, dangereux comme un démon. Il dit à milord , car j'étais dans la chambre, où je prenais des ordres relativement à une couple de faucons qu'il faut aller chercher à d'Arnoway , et qui valent bien vos faucons à longues ailes, l'ami Adam.
— Je le croirai quand je les verrai s'élever aussi haut, » répliqua Woodcock, toujours jaloux de sa profession.
« Quoi qu'il en soit, poursuivit Michel, milord Morton, dans sa colère, demanda à milord le régent si lui , Morton , était traité suivant ses mérites. « Blon frère , dit-il, aurait dû avoir sa nomination en qualité de commanditaire de Kennaquhair, et tous les domaines de l'abbaye auraient dû être érigés, à son bénéfice, en une seigneurie relevant du roi. Cependant ces perfides moines ont eu l'insolence de choisir un nouvel abbé pour opposer ses prétentions aux droits de mon frère : de plus, les coquins de vassaux du voisinage ont brûlé et pillé tout ce qui restait dans l'abbaye, de sorte que mon frère n'aura pas une maison qu'il puisse habiter lorsqu'il aura chassé ces chiens de prêtres fainéants. » Blilord , le voyant ainsi irrité , lui répondit avec douceur : •< Ce sont de tristes nouvelles , Douglas ; mais j'espère qu'elles sont fausses. Ilalbert Glendinning est parti hier pour le Sud, avec une troupe de lanciers, et assurément, si funou l'autre de ces incidents s'était présenté , que les moines eussent osé nommer un abbé, ou que l'abbaye eût été brûlée comme vous le dites , il au-
i One liand must scratch tJie otlier, proverbe qui répond à : « Il faut s'aider les uus les autres. » a. m.