‹ L'abbéChapitre 99 sur 250 · CHAPITRE XVIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIir

rait pris des mesures sur-le-champ pour punir une telle insolence, et il nous aurait dépéché un messager. » Le comte de Mor-

ton lui répliqua Mais , je vous prie, Adam, de remarquer que

je vous dis cela par amitié pour vous et pour votre maître, parce que vous êtes mon ancien camarade , et que sir Halbert m'a fait du bien et peut m'en faire encore : en outre je n'aime point le comte de Morton, et en effet on le craint plus qu'on ne l'aime : ainsi ce serait infâme de votre part de me trahir... « Mais , dit le comte au régent, prenez garde, milord, d'accorder trop de confiance à ce Glendinning.il sort du sang roturier, qui ne fut jamais fidèle aux nobles ! (Par Saint-André, ce sont ses propres paroles.) D'ailleurs, dit-il, il a un frère qui est moine à Sainte-Marie : il ne marche plus que d'après ses conseils , et il se fait des amis sur la frontière , entre autres Buccleuch et Fernieherst. Il se joindra à eux lorsqu'il y aura apparence de quelque changement dans les affaires. » Le régent lui répliqua, comme un noble lord qu'il est : « Fi donc , comte! je réponds de la fidélité de Glendinning ; et quant à son frère, c'est un visionnaire qui ne songe qu'à l'étude et à son bréviaire. Si les événements sont arrivés tels que vous les annoncez, je m'attends à recevoir de Glendinning le capuchon d'un moine pendu, et la tête d'un rustre séditieux : il en aura fait sévère et prompte justice. » Le comte de Morton quitta l'appartement, mécontent, à ce qu'il me parut. JMais depuis ce temps, milord m'a demandé plus d'une fois s'il n'était pas arrivé de messager de la part du chevalier d'Avenel. Je vous ai dit tout cela , Adam, afin que vous conformiez vos paroles à ce qui est le plus utile à votre but; car il me semble que le régent ne sera pas content si ce que le comte de Morton annonçait est arrivé, et si votre maître n'a pas pris des mesures sévères. » Il y avait dans ce récit certains traits qui firent pâlir le hardi Adam Woodcock, malgré les secours que son audace naturelle avait reçus de l'aie brune d'Holy-Rood.

« Que voulait dire ce farouche lord Morton, par une tète de rustre? » demanda le fauconnier mécontent à son ami.

«' Non, c'était le régent qui disait que, si l'abbaye avait été dévastée, il espérait que votre maître lui enverrait la tète du chef des séditieux.

— Est-ce là l'action d'un bon protestant? s'écria Woodcock 5 ou d'un vrai lord de la congrégation? nous étions leurs mignons lorsque nous renversions les couvents de Fife et de Perth.

— C'est vrai, répondit Bïichel 5 mais alors la vieille Rome était encore la plus forte, et nos maîtres avaient résolu qu'il ne lui resterait pas en Ecosse un abri où elle pût reposer sa tête. Mais aujourd'hui que les prêtres ont fui de tous côtés, et que leurs maisons et leurs terres ont été données aux grands seigneurs, ils ne peuvent souffrir que nous travaillions à l'œuvre de la réformation, en détruisant les palais des zélés protestants.

— Mais je vous dis que l'abbaye de Sainte-Marie n'est pas détruite, » s'écria Woodcock avec une agitation croissante : « on a bien brisé quelques vitraux peints, ce qu'aucun noble n'aurait souffert dans sa maison ; quelques saints en pierre ont été renversés, comme le vieux Weddrington, à Chevy-Ghase * ; mais quant à ce qui est d'avoir brûlé l'abbaye, nous n'avions pas seulement une allumette, excepté la mèche qu'avait le dragon pour mettre le feu à l'étoupe qu'il devait lancer contre saint George ; non, j'ai eu soin de cela.

— Adam, je me flatte que vous n'avez pas mis la main à cette belle œuvre ; voyez-vous, Adam, je ne voudrais pas vous épouvanter, et surtout arrivant de voyage ; mais je vous promets que le comte I^Iorton nous a amené d'Halifax une demoiselle comme vous n'en avez jamais vu-; elle vous jettera les bras autour du cou, et votre tête restera dans ses bras.

— Bah I répondit Adam, je suis trop vieux pour qu'une demoiselle me fasse tourner la tête , je sais que lord Morton irait aussi loin que tout autre pour une jolie fille ; mais qui diable l'a entraîné jusqu'à Halifax? et, en supposant qu'il y ait trouvé une femme disposée à s'en laisser conter, qu'aurait-elle à faire avec ma tête?

— Beaucoup , beaucoup '. répondit Michel ; la fille d'Hérode, dont les jambes et les pieds firent tant d'exercice^, ne faisait pas sauter la tête d'un homme plus joliment que cette demoiselle de Morton : c'est une hache, mon ami, une hache qui tombe d'elle-

i Lieu où fut livrée une sanglante balaille entre les Douglas et les Percy 5 Chei'Y-CJtase est également le titre d'une fameuse ballade e'cossaise consacrée à ce me'morable e've'nement. a. m.

2 L^auleur joue ici sur le mot maiden, qui signifie en anglais fille et qui de'signait en Ecosse une sorte de guillotine, a. m.

3 Allusion à la jeune fille d'Hërode, qui dansa devant lui, et qui lui fit tant de plaisir qu'il promit de lui accorder tout ce qu'elle voudrait. Elle demanda la tête de saint Jean-Baptiste , et le tyran tint sa parole. (Voir ï£\'aiigik saint Matthieu, C. XXIV.) A. M.

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